Rose des Vents

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Le grand Ouest Thaïlandais ...                                                                   (Octobre 2005)

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Henri et Fred sur la route de Pai ...

Idée originelle

Partir de Chiang Mai, parcourir les montagnes du nord-ouest en longeant la frontière Birmane, relier Um Phang à Sangkhlaburi en passant par le « wildlife sanctuary » de Thung Yai Naresuan, et enfin rejoindre Bangkok.

Faute de vacances, Henri avait prévu s’arrêter à Mae Sot et rentrer en bus à Bangkok.

Carte de Thailande

Dans la réalité, tout se déroula comme prévu jusqu’à Mae Sot, voire même jusqu’à Um Phang ... mais par contre à partir de là une difficulté majeure se présenta, car tout le monde se mit d’accord pour me dissuader de poursuivre plus au sud : faute de route, d’infrastructure, mais aussi et certainement surtout à cause de la rébellion armée des Karens, du trafic de drogue, du trafic de bois de teck ... et des tigres !!! Bref, je n’ai pas forcé ma chance et j’ai donc fait demi-tour en direction de Mae Sot, pour poursuivre ensuite par la grande plaine centrale Thaïlandaise.

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Statistiques du voyage

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Voici les panneaux indicateurs que nous avons le plus souvent rencontrés lors de ce voyage, avec dans l’ordre : ça monte beaucoup, ça monte beaucoup ET longtemps (notre préféré), ça tourne, ça descend beaucoup, ça glisse ... et la route a disparu, elle est soit sous les gros rochers, soit 200 m en contrebas !!

   Ca monte  Ca monte longtemps  Ca tourne  Ca descend   

                                Ca glisse  Ca tombe                  

      

Préambule météo

La saison des pluies en Thaïlande relève de plus en plus du mystère impénétrable. Cette année encore, comme les autres auparavant, n’a rien eu de commun ni avec l’année précédente, ni avec le programme officiel qui veut qu’il pleuve de Juin à Octobre, tous les jours de 17h00 à 18h00.

Cette année, il a plu un peu en Avril et en Mai, puis presque plus rien en Juin et en Juillet ... et il y a d’ailleurs eu de nombreuses provinces classées en zone de sécheresse pendant cette période. Cela a particulièrement perturbé les agriculteurs, sommés qu’ils furent de ne pas faire une seconde récolte annuelle, afin qu’il reste suffisamment d’eau pour approvisionner les usines exportatrices de biens. S’en est suivi un long débat stérile sur la construction de pipelines d’eau, de nouveaux barrages, de nouveaux réservoirs et sur la dérivation de plusieurs rivières vers les zones industrielles. Débat qui n’aborda jamais la question de savoir comment consommer (gaspiller) moins d’eau et surtout débat qui s’acheva dès qu’il plut plus de deux jours de suite.

Car quand il se mit à pleuvoir, ce fut pour tout inonder. Août et Septembre furent des mois record. Le typhon Dumrey qui arrivait du Viêt-Nam inonda une partie du nord de la Thaïlande et une semaine avant notre départ, la gare de Chiang Mai était fermée car sous un mètre d’eau. Pas suffisant pour nous décourager, mais suffisant pour que nous prenions quelques précautions de base pour nous protéger des inévitables averses qui ne manqueraient pas d’émailler notre séjour : sacs en plastique, sacs en plastique, sacs en plastique ... et même un rideau de douche bricolé pour protéger les sacoches !! Il va sans dire que nos collègues de travail et amis nous ont regardé partir en nous prédisant le pire ... et les blagues du style « n’oubliez pas vos tubas ... » fusèrent.


Préambule technique

Fort de l’expérience de mon précédent voyage au Laos, j’avais décidé d’élargir mon champ de compétences à la réparation d’organes que je n’avais jusque là jamais touchés : à savoir la chaîne et les rayons. Le résultat de mon apprentissage fut mitigé car je suis arrivé à la conclusion que OUI, je sais maintenant utiliser un dérive chaîne et changer des maillons mais NON, j’ai beau avoir une très belle clé à rayon, je n’arrive pas à en changer un sans le tordre dans tous les sens. N’ayant plus trop le temps et ayant confiance en ma bonne étoile, qui plus est avec des roues que je venais de changer à peine un mois auparavant, je me dis que tout se passera bien ...


Préambule relatif au relief de la région

Une phrase, une seule, prononcée par Loïc lors d’une soirée tarot : « Vous allez à Pai, aaah, c’est une jolie région, mais c’est que ça monte par là-bas, il y avait des côtes, ça montait tellement, Géraldine devait descendre de la mobylette ... ». Je tiens à préciser que ni Loïc, ni Géraldine, ne sont sujets à quelque forme de surpoids que ce soit.


Jour 1, Maison => Gare Hualongpong : Le départ.
5 / 5 km

Fred et Henri a la gare de Hualongpong

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Jour 2, Chiang Mai => Ban Pa Pae : Le vendeur de ponchos.
89 / 94 km

Voila, ça y est, nous arrivons à Chiang Mai. Certes nous arrivons avec 2h00 de retard, mais suivant une philosophie typiquement Thaï : 2h00, qu’est ce que c’est dans une vie ? ... tout est dit.

Nous récupérons nos vélos et partons de suite à la découverte des principaux monuments de la ville : la boulangerie Bake and Bite, le Wat Phan Tao, le Wat Phra Singh et le Wat Chiang Man.

Wat Chiang Man


Multi avertis que nous sommes de l’intense saison des pluies qui frappe en ce moment la région, Henri se met en quête d’un imperméable version poncho Mexicain. Bizarrement, et alors que trouver un poncho au milieu de la saison des pluies en Thaïlande devrait être aisé ... nous n’en trouvons pas. Incroyable. Nous cherchons, cherchons encore, et puis finalement au bout d’une demi-heure, on trouve tout de même un vendeur des fameux ponchos ...  oranges fluos comme ils se doivent.

Mais étonnement, incompréhension puis incrédulité : notre vendeur de poncho nous annonce que la saison des pluies est finie, que la dernière averse de l’année est tombée hier et que du coup, le poncho fluo, franchement ça ne nous servira à rien pendant les neufs prochains mois, sinon à faire peur aux oiseaux !

Bon, nous ne sommes pas tombés de la dernière pluie et là, on ne le croit pas deux secondes. Henri achète donc son poncho.

Henri


Henri s’achète également un chapeau ; un sombrero pour être exact ... certainement afin d’obtenir une unité stylistique avec le poncho. Bien lui en a pris, car son sombrero de 80 cm de diamètre, avec donc une prise au vent maximum, doit donner au bas mot un Cx de 1. Henri gardera son sombrero moins de 20 km ... au diable le style !

Ces premières péripéties du départ une fois derrière nous, nous mettons le cap plein nord sur la route qui relie Chiang Mai à Chiang Rai : c’est plat, la circulation est faible, le ciel est dégagé, le soleil est radieux, tout va bien. Après 45 km, nous bifurquons sur la gauche pour prendre la route 1095. Pai est alors à 102 km et Mai Hong Son à 215 km. Nous projetons de passer le nuit à mi-chemin de Pai, dans un petit village qui se nomme Ban Pa Pae.

Après quelques belles petites côtes en guise de mise en bouche, nous arrivons à Ban Pa Pae alors que le soleil est sur le point de se coucher ... hélas pour nous, la guesthouse tant attendue est encore à une dizaine de kilomètres. D’après les descriptions des villageois, elle est à l’écart de la route, sur la droite ... et pas simple à trouver. Finalement, alors que la nuit commence à tomber, nous arrivons devant une maison isolée aux vagues allures de guesthouse et avec Welcome d’inscrit à l’entrée. Nous tentons notre chance et bingo, c’est bien là, la fameuse guesthouse. Bonne nouvelle. Par contre mauvaises nouvelles en cascades : il n’y a pas à manger, pas à boire, pas de serviettes, pas de ventilo, ... petits soucis qui seront vite corrigés puisqu’un coup de mobylette plus tard, nous dînons de quatre khao phat (riz frit) et trinquons, à l’eau, à la fin de la saison des pluies sans trop y croire ...



Jour 3, Ban Pa Pae => Pai : Que la montagne est belle.
64 / 158 km

Aujourd’hui nous allons rentrer dans le vif du sujet, il y a de la montagne au programme, et pas de la montagne pour cycliste du dimanche !! Nous sommes prêts à en découdre ...

Et nos attentes ne sont pas déçues. Il se trouve que la guesthouse était située pile au pied de la montagne, ce qui fait qu’après cinq minutes sur le vélo, nous attaquons une montée de plus de deux heures qui nous mènera à près de 1,600m.

C'est par la-bas

c’est tout droit ...


Cette première ascension se passe pour le mieux, et si c’est ça les super pentes inmontables, ça va être du gâteau. La descente qui s’en suit consiste en 20 km de pur bonheur, les virages serrés et les épingles s’enchaînent à bon rythme et la première vitesse maxi significative s’établit à 71 km/h. Nous commençons à monter en température.

Une fois descendus de la montagne, nous découvrons la vallée de Pai : ses rizières, son écrin montagneux et ses sources chaudes (vraiment très chaudes) où nous ferons trempette.

Tada


Les abords de Pai ont semble-t-il été significativement affectés par les récentes inondations, les traces laissées par la rivière y sont impressionnantes. Le lit, qui fait maintenant à peine 20 m de large, a laissé des marques de plusieurs centaines de mètres aux alentours et nombre de rizières ont été littéralement lessivées. L’arrivée dans la ville elle-même nous impressionne encore plus : les ponts y sont détruits et plusieurs maisons sont effondrées ... inutile de dire que ce n’est pas vraiment ce à quoi nous nous attendions ...

Pai detruit

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Jour 4, Pai => Tham Lot: Les inondations.
57 / 215 km

La nuit fut bonne et c’est toujours un vrai plaisir que de se réveiller au calme, au milieu des rizières. J’en profite pour aller faire un tour dans les champs et faire quelques photos de la faune locale : insectes en tous genres, araignées, papillons, grenouilles ... et aussi des crabes ( !!??). Oui, des crabes de 15 à 20 cm de diamètre, et à 7h00 du matin, quand on est à peine réveillé et en équilibre sur une digue de 20 cm de large, ça se finit les deux pieds dans l’eau pour avoir mal géré l’effet de surprise ...

Ce matin encore, grand ciel bleu, grand soleil, et pas la moindre trace d’un nuage menaçant. Serait-ce vraiment la fin de la saison des pluies ? nous commençons à y croire ... et après le dicton « menteur comme un arracheur de dents », nous aurions donc maintenant « honnête comme un vendeur de ponchos qui annonce le beau temps » ?

Nous partons ce matin en direction de la grotte de Tham Lot où nous avons prévu de passer la nuit. Le trajet est très montagneux et les traces des récentes inondations sont de plus en plus marquées. Le lit de la rivière occupe par endroits toute la vallée, il y a des glissements de terrain tous les 500 m, les ponts ont presque tous été emportés et rafistolés à la va-vite, il y a des engins de chantiers à tous les virages ... et nous commençons à mesurer qu’il s’est vraiment passé quelque chose de grave dont les gens de la capitale, à Bangkok, n’ont aucune idée.

Après une énième montée, nous arrivons en haut d’un col perché à 1,400 m où nous rencontrons Ame.
Ame est originaire d’une tribu Lisu et elle nous propose de passer dans son village pour refaire le plein d’énergie. Son village se trouve juste en bas de la montagne, et maintenant ça descend. Ca descend même beaucoup puisque nous atteindrons 79 km/h sur cette portion, non sans avoir résisté au début à un minivan qui pensait pouvoir aller plus vite que nous. Une erreur manifeste, car deux virages plus loin, nous serons déjà très loin. Le vélo, sur une descente de col, est vraiment ce qui se fait de plus rapide et de plus agile. Nous resterons invaincus sur ce terrain.

C’est donc tout décoiffés et affamés que nous arrivons dans le village Lisu ... et là plus encore qu’ailleurs, le « spectacle » des récentes inondations est effrayant. Une partie du village a été emportée par les flots et Rudi, le mari de Ame, nous indique que dans ce village de quelques centaines d’habitants seulement, 17 personnes sont mortes noyées le 13 août dernier et 10 autres personnes sont mortes le 28 septembre. La nature est belle, certes, mais elle est parfois aussi cruelle qu’imprévisible ...

Chez Rudi


Cet arrêt dans ce village Lisu nous donne au moins quelques outils pour décoder ce que nous avons sous les yeux, et nous ne pouvons nous empêcher de nous demander comment une telle catastrophe n’a pas été relayée au niveau national. C’est incroyable. Mais il est vrai aussi que ces tribus, qui ne possèdent aucune nationalité sinon celle de leur langue et de leur culture, ne sont enregistrées nulle part et, de fait, n’existent pas. Et que ce passe-t-il quand quelqu’un qui n’existe pas meurt ? Et bien il ne se passe rien. CQFD.

Cela rappelle d’ailleurs le triste sort qui a été réservé aux milliers de clandestins Birmans qui ont péri en Thaïlande lors du Tsunami de décembre dernier ...

Après cet arrêt un peu long mais ô combien informatif, et où en plus nous aurons eu le plaisir de savourer d’excellents shakes à la mûre, nous repartons en direction de Tham Lot. Nous y arriverons juste à temps pour prendre le dernier bateau et ainsi visiter la première des trois salles de la grotte. Par contre pour les deux autres salles, il faudra revenir car elles sont actuellement inaccessibles du fait du niveau élevé de la rivière.

Nous finirons la journée par un bain rafraîchissant dans la rivière, suivi d’un sauna aux herbes du meilleur effet ... après l’effort, place au réconfort !

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Jour 5, Tham Lot => Mai Hong Son : Hors piste.
84 / 299 km

Après un petit-déjeuner que l’on pourra qualifier de gargantuesque ... mais vraiment gargantuesque ... nous partons pour 10-12 km de hors piste en direction de Yapa, Mae Lana et la « super-highway » (la route goudronnée).

Le soleil, encore une fois, est au rendez-vous ce matin. Le ciel est d’un bleu électrique et il n’y a pas la moindre trace de nuages à l’horizon ... les paysages sont magnifiques, vive le hors piste !! Le chemin qui au début cheminait gentiment entre les montagnes, d’un coup d’un seul, se découvre des velléités escaladatrices de première. Les pentes deviennent incroyables et le chemin se dégrade au point de n’être plus qu’un éboulis : la roue avant se cabre sans cesse, la roue arrière patine et l’ensemble est incontrôlable ... pourtant il faut rester zen devant l’adversité, c’est la clé de l’équilibre, sans quoi il n’y aura d’autres alternatives que de finir à pied.

Hors piste

Notre progression sur ces pentes hystériques fut de 15km en 4h00 ... sans commentaire !

Lorsque nous arrivons à Mae Lana, c’est encore une fois pour constater les ravages des récentes inondations : presque tout le village a été submergé et il y a un mètre de boue dans les maisons. Les rizières sont en piteux état et il n’y a plus de riz au village. Nous déjeunerons donc d’un bol de « Mama noodles », ces pâtes lyophilisées que l’on trouve partout.

Nous ne sommes plus qu’à quelques kilomètres à peine de la « super-highway », mais ce sont des kilomètres qui montent, montent, et montent encore, ... petit plateau et grand pignon ... et pourtant c’est encore dur, dur, dur ... ces pentes sont incroyables, réellement indescriptibles, et à cet instant, nous nous rapprochons certainement davantage de la varappe que du cyclotourisme.

Une fois en haut, ce sera alors le très gros frisson de la descente : la même chose mais dans l’autre sens, ce qui donne 91 km/h au compteur et un nouveau record de vitesse en sacoches. A ce genre d’allure, le vent commence à siffler au niveau des oreilles ...

Nous enchaînerons ensuite encore quelques cols bien pentus qui feront de cette journée la plus dure depuis le début de notre voyage, loin devant les autres !

En route nous aurons aussi l’opportunité de visiter le monastère de Tham Wua, niché entre deux montagnes. La tranquillité des lieux est de toute évidence une invitation à la méditation, et ce n’est certainement pas un hasard si ce monastère est ainsi situé.

L'entree du monastere

Nous arriverons à Mai Hong Son après la tombée de la nuit, vers 19h30, avec l’estomac dans les talons et la ferme intention de soulager nos muscles par un massage rédempteur.

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Jour 6, Mai Hong Son => Khun Yuam: Khun Yuam, petit paradis.
68 / 367 km

Il parait qu’une visite de Mai Hong Son ne serait pas ce qu’elle doit être sans l’ascension matinale du Wat Phra That Doi Kong Mu ... donc, une fois n’est pas coutume, nous abandonnons nos vélos pour attaquer à pied les 1000 marches qui mènent au temple. De bon matin, la vue y est imprenable sur les montagnes alentours et sur la mer de nuages qui sont piégés dans la vallée ...

Mae Hong Son


Ce temple, comme beaucoup d’autres de la région d’ailleurs, a subi une forte influence Birmane et l’architecture n’a rien en commun avec les temples que l’on peut voir à Bangkok ou à Chiang Mai.

Et c’est quand on s’y attend le moins, après tous ces efforts qui font que l’on se croit au bout du monde, que l’on rencontre un visage familier ... nous avons en effet rencontré Linda, la Hollandaise du Bike Hash, qui en a d’ailleurs profité pour nous recruter afin de poser dans le calendrier 2006 du club. Et pour ceux qui ne connaissent pas le Bike Hash, se référer à ce lien pour plus d’informations : http://www.bangkokbikehash.com/.

La terre est petite, et la Thaïlande ne fait pas exception à la règle.

Nous enfourchons nos montures vers 11h00 ... la pire des heures pour monter sur un vélo. Le ciel est toujours aussi bleu et le soleil est plus brûlant que jamais. A ce niveau on ne compte plus les litres de sueur qui ruissellent le long des jambes : évacuation des toxines à vitesse grand V garantie !!

La journée est belle et la route très plaisante. La circulation est presque nulle, nous arrivons dans la fameuse zone dont m’avait parlé un collègue de travail, celle où des personnes disparaissent sans laisser de trace : triangle des Bermudes bis ? un trou noir ? des kidnappeurs ? des extra-terrestres ? la CIA ? nous ne saurons pas ...

... car nous arriverons bien à Khun Yuam, petit village de montagne aux allures de paradis et où tout respire la simplicité, le bonheur et la douceur de vivre. Nous avons été séduits. Qui plus est, nous y sommes arrivés au même moment où le soleil se couchait et commençait à éclairer le ciel de milles couleurs, ce qui a dû jouer sur l’ambiance et le souvenir que nous garderons de ce village.


Khun Yuam

coucher de soleil à Khun Yuam ...


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Jour 7, Khun Yuam => Mae sariang: La première averse.
102 / 469 km

Aujourd’hui est la première étape de plus de 100 km au programme, nous partons donc (relativement) tôt ce matin, c’est à dire sur le coup des 9h00. Les routes de la région sont en mauvais état et de très longues portions ne sont que chemins de terre et graviers. En de nombreux endroits, c’est le génie civil de l’armée qui est à pied d’oeuvre et réalise la réfection (construction ?) du réseau routier.

Buffle             Henri

la route est vraiment pleine de surprises et d’engins divers et variés ... comme ce cycliste avec sa caquette jaune et son cuissard à flammes.


Fait suffisamment rare pour être signalé, le ciel se couvre dangereusement au fur et à mesure que nous approchons de Mae Sariang ... il se couvre tellement d’ailleurs, qu’à moins de 7 km du but, l’averse éclate.

Nous nous mettons alors aussitôt en quête d’un refuge pour rester sec. Henri choisit un magasin de boissons (hélas pour lui, le magasin est fermé) et de mon côté j’opte pour une cabane en bois qui doit faire office d’abris bus à l’occasion. Cela faisait cinq jours sans pluie, aujourd’hui est le sixième jour, il est 17h00, ça va, nous ne pouvons pas trop nous plaindre. Ce sera aussi l’occasion de discuter football avec les trois motocyclistes qui ont pris refuge sous le même abris que moi : Thierry Henri, Patrick Viera, Arsenal, Eric Cantona, Fabien Barthez, Manchester United, Gérard Houillier, Liverpool ... et l’inévitable Chelsea.

L’averse dure une dizaine de minutes seulement mais il est très perceptible que le ciel n’a pas fini de purger sa charge d’eau ... de gros nuages sombres restent suspendus au dessus de nos têtes et nous nous mettons sans tarder en route dès que la pluie cesse. Ce serait dommage de se faire rincer si près du but.

Nous arrivons 20 minutes plus tard à Mae Sariang et trouvons une charmante guesthouse en bordure de rivière ... et moins de 10 secondes, montre en main, après être descendu de vélo, le déluge commença à s’abattre sur la ville et ses environs.


Apres l'averse


Plus tard dans la soirée, alors que nous prenons notre dîner sur la terrasse surplombant la rivière, le ciel continuera à être zébré de multiples éclairs ... après tout, la saison des pluies n’est peut-être pas si finie que ça !

Nous verrons demain.

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Jour 8, Mae Sariang => Mae Sarit : Sauvés par l’armée.
123 / 592 km

Grosse journée au programme encore ce matin, et au réveil il faut bien avouer que les perspectives climatiques ne sont pas très encourageantes. Le ciel est bouché et il semble nous promettre des rafraîchissements en chemin.

Les 30 premiers kilomètres sont rapides, la route descend gentiment et c’est idéal pour chauffer la mécanique. Nous passons le cap des 500 km depuis notre départ de Chiang Mai, c’est un chiffre symbolique ... mais qui ne nous portera pas chance. Quelques hectomètres plus loin, un « doïng-doïng » provenant de l’arrière de mon vélo me met la puce à l’oreille, et une rapide observation de ma roue le confirmera : un rayon vient de lâcher. Saperlipopette, une roue toute neuve !!

J’ai bien ma clé à rayon et deux rayons de rechange, mais ni Henri, ni moi, n’avons changé de rayon auparavant. Qui plus est ma tentative d’apprentissage avant le départ s’était soldée par un échec. Ce n’est donc vraiment pas gagné. Mais à deux, on est tout de même plus créatif que seul : du coup on tourne, retourne, essaie, re-essaie, tord un peu, tord beaucoup, tord franchement ... et ça finit par passer. Il n’y a plus qu’à détordre l’ensemble et à lui donner la bonne tension, ce que nous ferons tels des accordeurs de piano, en comparant la tonalité émise par différents rayons. Bien joué les artistes, la méthode réparatoire est validée et nous remontons en selle pour ...

... 45 km de montée quasi-ininterrompue. Ironie du sort, c’est sur une des très rares descentes de cette portion, à une vitesse de l’ordre de 70 km/h, que je serai victime d’une collision frontale avec une guêpe, pile sur la lèvre. Instantanément, une violente douleur irradie tout le coté gauche de ma bouche et il ne faut attendre que quelques minutes pour que l’ensemble enfle, enfle et enfle encore. La douleur ne durera qu’une paire d’heures seulement, mais ma lèvre restera gonflée plusieurs jours.
    

Rayon casse       Impact guepe
petit souci de rayon et gros souci de lèvre ...


La montée se continue, interminable nous semble-t-il, sous un petit crachin. L’endroit est vraiment désert, il n’y a aucun trafic, pas un véhicule à l’horizon, pas un village, RIEN !! Et au milieu de ce « rien-land » où le silence est absolu, c’est avec beaucoup de surprise que l’on croise quelques marcheurs qui descendent de la montagne en coupant au plus court, généralement lourdement chargés de plantes diverses et variées. Ce sont des membres des tribus de la région et ils sont aisément reconnaissables à leurs habits multicolores. Il y a là des Akhas, des Lahus, des Lisus, des Miens, des Hmongs et bien sûr de très nombreux Karens.

Et ça continue à monter, monter, et encore monter. Les heures passent, il est 14h00, nous sommes maintenant presque à sec et la faim commence à se faire sentir ... pourtant par ici point de salut, nous sommes seuls ! et il va falloir tenir. Donc nous tenons !

La route se met parfois à descendre légèrement et l’on se prend naïvement à rêver que c’est la fin de l’ascension. La route serpente alors entre les montagnes, passe à gauche de celle-ci, à droite de celle-là et plus on avance, plus on se rend compte que la souricière est déjà en train de se refermer. Il n’y a pas de sortie, nous n’y échapperons pas, et au détour d’un énième virage, PAF, il est là, le mur, et il est d’une verticalité qui donne le vertige ! A cela il n’y a pas 36 solutions, il faut passer le petit plateau, le grand pignon, et recommencer à mouliner ... le vent s’arrête alors, tout comme le temps, et la sueur de couler à flot aussitôt ... une séquence qui se répètera à l’infini ...

... jusqu’à ce que l’on parvienne devant un poste de contrôle de l’armée. Il va sans dire que nous nous enquérons rapidement sur la disponibilité en eau et en nourriture. Pour l’eau, nous avons une citerne d’eau de pluie qui fera très bien l’affaire et pour le repas, un soldat nous prépare aimablement une assiette de riz avec un oeuf sur le plat, ce qui sera parfait, nous ne ferons pas les difficiles.

Armee


La discussion va bon train avec un des officiers du poste et il nous explique qu’en une journée, il ne passe qu’une vingtaine de véhicules en tout et pour tout. Pas vraiment de quoi occuper 30 ou 40 soldats, mais là n’est pas la question. Nous nous faisons aussi expliquer le reste du relief jusqu’à Mae Sarit ... et nous déchantons quand il nous montre la plus haute montagne que l’on puisse voir d’ici. Diantre, petit plateau mon ami, la journée n’est pas finie !! Il accompagne d’ailleurs son geste d’un « loong, loong, loong ... » qui en dit long et que je traduis par « ça monte, ça monte, ça monte, ... ».

... Bon, c’était une erreur de traduction de ma part, car monter se dit « khun » et « loong » signifie « descendre ». Nous mettrons tout de même un certain temps avant de nous convaincre que ce n’est pas une blague et que de mur, point nous ne rencontrerons plus sur notre route aujourd’hui.

Nous arrivons au village de Baan Tha Song Yang après 20 km de descente et le grand plateau aura enfin pu apporter sa contribution à la journée ! Il est content le grand plateau, il commençait à être jaloux .... et nous aussi nous sommes contents.

Rizieres


Nous nous arrêtons au village pour dévaliser une épicerie de tout ce qu’il y a à boire et à manger. Il est maintenant 18h00 et nous ferons donc les derniers 22 km en nocturne. Pédaler la nuit est toujours une expérience forte. Cela exige une concentration de tous les instants, et cela permet en retour d’être connecté très étroitement avec l’environnement, tout à l’écoute de ce qui se passe ici ou là. Ce sont des moments rares qu’il faut savoir apprécier.

La route est maintenant droite et plate, la chaîne de montagnes qui délimite la frontière avec la Birmanie est sur notre droite à moins d’un kilomètre, les arbres se dressent au milieu de la nuit, la lune est de sortie, des nuages la cache épisodiquement, les lucioles clignotent, les insectes vont et viennent, les chauve-souris virevoltent, de rares piétons marchent ... et des vaches dorment au beau milieu de la route !

Nous apprendrons le lendemain en arrivant à Mae Sot que la région de Tha Song Yang où nous sommes en ce moment a eu à déplorer la semaine précédente deux blessées d’un genre particulier. Deux éléphants femelles (Mojay 6 ans et Motoo 2 ans) ont marché sur une mine antipersonnelle et ont eu chacune un « pied » arraché. Les photos sont explicites, elles ont fait la une des journaux Thaïlandais. Cet accident met une nouvelle fois en lumière la menace que représentent ces engins de guerre sur des populations civiles innocentes ... et sur des animaux non moins innocents.

Elephant blesse

Pour rappel, il existe depuis près de 10 ans un traité international interdisant la production et l’utilisation des mines antipersonnelles, il s’agit du 1997 mine ban treaty act. 150 pays ont signé ce traité, avec toutefois les exceptions notoires des pays suivants : les Etats-Unis d’Amérique, Israël, Iran, Irak, Syrie, Inde, Chine, Birmanie, Pakistan, Russie, Cuba, ...

Pour plus d’informations, voir entre autre ces deux sites : http://www.icbl.org/ et http://www.banminesusa.org/

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Jour 9, Mae Sarit => Mae Sot: Les camps.
120 / 712 km

Ce matin le grand ciel bleu est de retour, et le soleil tape dès les premières heures de la journée ... il fait une chaleur écrasante.

La route longe la chaîne de montagnes qui délimite la frontière avec la Birmanie. Les postes de contrôle de l’armée sont en conséquence très nombreux. Les soldats, grands sourires comme à l’habitude, n’en sont pas moins armés jusqu’aux dents et les mitraillettes sont ostensiblement mises en évidence ... ce qui ajouté aux douilles éparpillées par terre, laisse à penser qu’il ne fait pas bon être un Birman sans papier.

Nous passerons ensuite devant plusieurs camps de réfugiés Karens, où plusieurs dizaines de milliers de personnes sont parquées derrière des barbelés, entassées entre la route et la montagne, c’est à dire entre la Thaïlande qui ne veut pas les accueillir d’un coté et la Birmanie qui essaie de les massacrer de l’autre. Un sort peu enviable, il faut bien en convenir. Le premier camp que nous rencontrons fait 1.5km de long et compte environ 50,000 personnes. Ce camp, c’est en fait la plus grande « ville » de toute la région ...

Camp de refugies Karens


Le sort de ces gens donne à réfléchir, ils sont officiellement 170,000 en Thaïlande, et plus de 20 millions dans le monde. Des gens ordinaires chassés de chez eux, qui n’ont nulle part où aller, certains n’ont même pas de nationalité, et tous n’ont absolument aucun moyen de subsistance ...

Montagnes à droite donc, rizières à gauche, et un relief au global relativement plat oscillant entre petites montées et petites descentes ... les kilomètres défilent à une allure jusque là inconnue, le tout sans effort ...

... ce qui fera naître l’idée de la théorie de l’énergie cinétique qui se résume à peu près à ceci : plus la vitesse est élevée, et moins il y a d’effort à fournir. Démonstration : dans un repère que l’on considérera Galiléen, un objet roulant suivant une descente d’un angle φ sur x mètres suivie d’une montée d’un angle φ sur x mètres également se meut sans apport extérieur d’énergie pour peu que suffisamment d’énergie cinétique ait été générée lors de la descente. L’énergie cinétique étant proportionnelle au carré de la vitesse, contrairement à l’énergie potentielle, et les frottements étant considérés négligeables devant le poids des sacoches et la casquette jaune d’Henri. CQFD.

Et la preuve que ça marche bien comme ça, c’est que l’on arrive à Mae Sot bien avant la tombée de la nuit, frais comme des gardons ... ou presque.

Mae Sot

Mae Sot : 1 km ... fin du voyage pour Henri.


Le soir même nous nous mettons à la recherche d’un moyen de transport pour que Henri et son vélo puissent rentrer à Bangkok. La possibilité des airs est exclue car l’avion qui assurait la liaison avec Bangkok a raté son atterrissage récemment, ici même à Mae Sot. L’aéroport est fermé depuis. Il n’y pas de rail non plus, donc pas de train. La seule solution est la route : un bus, un van ou un pick-up.

Après avoir essuyé un premier refus auprès de la compagnie des bus VIP ... une deuxième tentative à base de confusion, de sourires gênés et d’incompréhension manifeste permettra d’obtenir le sésame : un ticket pour un siège avec du vélo dedans. Henri rentre à l’hôtel, fait ses bagages et démonte son vélo en moins de 10 minutes chrono ... et la responsable des bagages du bus de se décomposer en voyant arriver l’engin et notre Henri. La soute qui était déjà presque remplie ... fut vidée pour laisser de la place à l’encombrant bagage et à 22h50 précises, le bus s’ébrouera dans un nuage de fumées toxiques en direction de la capitale.

Henri confirmera plus tard que son vélo a été et restera à jamais le seul vélo à avoir fait le trajet dans la soute de ce bus, tant le « clong-clong » répétitif et lancinant du guidon ? de la pédale ? ou du dérailleur ? fit de la nuit un véritable calvaire pour tous les passagers et les membres d’équipage de ce bus.

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Jour 10, Mae Sot => Km 48 : Retour à l’école.
63 / 775 km

Henri parti, je me retrouve seul devant les choix à faire pour la suite du voyage : poursuivre plus au sud vers Um Phang et tenter de rallier Sangkhlaburi, au risque d’avoir à faire demi-tour en direction de Mae Sot si il se confirme qu’il n’y a pas de route ... ou bien bifurquer vers les plaines et prendre mon temps. J’avoue que l’idée d’avoir éventuellement à faire demi-tour ne m’enchante pas, mais devant l’incohérence des renseignements que jai pu obtenir de la part des agences de voyages et de la police des routes, je me résous à partir pour Um Phang afin d’en avoir le coeur net.

Je n’envisage cependant pas d’atteindre Um Phang aujourd’hui, car il y a 180 km de montagnes au menu et la matinée est déjà bien trop avancée. J’opte donc pour une étape de 50 à 60 km qui me rapprochera suffisamment du but, afin qu’il soit atteignable le lendemain. Et puis comme tout le monde m’a indiqué que passé le km 48, il n’y a absolument plus rien jusqu’à Um Phang : ni eau, ni nourriture, ni maison ... je n’ai de toute façon pas trop le choix.

La route est agréable et une fois passé la première montagne, le paysage se transforme en une vaste vallée fertile où sont cultivés nombre de légumes (choux, haricots, piments) mais aussi des fleurs, dont à ma grande surprise d’immenses champs de rosiers !!!

J’arrive au village du km 48 à 15h00. J’y apprends qu’il y a un village tenu par l’armée au km 83, et que je pourrais certainement y dormir. L’idée me démange un instant de continuer, mais je me ravise et je remets ça à demain. Il est maintenant plutôt temps de partir à la recherche de la « Baan Pak » du village (littéralement, maison où dormir) dont j’ai entendu parler. Et à la tête que font mes interlocuteurs quand je leur demande, je sens tout de suite que ça va être compliqué. On m’envoie à gauche, à droite et puis finalement au fond du soi 3. Là, j’y trouve une école, une ferme et ce qui ressemble vaguement à un motel désaffecté. Je me renseigne, déclenchant des conciliabules à n’en plus finir chez les autochtones ... et comme je m’y attendais, on me montre du doigt le vieux motel tout pourri, qui plus est verrouillé. S’en suivent 10 minutes d’attente et un groupe d’enfants revient finalement avec la clé, tout en m’indiquant qu’il n’y a pas d’électricité, pas de lit, pas d’eau ... bref, rien. Là, j’ai dû faire une moue qui disait non ... et quand on m’a indiqué que 10 km en direction de Mae Sot, je trouverais de quoi dormir, j’ai dû refaire une moue qui disait non ... hors de question de rebrousser chemin !!

Après 5 minutes de discussion supplémentaire, la solution fut trouvée : l’école Chinoise située à l’autre bout du village dispose de plusieurs chambres libres !! Lorsque j’arrive à l’école, ce sont deux jeunes adolescents Birmans qui s’occupent de me préparer une chambre aux allures de cellule monacale, avec un lit en bois équipé d’une natte pour tout matelas. C’est basique mais propre, ce sera donc parfait. Profitant de ce que je me rappelle quelques rudiments de Birman, je tente un « mingalabar » (bonjour) et surtout un « tchézutimbalé » (merci) qui rend mes hôtes bien plus bavard. La communication reste pourtant difficile, car j’ai déjà épuisé mon vocabulaire Birman et eux ne parlent pas un mot de Thaï : fin de la discussion, mais je ferai de mon mieux pour exprimer ma reconnaissance.

Ce village est vraiment très atypique de par l’omniprésence des références à la Birmanie et à sa culture. Les hommes et les femmes portent des longgys (longue jupe), les femmes se maquillent les joues de cette crème jaunâtre si caractéristique, les moines s’habillent d’une robe rouge (et non orange), les femmes portent les paquets sur leur tête et leurs enfants en bandoulière ... 

 Femme Karen             Enfant en bandouliere

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Jour 11, Km 48 => Um Phang : Le vieux du village.
120 / 895 km

La nuit fut courte et longue à la fois, tout est affaire de perception comme dirait le vieux sage de la montagne. Elle fut courte car je me suis levé à 5h00 ce matin ... mais elle fut longue aussi car je me suis couché à 20h30 hier soir, car je n’avais pas assez de vêtements pour me protéger du froid et enfin car une planche ne vaut vraiment pas un bon matelas, quelque soit le bois utilisé !!!

Donc voila, je me retrouve un peu engourdi sur mon vélo dès 5h15 du matin, dans l’obscurité la plus totale, et avec un véhicule alourdi des victuailles qui doivent me permettre de faire 40 km sans ravitaillement : 5 litres d’eau, une cannette de soda, 4 oeufs et un régime de bananes taille XXL. Je ne suis pas certain que ce soit un modèle de diététique sportive, mais j’ai fait avec les moyens du bord.

De bon matin comme ça, je suis surpris par les températures hivernales auxquelles je suis confronté. Le vent est pénétrant et le froid est glaçant ... au moins jusqu’à ce que je parvienne à la première côte de la journée qui se chargera de me mettre en température et de me rappeler que malgré mes impressions, il doit faire au moins 20 degrés.

Evidemment la route est déserte, la nuit est noire, le silence est profond ... et hormis la route, il n’y a plus aucun signe de civilisation. Cela fait son petit effet. Le soleil ne tardera pourtant pas à rompre la noirceur du ciel et celui-ci de s’éclairer graduellement en prenant toutes les teintes gris bleu orangé du nuancier des couleurs. Les silhouettes des montagnes alentours se découpent alors les unes après les autres ...

Les kilomètres avancent doucement mais sûrement, la fraîcheur du matin est incontestablement une alliée de poids dans les montées, tout aussi vertigineuses ici que dans le nord du pays.

Um Phang : 100 km    
objectif Um Phang ...

La théorie de l’énergie cinétique si chère à Henri ne m’est ici hélas d’aucun secours, car le changement d’inclinaison descente-montée s’effectue systématiquement en plein milieu d’une épingle à cheveux, ce qui a le don de casser aussi bien le rythme que les jambes. Diantre, ces cantonniers n’ont vraiment pas pensé deux secondes aux cyclistes qui emprunteraient cette route !!

Je poursuis mon chemin à la rencontre de la faune locale : ici un serpent bien inspiré de regarder avant de traverser la chaussée, là-haut deux aigles qui décrivent des cercles, là encore une chenille volante ( !!??) et multicolore que je récolte sur mon guidon, des écureuils à droite, des oiseaux de tous cotés, etc ... le gros avantage du vélo, on ne le dira jamais assez, c’est que c’est un véhicule SI-LEN-CIEUX.

Tot le matin

J’arrive au village du Km 83 vers 10h00. Ce village s’appelle en fait Baan Umpium, et il n’est ni plus ni moins qu’un immense camp de réfugiés Karens ... un de plus. J’y fais mon ravitaillement en aliments et en boissons et je repars vers d’autres montagnes, d’autres cols, d’autres montées et d’autres descentes ... c’est dur et c’est long, mais les rares automobilistes à emprunter cette route savent se montrer supportifs et ne sont pas avares d’encouragements, de pouces levés vers le haut, et d’exclamations du style « good, good, good ... » ou encore «  superman » et, pour les plus au fait des choses «Armstrong, tour de France, etc ... ». Ce qui me conduit d’ailleurs à préciser que ce périple cycliste fut effectué sans EPO, sans créatine, sans stéroïde, sans anabolisant, sans sang de veau (ni de buffle) et que les seules aliments dopants à considérer sont les fortes ingestions journalières de lait de soja couplé à des sodas divers et variés ... toujours particulièrement riches en glucose !

Les 30 derniers kilomètres de la journée se font au milieu d’une vallée ... et c’en est donc fini des montagnes pour l’instant. Voila en tout cas une façon bien agréable de terminer l’étape d’aujourd’hui, en déroulant et en admirant le paysage.

Um Phang en vue ...

Dès mon arrivée à Um Phang, je me mets activement à la pèche aux renseignements pour savoir où se cache la route de Sangkhlaburi. Je demande dans ma guesthouse, à la « traffic police », au vieux du village et même à un employé des postes ... mais rien à faire, apparemment il n’y a vraiment pas de route, ni de chemin, ni rien du tout qui aille dans cette direction. Le vieux du village me lâchera seulement qu’il a entendu dire, il y a bien longtemps de cela, que quelqu’un avait réussi à atteindre Sangkhlaburi après cinq jours de marche ... mais en vélo, d’après lui, ça ne va pas être possible. Mon plan tombe donc à l’eau et il va falloir que je retourne à Mae Sot, car ici je suis descendu dans un cul-de-sac d’où la seule sortie est située 180 km plus au nord !

Et à vrai dire, je ne me sens pas vraiment le courage de repartir dès demain vers Mae Sot, donc je décide de rester une paire de jours à Um Phang et d’aller à la découverte des plus belles chutes d’eau de Thaïlande, les célèbres Nam Tok Thi Lo Su.
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Jour 12, Um Phang => Thi Lo Su : Tong breakdown.
0 / 895 km

C’est presque une journée de repos aujourd’hui, pas de vélo au menu, mais juste quelques heures de raft et de marche. Je suis accompagné pour l’occasion de Poei et Watchalapong, deux étudiants en fin de cycle de l’université de Khon Khaen. Ils y suivent tout les deux des filières ayant trait à l’écologie. La spécialité de Poei est l’observation des oiseaux, il a fait plusieurs compétitions, il est fort, et j’ai donc appris malgré moi le nom Thaï de presque tous les oiseaux que nous avons rencontrés, un sur deux étant un martin-pêcheur. Nous avons aussi eu le loisir d’observer un nombre important de singes, et quel plaisir indescriptible que de les voir en liberté, sans cage, sans barreau, sans corde ... libres ...

Une fois le raft arrivé à destination, notre guide, Soe, nous conduira à pied à travers la forêt. L’occasion de voir moins d’oiseaux mais plus de fleurs.

Fleur


La marche est agréable malgré des montées qui n’ont rien de symboliques. C’est d’ailleurs dans l’une de ces montées, certainement sous le coup d’une pression musculaire trop intense, qu’une lanière de ma tong droite céda. Alors cela peut paraître un événement de faible importance qui ne mérite pas d’être relaté ici, mais je tiens à assurer que ce n’est pas le cas. Car aussitôt je me retrouve en panne, bloqué au milieu du chemin, qui plus est immédiatement pris sous le feu croisé de plusieurs escadrilles de moustiques. Il me faudra plusieurs essais à base de bouts de ficelles récupérés ici et là pour parvenir à une solution temporaire satisfaisante.

Nous arrivons en fin d’après-midi au terrain de camping. Le programme est simple : douche, dîner et au lit. De toute façon, la forêt est tellement infestée de moustiques que personne n’a vraiment envie de s’attarder dehors. Notre guide Soe ira jusqu’à parler de « dons du sang ».

Et ce soir, c’est la pleine lune ...

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Jour 13, Thi Lo Su => Um Phang : Nam Tok Thi Lo Su.
0 / 895 km

L’avantage de se coucher à la tombée de la nuit, c’est que c’est moins pénible le lendemain de se lever en même temps que le jour.

Les chutes de Thi Lo Su sont à 2 km et pour nous y rendre, nous empruntons un petit sentier qui slalome entre des diptérocarpes, des tualang et autres « figs strangler », tous culminants à près de 100m au dessus de nos têtes. Plus nous avançons en direction des chutes, plus le vacarme va en s’amplifiant, cela en devient presque assourdissant. Et au détour d’un virage, la forêt soudain se troue, les chutes se révèlent ... et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elles sont à la hauteur de leur réputation.

Thi Lo Su


Le retour vers Um Phang est l’occasion de discuter davantage avec Soe et de découvrir un peu ce qui se passe à l’intérieur de ces fameux camps de réfugiés ... car Soe est lui-même un réfugié Karen ! Il m’explique que son camp jouxte le village de Beung Kleung et qu’il lui est relativement aisé de s’en échapper. La seule contrainte consiste, afin de ne pas donner l’alerte, et à chaque fois que l’armée Thaïlandaise recense les réfugiés, à prendre son bâton de pèlerin et à marcher deux jours durant à travers la montagne pour être de retour au camp à temps et répondre présent à l’appel. C’est un peu risqué, c’est fatiguant, mais d’après Soe, c’est mieux que de croupir enfermé à ne rien faire. Et il a certainement raison, ne dit-on pas que l’oisiveté est mère de tous les vices ?

Réfugié, définition officielle : un réfugié est une personne qui, par crainte d'être persécutée du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques :
- se trouve hors du pays dont elle a la nationalité et ne peut ou ne veut en réclamer la protection,
- ou, si elle n'a pas de nationalité, se trouve hors du pays dans lequel elle avait sa résidence habituelle et ne peut ou ne veut y retourner.

Soe m’explique sa situation et celle des huit autres membres de sa famille : ils sont regroupés dans le camp de Beung Kleung depuis maintenant 9 ans, en compagnie d’environ 10,000 autres réfugiés. Les camps sont extrêmement compacts et les réfugiés n’ont pas le droit d’en sortir, ni le droit de travailler, n’y même le droit de se consacrer à une agriculture de subsistance. La seule source de nourriture provient des ONGs. L’ONU de son coté supervise les programmes d’émigration vers des pays d’accueil. Soe m’indique qu’il a servi d’interprète lors du transfert de 200 personnes vers la Suède. Il a dû expliquer aux siens des concepts aussi variés que la neige, l’avion ou les immeubles ... et je ne peux m’empêcher de me demander comment ces 200 Karens vont pouvoir s’adapter à un pays dont la culture, la langue, le climat ( !!), l’environnement, le niveau de vie et les moeurs sont si différents. Je crois que l’on me proposerait d’émigrer sur Mars ou Pluton, ça me ferait à peu près le même effet qu’à ces gens de partir en Europe, en Australie ou aux Etats-Unis. Le choc culturel doit être d’une violence inouïe ...

Je mesure aussi que Soe n’est pas le plus à plaindre de ses camarades d’infortune, car son travail au noir lui rapporte suffisamment pour se permettre à lui et sa famille de petits extras ... mais à ma question : « est ce que tu aimes faire le guide ? », sa réponse est sans ambiguïté : « NON ». Son rêve est de sortir de ce camp et son unique but dans la vie est d’émigrer vers la Suède, car de tous les pays qui accueillent des réfugiés, la Suède est le pays qui semble investir le plus de moyens dans la phase d’acculturation nécessairement difficile et pénible. A titre de comparaison, la Suède offre un package gratuit tout compris de deux ans (logement, nourriture, cours de langue et apprentissage d’un métier) quand les Etats-Unis se contentent de trois mois ... on comprend donc que dans ces conditions, le rêve américain soit moins populaire ici qu’ailleurs.

Soe me bombarde à son tour de questions sur la vie à Bangkok et en France : le marché du travail, la valeur des choses, les salaires, les relations amoureuses, les discothèques, l’alcool, la religion chrétienne (les Karens sont majoritairement chrétiens), les règles d’héritage et de succession, etc ... Soe est très curieux, et je fais de mon mieux pour ne pas trop l’éblouir sur ce monde dont il attend tant et qu’il imagine si parfait, si juste et si généreux. Soe m’apprend un mot en Karen : « Walagué », qui signifie bonjour ...

Pour plus d’informations sur le statut des réfugiés dans le monde, voir le site des Nations Unies : http://www.unhcr.ch

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Jour 14, Um Phang => Mae Sot: La journée des records.
172 / 1067 km

Maintenant que je connais le terrain, puisqu’il s’agit de refaire Mae Sot => Um Phang à l’envers, je prends le pari de faire les deux étapes précédentes en une seule journée, en partant à 4h00 du matin ...

Ca me semble un pari raisonnable. Je pars donc en pleine nuit.

Je comptais beaucoup sur la pleine lune pour me guider avant le lever du soleil, mais hélas le ciel est couvert et je n’y vois pas grand chose. Des formes mystérieuses semblent danser de part et d’autre de la chaussée, les panneaux prennent d’étranges formes et l’ensemble n’est pas très rassurant. Je ne suis pas pétochard, mais là j’avoue que je n’en menais pas large. A cela se sont ajoutés les trop nombreux chiens qui ont la mauvaise habitude de dormir sur la route ... et au final j’avance à un rythme relativement faible malgré un relief plutôt accommodant.

D’un point de vue climatique, ce n’est pas non plus la panacée car pour tout dire, il fait froid. Il y a un petit brouillard vicieux qui se transforme en mur d’eau sitôt la seuil des 30 km/h franchis. Les gouttes d’eau qui s’étaient alors inoffensivement déposées superficiellement finissent par pénétrer le coeur du tissu en même temps que la surface de mon épiderme. C’est ce que l’on nomme le double effet réfrigérant de l’eau et du vent !!

Je parcours 30 km avant que le soleil ne se lève, et c’est accompagné des premières lueurs du jour que je croise les paysans qui partent travailler à pied dans leurs champs. Ce sont au début quelques groupes épars mais au fil des minutes, ils se transforment en de longues colonnes humaines ... la journée commence pour eux aussi.

Je suis maintenant parvenu au pied de la chaîne de montagnes, là où l’épreuve de vérité commence. Il me reste 135 km à parcourir dont 90 km de montagnes. Le prochain ravitaillement se situe dans 40 km et je fais donc le plein de victuailles au dernier magasin que je rencontre. L’endroit et le moment paraissent incongrus, mais c’est pourtant là qu’un retour à la réalité du monde s’opère de façon inattendue, car mon vendeur de boissons m’explique qu’il revient tout juste d’Iraq, de Bassorah exactement, où il a travaillé plusieurs mois en tant que cantonnier ... et que c’est pour ça qu’il est tout bronzé (!?).

Eh oui, on n’a pas fini de recenser de par le monde tous les gens qui auront contribué d’une manière ou d’une autre à la pseudo libération de l’Iraq. Pour l’heure, au revoir le désert Iraquien et place à la montagne Thaï ...

Retour vers Mae Sot


Et ça monte bien, mais ce n’est pas une surprise. Les quelques touristes Thaïs que j’ai rencontré à Um Phang et qui sont eux aussi en route vers Bangkok, me saluent au passage d’un petit coup de klaxon et de mains agitées en tous sens ... certains vont même jusqu’à s’arrêter pour me donner à manger, vérifier que je n’ai pas de problème et aussi me demander si je n’ai pas changé d’avis, et que je ne considère toujours pas monter dans la benne de leur pick-up !!

La journée avançant, les montées se font moins méchantes et les descentes deviennent de plus en plus longues et rapides. Les enchaînements gauche droite sont dignes d’un grand prix et c’est là que j’établirai un nouveau record personnel de vitesse avec 94 km/h. Le seuil des 100 km/h aurait même certainement pu être franchi si il n’y avait pas eu un piéton étourdi au milieu de la route ...

J’arrive à Mae Sot vers 19h00, après 15h00 de route, et 172 km au compteur. C’est d’ailleurs mon deuxième record de la journée, car je n’avais jamais parcouru telle distance en une seule étape auparavant.

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Jour 15, Mae Sot=> Tak : Encore des montagnes.
90 / 1157 km

Le massage traditionnel d’hier, bien qu’extrêmement douloureux sur le coup, semble m’avoir fait le plus grand bien car je ne ressens pas la moindre courbature ce matin. C’est très inattendu mais fort bienvenu.

Je pars aujourd’hui avec l’objectif de rallier Khampaeng Phaet. Un rapide coup d’oeil sur ma carte m’indique que j’en serai quitte pour 150 km de plat avec une petite montagne à traverser au milieu, donc pas de quoi s’émouvoir après l’étape d’hier.

Le problème est que ma carte a semble-t-il pris des libertés avec la réalité et a ainsi ignoré quelques lignes de niveau en chemin. La « petite montagne » se transforme en une succession de cols où je continue plus que jamais d’user mon petit plateau. En plus du relief, j’ai un autre handicap de taille avec la confirmation d’un bon rhum. Nez bouché, forte chaleur et grosses montées ... ce n’est pas vraiment le cocktail idéal pour réaliser une performance. A midi, je n’ai parcouru que 40 km et je vais devoir revoir mes ambitions à la baisse. Je n’arriverai jamais à Kamphaeng Phet aujourd’hui et il est plus raisonnable de passer la nuit dans la ville de Tak, située 60 km plus en avant. Mon Lonely Planet n’est pas dithyrambique sur Tak, qu’il qualifie de « sans intérêt, à l’exception d’un pont en bois suspendu au dessus de la rivière Ping » ...

Le riviere Ping


... et s’il est vrai qu’il y a peu de choses remarquables à visiter à Tak, on ne peut par contre dénier un charme certain à cette petite ville de province, avec sa rivière, son quartier chinois, ses vieilles maisons en bois et son marché grouillant de vie. Moi, je ne l’ai pas trouvé sans intérêt cette ville, et je l’ai même beaucoup appréciée.

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Jour 16, Tak => Kamphaeng Phet : La plaine.
92 / 1249 km

Normalement aujourd’hui, et à moins d’un glissement incontrôlé des plaques tectoniques de la région pendant la nuit, la route est toute plate d’un bout à l’autre. Enfin ...

Et il n’y aura pas de mauvaise surprise, la route est bien plate ... et après deux semaines de montagne, je me découvre des ailes. J’arrive à Kamphaeng Phet à midi. C’est parfait, comme ça j’ai le temps de faire une sieste avant de partir visiter les ruines et les temples de la ville.

Kamphaeng Phet fut jadis, au XIII ème siècle, un poste avancé du royaume de Sukhothai. On y trouve encore aujourd’hui de nombreuses fortifications anciennes, des murs d’enceintes, des forts et des temples qui sont autant de témoins de la grandeur passée de cette cité.


Wat Phra Kaew a Kampphaeng Phet

Wat Phra Kaew

Et c’est alors que je me balade tranquillement d’un temple à l’autre, sur le plat, sans sacoche, bien au calme et sans forcer sur la mécanique ... que ma manette de changement de plateau rend l’âme, accompagnée de manière quasi-simultanée par la rupture de deux nouveaux rayons. Je n’arrive pas à y croire ...

Je rentre en ville et je trouve un réparateur de vélo qui aura la bonté de me changer mes deux rayons en 20 minutes à peine. Le temps de démonter la roue, sortir le pneu et la chambre à air, remonter deux rayons, aligner l’ensemble et remonter le tout : le service et la rapidité ne sont ici pas un vain mot. Par contre en ce qui concerne ma manette de changement de plateau, elle est déclarée morte et irrécupérable, ce qui ne m’inquiète pas trop puisque la route est plate jusqu‘à Bangkok.

Changement de rayons

opération changement de rayons ... encore ...


J’ai vraiment beaucoup de chance, car si ma manette de vitesses avait lâché ne serait-ce qu’un jour plus tôt, ou pire au milieu des montagnes de la région d’Um Phang, j’aurais été bon pour finir mon voyage dans la benne d’un pick-up ... et si il est certain que la chance de débutant dont j’ai pu bénéficier au Laos est révolue (aucune panne au Laos), je dois bien avouer que le sort reste bienveillant envers moi.

Dans un autre registre, les informations m’apprennent que la région de Kamphaeng Phet est un des foyers déclarés de grippe aviaire en Thaïlande, et sur la seule journée d’hier, 34000 poulets ont été exécutés ...

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Jour 17, Kamphaeng Phet => Ayutthaya: Où quand la machine s’emballe.
307 / 1556 km

Conscient que je suis maintenant de l’incroyable facilité à rouler sur le plat, et par conséquent des nouvelles perspectives que cela permet d’entrevoir, j’ai abandonné l’idée de prendre le train à Nakhon Sawan et je compte faire les 400 km qui me séparent de Bangkok sur les deux jours qu’il me reste. L’idéal étant de faire une grosse journée aujourd’hui jusqu’à Singburi (~220 km) pour pouvoir finir plus tranquillement demain.

Je pars donc à la fraîche à 7h00, et je croise un spectacle habituel pour cette heure matinale, celui des longues processions de moines habillés de robes oranges et partis faire l’aumône dans les rues de ville. C’est un rituel immuable, une sorte de troc à base de riz pour les moines et de bons points pour le karma des généreux donateurs.

Je tiens une bonne moyenne ce matin et il faut avouer que je ne chaume pas. Je m’autorise une petite pause tous les 30 km et une pause plus conséquente tous les 60 km. Je suis dans les « temps de passage » que j’avais prévu, mais tout juste ... et LA crevaison du voyage tombe plutôt mal, même si c’est franchement une bonne idée que cela se produise juste en face d’un réparateur de moto équipé d’un compresseur !

Je répare rapidement et je repars, mais je suis maintenant en retard sur mon planning.

252 km ...

Nakhon Sawan 14km, Bangkok 252km …


Une fois passé Nakhon Sawan, j’opte pour l’autoroute 1 ... pas que je raffole de l’autoroute, loin de là, mais la région est particulièrement marécageuse et le réseau routier secondaire a ici cette désagréable habitude de se finir en cul-de-sac, devant un étang, devant un canal, devant n’importe quoi qui soit infranchissable ... et c’est énervant.

J’attaque l’autoroute donc, la circulation n’y est pas très dense et la vitesse moyenne ne dépasse pas les 80 km/h. Je fais quelques kilomètres et c’est alors que j’entends le « tchoïng » caractéristique ... de la rupture d’un rayon ! Le quatrième sur la même roue, ça devient vraiment n’importe quoi. Comme il m’en reste encore un de rechange, et que maintenant je maîtrise la procédure de remplacement, l’opération est réalisée en un temps record. Par contre ce qui me chiffonne, c’est qu’à ce rythme, je vais casser un nouveau rayon dans quelques kilomètres ... la question qui se pose étant : sur une roue qui comporte 32 rayons en temps normal, quel est le nombre de rayons minimum requis pour que la roue garde une forme vaguement circulaire et continue à tourner ?

Les rayons font heureusement une pause dans leur frénésie suicidaire, ce qui me permettra alors d’enchaîner les kilomètres à une vitesse qui donne le vertige. Le compteur tourne, tourne, tourne : 150 km, 175 km, 200 km, 225 km ... et j’ai la même énergie qu’à la première heure, ce qui en devient presque suspect. Ma progression est d’autant plus rapide que c’est à ce moment là que je joue la carte de l’aspiration, phénomène magique qui veut qu’un véhicule aspirant placé en avant se charge de faite écran de par son volume et ainsi réduit au plus strict minimum la résistance de l’air ... où comment rouler à 50 km/h sans effort et sans même avoir à pédaler. Je reste dans l’aspiration du même camion pendant ce qui semble une éternité, la nuit tombe, je dépasse la ville de Singburi où j’avais prévu de passer la nuit et je ne lâche pas « mon camion », à ce rythme, dans 4h00 je serais à Bangkok !!

Enfin cela aurait été le cas si ce camion n’avait pas bifurqué en direction de Lopburi ...

Donc voila, il fait nuit, j’ai dépassé Singburi, j’en suis à 250 km depuis ce matin ... et je n’ai aucune envie de m’arrêter là. Une seule explication à ce phénomène : l’endorphine, cette hormone sécrétée par le cerveau, dont le nom évoque la morphine parce qu'elle aurait un rôle anti-douleur et parce qu'elle induirait, comme la véritable morphine, un phénomène de dépendance. Ca y est, c’est prouvé, je suis maintenant chimiquement dépendant au vélo !

275 km, j’arrive à Ang Thong. Je sors de l’autoroute et je rejoins le réseau secondaire pour rallier Ayuthaya. La circulation est presque nulle à cette heure ... il est 21h00.

300 km, Ayuthaya est en vue ... mais Bangkok par contre n’en finit plus de s’éloigner. La machine folle est en train de trouver ses limites et mes endorphines se sont mises en grève. Ma vitesse a chuté de moitié pendant la dernière heure, passant de 30 km/h à 15 km/h à peine.

La journée s’achèvera sur le chiffre 307 ... il est 22h50 ...

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Jour 18, Ayutthaya => Bangkok : Bangkok.
98 / 1654 km

Aujourd’hui, dernière journée d’un long périple, je m’attaque à une étape peu évidente où la difficulté réside à adopter la bonne approche pour rentrer dans Bangkok, et survivre aux multiples 2x6 voies qui en partent en tous sens ...

Ce ne sera pas sans mal, ni sans détours, ni sans demi-tours du haut d’échangeurs interminables, mais je rejoindrai le coeur de la ville et mon quartier du Lumpini en tout début d’après-midi : objectif atteint !

Arrivee

Parc du Lumpini


Ou plutôt objectif partiellement atteint, car le projet initial était tout de même de parvenir à traverser ces 100 km de forêt situés au sud d’Um Phang. Mais peu importe, ce sera pour une prochaine fois, en tentant une approche par le sud par exemple.

Et puis les événements de ce voyage, que ce soient les inondations dévastatrices au nord ou bien le sort des réfugiés Karens à l’ouest, ont levé un voile sur des choses bien plus importantes qu’un simple voyage à vélo ... et de commencer sérieusement à considérer répondre par l’affirmative à l’invitation de Soe à passer les fêtes de fin d’année chez lui, dans un camp de réfugiés, à Beung Kleung, derrière des barbelés ...



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