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Le carnet de voyage en Turquie ...                      (2 921 km / 20 Février - 09 Avril 2009)
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T       Turquie 
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Les informations générales (valides en Février 2009)

  • Capitale : Ankara.
  • Superficie : 780,576 km2 (= 1.1 x France).
  • Population : ~ 72.9 millions d'habitants (= 1.1 x France).
  • Densité : 94 habitants / km2.
  • Langue : Turc.
  • Principale religion : Islam (95%).
  • Indice de Développement Humain (IDH) : 0.757, soit le 92ème pays sur 177. Qu'est-ce-que l'IDH ?
  • Système politique : République parlementaire.
  • Président : Abdullah Gül (depuis Août 2007).
  • Premier ministre : Recep tayyip Erdogan (depuis Mars 2003).
  • Taux de croissance 2007 : 5%.
  • Monnaie : Lire Turque (TRY), 1 Euro = ~ 2.13 Lires.
  • Principaux produits importés : carburants, pétrole, véhicules, équipements électriques et électroniques.
  • Principaux produits exportés : véhicules, vêtements, machines, fer, acier, équipements divers.



La carte de la Turquie avec l'itinéraire suivi (en vert)


Turquie



Le récit du voyage en Turquie avec les meilleures photos :

Vendredi 20 Février :
 
j’effectue mes premiers pas en Turquie sous une petite neige qui vole au vent. Les formalités administratives sont rapidement expédiées, il n’est même pas nécessaire d’obtenir un visa pour entrer dans le pays.

Comme souvent lors d'un passage de frontière, le décor change brutalement. Les maisons sont différentes, ce sont maintenant de gros cubes qui manifestement accueillent plusieurs familles. Les voitures changent aussi, avec une grande majorité de voitures Européennes de dernière génération … si l’on fait abstraction des nombreuses Renault 12 en circulation, car produites en Turquie jusqu’en 2000 (ci-dessous).

Turquie ....

Le portrait d'Atatürk (au centre sur la photo ci-dessus) apparait rapidement comme LE symbole du pays : en peinture sur les murs, en statue à l’entrée des parcs ou des écoles et sur tous les billets de banque, c’est un visage qui devient très vite familier.

Présenter Atatürk, Mustafa Kemal de son prénom, et résumer son œuvre est une tache d’une invraisemblable ampleur tant l’homme fut déterminant dans de nombreux domaines d’importance. Si Atatürk peut se traduire comme « le Père des Turcs », « le Père de la Turquie moderne » serait tout aussi approprié, la Turquie d’aujourd’hui lui doit tout. Après la Première Guerre mondiale et l'occupation alliée de l'Empire Ottoman, ce militaire de carrière refuse de voir son pays être démembré par le traité de Sèvres. Accompagné de partisans, il se révolte contre le gouvernement impérial et crée un deuxième pouvoir politique à Ankara. C’est de cette ville qu’il mène la guerre contre les occupants. Sous son commandement, les forces Turques ont vaincu les armées Arméniennes, Françaises, Italiennes et Grecques. Atatürk affirme alors une volonté farouche de rupture avec le passé impérial Ottoman et il entreprend des réformes radicales. Après la proclamation de la République Turque en 1923, il déplace la capitale d’Istanbul à Ankara et il occidentalise le pays. Il adopte le code commercial Allemand, le code pénal Italien et le code civil Suisse, avec certaines modifications ou adaptations. La polygamie est interdite, les hommes et les femmes deviennent égaux en droits et les femmes obtiennent le droit de vote (10 ans avant leurs homologues Françaises). Il inscrit la laïcité dans la constitution, il remplace l’alphabet Arabe par l’alphabet Latin (obligeant par la même occasion tous les Turcs âgés de 6 à 40 ans à retourner à l'école pour apprendre ce nouvel alphabet !) et l'école primaire devient obligatoire, mixte, républicaine et laïque. Il meurt en 1938.
« Je ne laisse, en tant qu'héritage spirituel, aucun verset, aucun dogme, aucune règle pétrifiée et figée. Mon héritage spirituel, c'est la science et la raison (…). Tout dans ce monde évolue rapidement. La conception du bonheur et du malheur se modifie, au fil du temps, chez les peuples et les individus. Affirmer, dans ce contexte, que l'on a su inventer des recettes éternellement valables équivaudrait à renier l'incessante évolution des idées et de la science. (…) Nul n'ignore ce que j'ai essayé de faire, ce que je me suis efforcé de réussir pour le bien de la nation Turque. Ceux qui, après moi, voudront avancer dans mon sillage, sans jamais s'éloigner de la raison et de la science, deviendront mes héritiers spirituels. »

Atatürk fut à n’en pas douter un grand homme, et en arrivant d’Iran, en arrivant de la République Islamique d’Iran, son héritage se ressent avec force tant les deux pays ont pris des voies radicalement opposées. Cela exacerbe aussi certainement ce sentiment de liberté que l’on éprouve immédiatement, notamment en observant les femmes qui sont enfin autorisée à se « dé-voiler », et c’est tout simplement fantastiquement euphorisant !! Aaah liberté chérie, qu’il est bon de te retrouver !


Une fois le poste frontière derrière moi, je savoure avec bonheur mes premiers tours de roue en Turquie. La route est bonne, elle est belle, dégagée et très tranquille. Les paysages sont d’un blanc éblouissant et seules quelques fermes plantées ici et là viennent rappeler que l’endroit est habité.

Neige, vers Yuktsekova

Après une quarantaine de kilomètres, j’arrive dans le village de Yuktsekova où j’ai prévu de passer la nuit. Le village est vivant, moderne et agréable, et il a toutes les caractéristiques d’un village de montagne en plein milieu de l’hiver. Les ruelles sont obstruées par des amas de neige, les trottoirs sont couverts de glace … et les piétons glissent plus qu’ils ne marchent !!

Ce soir je recule mes pendules pour l’avant-dernière fois, et je ne suis plus maintenant qu’une toute petite heure en avance sur la France. Je n’ai jamais été aussi près …


Samedi 21 Février : il neige quand je me réveille ce matin, et les rues du village sont toutes blanches … voilà qui promet. Une heure plus tard et alors que je monte en selle, la neige ne tombe plus, mais elle n’a pas pour autant fondu. Elle est là, partout, tout autour, et le ciel est blanc. Tout est blanc d’ailleurs, cette monochromie est aveuglante.

Neige encore ...

Je me lance malgré tout sans arrière pensée, ça va passer me dis-je … mais quelques kilomètres et quelques chutes plus loin, je dois bien reconnaître que rouler sur de la neige tassée et gelée est un exercice périlleux lorsque l’on ne dispose que de deux roues. Dont acte, j’ai largement sous-estimé la difficulté. Même lorsque la route est plate, le seul bombé de la chaussée suffit à faire glisser ma roue arrière de travers, et alors je pars dans d’invraisemblables séries de braquages et de contrebraquages qui généralement se finissent ventre à terre. J’ai beau avancer sur des œufs, je tombe et retombe, toujours avec style et en douceur, mais je tombe quand même. 15 km en deux heures, c’est tout ce dont j’ai été capable dans ces conditions. Et puis la neige se remet à tomber, et je ne distingue même plus clairement où se trouve la route …

C’est à ce moment qu’une camionnette me double, s’arrête, et revient vers moi en marche arrière. Son chauffeur m’invite à grimper à l’intérieur. Je refuse. Je remercie mais je refuse. Le chauffeur part alors dans de longues explications, montre du doigt la neige qui tombe, puis les montagnes que l’on ne voit pas, puis la neige et voyant mon incompréhension croître au fur et à mesure, il s’interrompt, se met à quatre pattes dans la neige et hurle à la manière des loups. Son explication finie, il se redresse et me regarde avec des yeux qui ne plaisantent pas … bon, bon, OK, n’ayons pas la tête trop dure et soyons raisonnable, je monte donc dans sa camionnette avec mon vélo. Nous parcourons ainsi 20 km et il me dépose à l’embranchement de la route de Van. Il neige toujours mais le chasse-neige est passé et la route est dégagée.

Je me remets à pédaler, l’adhérence est suffisante et j’avance … mais une nouvelle voiture s’arrête et me propose de me conduire, je décline cette fois-ci fermement l’invitation. Quelques kilomètres plus loin, ce sont deux journalistes de « Turkish News » qui s’arrêtent et improvisent une interview au bord de la route. En repartant, ils me mettent en garde contre la neige, les loups (qui ont faim quand il neige), les activistes du PKK (parti des travailleurs du Kurdistan, une organisation classée comme terroriste) et les mines (du temps où le PKK et l’armée Turque s’affrontaient), rien que ça … c’est rassurant.

La neige redouble d’intensité, la route est de nouveau intégralement recouverte … et dans les montées ma roue arrière patine dans le vide, je dois pousser pour avancer. Dans les descentes, je glisse plus que je ne roule, et je fais des embardées totalement incontrôlées, sans toutefois tomber ce qui relève autant du miracle que de l’exploit. Je n’y arrive plus, cela devient dangereux et ridicule. Quand la camionnette de Cahit et Eyyűp s’arrête et qu'ils me proposent de monter avec eux ... je me résous à accepter. Ils me conduiront ainsi jusqu’à Van, 100 km plus loin, et en route ils m’offriront également à déjeuner. Cahit et Eyyűp, ils sont vraiment gentils tous les deux, j’en profite pour apprendre des rudiments de Turc, et ils me posent aussi des questions sur la France, et surtout pourquoi Nicolas Sarkozy est-il tant opposé à l’entrée de la Turquie au sein de l’Union Européenne ? Ils le vivent manifestement assez mal, et il est vrai qu’il n’est jamais agréable d’être ainsi tenu à l’écart, quelqu’en soient les raisons.


Dimanche 22 - Mardi 24 Février : je suis donc maintenant à Van, et avec le recul j’ai la désagréable impression d’avoir abandonné la partie un peu facilement en montant dans cette camionnette, je le regrette un peu, j’ai le sentiment de ne pas avoir fait face jusqu’au bout. Voilà peut-être une leçon à retenir pour la suite …

Van est la plus grande ville de sud-est de la Turquie, c’est une ville propre et plutôt moderne. L’architecture des bâtiments que j’avais entrevue jusqu’ici se confirme comme étant du plus pur style cubico-massif, et les mosquées n’y échappent pas …

Mosquee HZ. Omer Camii Mosquee Ulu Cami

Il n’y a presque pas de maisons individuelles à Van, les logements se situent dans les étages supérieurs de petits immeubles dont le rez de chaussée est souvent occupé par des magasins. Cela présente le triple avantage d’une meilleure efficacité énergétique pour le chauffage, d’une réduction de l’espace construit au sol et d’une mixité des quartiers qui permet de réduire les déplacements … par contre il faut reconnaître que ce n’est pas vraiment joli (arrière plan de la photo ci-dessous).

Tricycle ...


Ci-dessous, le bazar de Van ...


Bazar Bazar fumant

Bazar Bazar

... et l’une des très nombreuses boulangeries du quartier !

Boulangerie ! Boulanger


Encore plus qu’en Iran, le pain est en Turquie un aliment incontournable, et celui-ci trône dorénavant en bonne place dans une corbeille sur les tables des restaurants ... comme en France.


L’attraction principale de Van est son château (ci-dessous) dont les fondations remonteraient au IX ème siècle avant Jésus Christ. Il est perché sur un étroit enfilement de roches faisant face au lac Van Gölü que l'on aperçoit au loin.

Chateau Van Kalesi

Au pied du château se trouve un autre type de ruines, ce sont les restes du « vieux Van » (ci-dessous), détruit en 1915 par l’armée Ottomane à une époque où la ville, tout comme les régions alentours, étaient majoritairement peuplées d’Arméniens.

Old Van ...

La Turquie et le génocide Arménien : c'est en 1915 et alors que la première guerre mondiale fait rage, que l’empire Ottoman profite d’une révolte des Arméniens vivant dans l’est du pays, et d’une supposée collusion avec l’ennemi Russe, pour assassiner en masse la population Arménienne présente sur son territoire. La notion même de génocide pour ces massacres qui firent environ 1 million 200 000 victimes est assez largement reconnue au niveau international, mais formellement niée en Turquie. Cela fait partie des points d’achoppement qui compliquent l’accession de la Turquie à l’Union Européenne. L’enjeu est toutefois de taille, car si la Turquie venait un jour à reconnaitre la réalité du génocide, il est fort possible qu’elle soit alors contrainte de verser des compensations financières et / ou donner (rendre ?) des territoires à l’Arménie ...


Mercredi
25 Février : la météo s’annonce bancale ce matin, si le soleil brille au dessus de Van, de gros nuages gris arrivent au loin depuis la rive ouest du lac Van Gölü …

Van Golu

Ayant assez mystérieusement réussi à me glisser entre les averses de neige et de pluie toute la matinée, c’est presque sec que j’arrive à proximité d’une caserne de cantonniers où je suis immédiatement convié à m’installer devant un plat de haricots blancs. J’essaie de pratiquer un peu mes bases rudimentaires de Turc, mais je suis très vite informé qu’ici il n’y a pas de Turques, ils sont KURDES et manifestement très fiers de l’être. Kurdes et pas Turques donc … déjà en Iran j’avais rencontre des Kurdes pas Iraniens ...

Une fois le plein d’énergie réalisé, je remercie mes hôtes, Kurdes, et je reprends l’ascension du col qui doit m’emmener jusqu’à 2 300 m d’altitude.

Et en avant ... RDV en haut ... 

Les nuages sont bas, mais le soleil parvient de temps à autre à se frayer un chemin et se rappelle à mon bon souvenir.

NEIGE !!

La descente du haut de ce col sera pour moi l’occasion de me retrouver confronté pour la première fois à un kangal, ce chien de berger qui a pour réputation d’être « le chien le plus puissant du monde ».

Dans les plaines d'Anatolie, le kangal n'hésite pas à s'attaquer aux loups qui s'approchent trop près du troupeau. Les bergers Turques reconnaissent que trois kangals suffisent à écraser une meute d'environs cinq loups et à en tuer un ou deux ; ces chiens sont d'autant plus redoutables qu'ils combattent également les ours. Le kangal possède une mâchoire extrêmement puissante ; la résistance de son corps aux coups et blessures, sa force de combat sont largement supérieures aux autres grands chiens. En Afghanistan, dans des tournois de combats d'animaux, un kangal spécialement entraîné pour le combat aurait réussi à terrasser un lion


Voilà la fiche technique de l’animal que les bergers Turques (Kurdes ?) laissent courir après les cyclistes de passage. Et encore, si ils attaquaient un par un, ce serait gérable, mais non, ces dégonflés attaquent en groupe, et sur mon premier face-à-face, ce sont cinq kangals qui me barrent la route.

Je les ai vus arrivés de loin, de tellement loin que je ne pensais pas que c’était pour moi qu'ils effectuaient le déplacement, mais si. Mon premier reflexe fut de descendre du vélo, car ce que je redoute par-dessus tout c’est la chute. Ensuite j’ai essayé d’interposer le vélo entre les chiens et moi, mais face à cinq chiens, il y a toujours un ou deux malins qui font le tour. La situation est délicate, je n’ai même pas un bâton avec moi. Je donne des coups de pieds à ceux qui s’approchent le plus, en vain, je crois que ça les énerve encore plus. Et puis un camion s’arrête et son chauffeur vient à ma rescousse. Les chiens ne reculent pas, mais à deux, nos arrières sont couverts. La circulation est maintenant interrompue sur la route, c'est l'état de siège, et il n'y a pas de solution en vue. Finalement, cinq bonnes minutes plus tard un groupe de soldats arrive, ce sont manifestement leurs chiens, ils les calment avec difficulté … et je peux repartir … mais après à peine 200 mètres, trois des cinq chiens me reprennent en chasse. Ils sont véritablement enragés, ils n’ont pas mangé depuis une semaine ou on leur a promis du cycliste pour le dîner, je ne sais pas, mais ça commence à être épuisant. Je leur balance tout ce qui me tombe sous la main, et puis je m’énerve tant et si bien que je finis par crier plus fort qu’ils n’aboient, et je crois que c’est ce qui les a mis en fuite …

Toutes ces émotions m’ont mis en retard, la nuit approche et la ville de Tatvan est encore loin. La neige de son côté s’est remise à tomber … et pour couronner le tout, un second col pas vraiment prévu se dresse juste devant moi. Plusieurs véhicules s’arrêtent et me proposent de me conduire jusqu’à Tatvan, mais il n’en est pas question, pas cette fois ; tant que c’est pédalable, c’est pédalable et donc je le pédalerai. La nuit tombe, la neige s’accumule doucement sur la route et les températures déclinent graduellement en territoire négatif. Il fait nuit blanche, et c’est tout simplement magnifique.


Jeudi 26 Février : il neige encore ce matin, mais j’ai pris la précaution de me rendre jusqu’à la route principale pour voir si la neige avait bien été dégagée. C’est une leçon que j’ai retenu de l’étape de Yuktsekova : partir tôt, oui, mais ne jamais partir avant que le chasse-neige ne soit passé !

J’ai décidé de me diriger aujourd’hui vers le sud-ouest, vers Kozluk et Diyarbakır, deux villes situées en plus basse altitude (700 à 900 m) et où j’espère ne plus rencontrer de neige !! Et effectivement, la neige disparaît une fois que je passe sous les 1 200 m … mais une boue collante prend malheureusement aussitôt le relai. En quelques centaines de mètres seulement, mon vélo devient tout marron, ma chaîne craque et mes freins fondent de manière inquiétante. La route semble être en construction, bien qu’il n’y ait aucun véhicule de chantier ni d’ouvrier. Quand j’arrive au pied des montagnes, je nettoie mon vélo dans une rivière et je constate que mes freins arrières sont bons à changer. J’ai du travail pour ce soir !

Pont.

Durant la fin de journée, je me fais encore attaquer par plusieurs groupes de chiens, mais ceux-ci ne sont en rien aussi agressifs que ceux de la veille, et puis ma méthode de défense s’affine : il ne sert à rien de lancer des projectiles, le geste suffit, et crier est important. En plus de donner du courage, cela semble quelque peu les dérouter, ils ne s’entendent plus aboyer. Je dois aussi maintenant faire face aux attaques des enfants, qui me lancent des pierres dans le dos ... jamais de face, toujours de dos …

Batman Le village de Kozluk se trouve sur la route de Batman, ça ne s’invente pas et je le prouve (photo réalisée avec trucage).

Et lorsque j’arrive à Kozluk, j’ai la mauvaise idée de demander la direction de l’hôtel le plus proche à un sergent de ville sur le point de gérer la sortie d’une école. Ce fut vraiment une erreur de ma part, car lorsque les enfants me voient, ils m’encerclent aussitôt et coupent par la même occasion la circulation sur la seule route du village. Quelques policiers viennent essayer de mettre un peu d’ordre mais les enfants, vraiment têtus, n’en ont que faire. Il faudra pas moins de six policiers pour que je puisse m’extirper de cette gangue de curieux marmots, et trouve refuge dans le poste de police, où malgré tout les plus téméraires réussiront à se faufiler. Je n’en crois pas mes yeux. Ces enfants n'ont peur de rien.

J’apprends qu'il n’y a pas d’hôtel à Kozluk, mais il est possible de dormir dans la « maison des professeurs » … et ces derniers de me confier lors de la soirée, l’air las, que les enfants de la région sont difficiles.


Vendredi 27 Février : les nuages sont menaçants ce matin, une grosse averse tombe juste avant mon départ et c’est sur une route détrempée que je m’élance. Le relief est du type ondulant, mais une fois n’est pas coutume, j’ai aujourd’hui un vent favorable qui m’aide nettement dans les montées. Sur le front des attaques, aujourd’hui les chiens mènent par 4 à 1 contre les enfants, je prends mon mal en patience ... ils vont bien finir par se lasser.

Kozluk

Lorsque j’arrive à Diyarbakır, j’ai la surprise d’être accueilli par la chaîne de télévision Kanal 1. Ils souhaitent réaliser un petit reportage sur mon voyage et mes motivations … et je m’y prête de bonne grâce, malgré l’averse qui guette, ravi de pouvoir ainsi sensibiliser, ou au moins interpeller, une si large audience sur la problématique du réchauffement climatique et la part importante qu’y jouent les transports motorisés.


Samedi 28 Février et Dimanche 1er Mars : je fais une petite pause à Diyarbakır, la ville considérée encore aujourd'hui comme le centre du mouvement indépendantiste Kurde en Turquie ...


Qui sont les Kurdes ? les Kurdes sont un peuple d'origine indo-européenne comptant environ 30 millions de personnes, vivant surtout en Turquie (~15 millions), en Iran (~7 millions), en Irak (~6 millions) et en Syrie (~2 millions), dans ce qui est appelé le Kurdistan. Depuis l'antiquité, les Kurdes forment un peuple à part. Divisés, prenant les armes tour à tour contre les États qui veulent les réduire, ils rêvent à leur souveraineté … mais tous les États qui abritent une communauté Kurde s’y opposent activement, craignant de devoir abandonner une partie de leur territoire national, et les ressources naturelles qui s'y trouvent, à savoir du pétrole et de l'eau !

PKK
La Turquie a longtemps nié l’existence même des Kurdes sur son territoire, ceux-ci étant officiellement appellés « Turcs des montagnes ». La non-reconnaissance de leur spécificité culturelle, et notamment de leur langue, a alimenté au fil des années un fort ressentiment à l’égard de l’Etat Turc … ce qui se traduisit à la fin des années 70 par la création du PKK, le parti des travailleurs Kurdes, une organisation armée se présentant comme un mouvement de guérilla. Le PKK revendiquait alors l’indépendance pure et simple, et les combats qui firent rage dans les années 80 et 90 contre l’armée régulière Turque ont entraîné la mort d'environ 40 000 personnes.

A présent les revendications d'indépendance du PKK se sont muées en demandes d'autonomie au sein d'un système fédéral, d'amnistie pour les rebelles qui leur garantisse une participation à la vie politique, et de libération de leur chef Abdullah Öcalan. La situation des Kurdes en tant que minorité s’est toutefois largement améliorée au fil des années, et plus que l’impact peu évident des activités du PKK, ce sont les exigences de l’Union Européenne pour l’intégration de la Turquie qui a ouvert de nouveaux droits aux Kurdes, avec aujourd’hui des livres, des journaux et même une chaîne de télévision en langue Kurde.

Les Kurdes de Turquie habitent surtout le sud-est du pays, c’est donc assez naturellement que Diyarbakır s’est retrouvé au centre des affrontements. La ville abrite d'ailleurs toujours une garnison totalement disproportionnée de plusieurs dizaines de milliers de soldats, et il n’est pas rare d'entendre les hélicoptères d'assaut survoler les environs ... ou même de croiser un char au détour d'une route de campagne ! Sur le front des combats, malgré la dénonciation du cessez-le-feu en 2004, la situation est assez calme depuis que l’armée Turque a réussi à couper les réseaux de soutien du PKK, notamment en vidant 4 000 villages de leurs habitants …

Les choses semblent donc doucement rentrer dans l’ordre … mais il reste tout de même l’épineuse question des «disparus» à régler. Au plus fort de la guerre civile qui opposa l'armée aux séparatistes, des centaines de personnes n'ont plus donné signe de vie après avoir été emmenées en garde à vue ou arrêtées à leur domicile. Il s'agissait de membres du PKK, de militants de la cause Kurde ou de simples civils. La plupart du temps, les corps n'ont pas été retrouvés. On estime leur nombre entre 1 375 et 1 500. Depuis le mois de Janvier ce sujet revient chaque semaine à la une de l’actualité par l’intermédiaire du défilé des « mères du Samedi ». Sous étroite surveillance des forces de l'ordre, elles brandissent la photo d'un enfant ou d'un mari et déroulent une longue banderole noire : «On connaît les coupables. Où sont nos disparus ?» Dix ans, quinze ans, vingt ans après, la question reste toujours sans réponse.


La visite de 
Diyarbakır me conduit sur la place principale de la mosquée Ulu Cami, en face du caravansérail bicolore de Hasan Pasa Hani (ci-dessous en arrière plan).

Caravanserail Hasan Pasa Hani

L’endroit est convivial et les invitations à venir boire un verre de thé sont nombreuses. A chaque fois les Kurdes me témoignent de leur gratitude envers l’Union Européenne pour avoir forcé la main de la Turquie sur la question de leurs libertés. Je suis ravi d’apprendre que l’Union Européenne peut donc être occasionnellement plus qu’un simple espace économique commun, c'est une vraie bonne nouvelle. Et puis lorsque mes interlocuteurs apprennent ma nationalité Française, invariablement ils évoquent Danièle Mitterrand, très populaire pour s’être rendue personnellement à Diyarbakır en 1991, au plus fort de la répression des Kurdes Irakiens par les troupes de Saddam Hussein, afin d’aider à gérer l'afflux des réfugiés au niveau de la frontière Turque. 20 ans après, ils n’ont pas oublié …

Ci-dessous, dans les rues de Diyarbakır.

Trotoirs ... Trotoirs

Le centre-ville est ceinturé de majestueux remparts en basalte datant de l’époque Romaine. Avec une longueur de près de 6 km, ce serait la deuxième plus longue construction de ce type après la grande muraille de Chine !

Remparts de la vile

Jusqu'en 1915, la ville était également habitée par de nombreux Arméniens, et il subsiste encore quelques églises datant de cette époque. Ci-dessous, l'une des mieux conservées : l’église Keldani Kilisesi et son clocher, avec au second plan le minaret de la mosquée Kasim Pedisah Cami.

Eglise Keldani Kilisesi Clocher et minaret ...


Lundi 2 Mars : c’est devenu assez rare depuis que je suis en Turquie, mais aujourd’hui il fait beau, il y a un grand soleil et le ciel est dégagé … mais en contrepartie il souffle un vent d’ouest dé-coif-fant !!

Les prairies aux alentours sont recouvertes de pierres, et les moutons, chèvres, vaches et ânes broutent ce qu’ils réussissent à trouver entre celles-ci. Les chiens quant à eux sont occupés à garder leur troupeau et ne s’intéressent plus à moi, tant mieux et pourvu que ça dure ...

Moutons


Mardi 3 Mars : le vent est tombé aujourd’hui, mais les nuages sont arrivés … on ne peut décidément pas tout avoir.

Je me dirige ce matin vers le lac artificiel formé par le barrage Atatürk. Ce barrage, immense, est l’un des 22 barrages qui ont été édifiés dans le cadre du mégaprojet GAP (Güneydoğu Anadolu Projesi), et dont l’objectif est d’accélérer le développement économique du sud-est de l’Anatolie. L’eau ainsi accumulée alimente 19 centrales électriques et permet l'irrigation de trois millions d'hectares de terres situées en zone aride.

Vers le Feribot !

Conséquence de la montée en eau du barrage Atatürk, la route qui relie Siverek à Kahta est maintenant immergée en son milieu et il faut emprunter un « Feribot » pour passer d'une rive à l’autre.

LE Feribot

La construction de ces 22 barrages s’est accompagné de nombreux problèmes ... comme le déplacement massif de population, l’explosion des maladies liées à l’humidité (paludisme, dysenterie, etc …), la disparition de nombreux sites archéologiques … et aussi un net regain de tension avec la Syrie et l’Iraq, les deux pays situés en aval des deux fleuves concernés par le projet, à savoir respectivement l’Euphrate et le Tigre. Il n’est en effet jamais trop rassurant de voir se multiplier ainsi le nombre de robinets sur sa principale source d’eau douce …

Ci-dessous en route vers Kahta, devant le mont Nemrut Daği (2 150 m) dont le sommet est toujours enneigé et inaccessible à cette époque de l’année ... je ne suis donc pas monté voir les fameuses statues du Roi Antiochus Ier !

Nemrut Dagi


Mercredi 4 Mars :
 un ciel bas, une pluie fine qui n’en finit pas … et une certitude en arrivant ce soir à Gölbasi, c’est que demain sera un meilleur jour !


Jeudi 5 Mars : le ciel est toujours bas, l’horizon est complètement bouché … mais au moins il ne pleut pas. Je continue à avancer d’environ 100 km par jour, un rythme raisonnable pour un relief franchement irrégulier.

VERT ! Cheval ... Mule !?


Vendredi 6 Mars : aujourd’hui le ciel est tellement bas que je pédale presque toute la journée dans les nuages ! 50 mètres de visibilité devant, 50 mètres de visibilité derrière, et c’est tout, tout le reste est blanc, cela en deviendrait presque claustrophobisant ! La neige a refait son apparition dès 1 000 mètres d’altitude et ce sont de véritables murs de neige qui bordent la route lorsque j’atteins le sommet du col (1 630 m) qui précède la descente sur la vallée de Göksun.

Dans les nuages ....

Est-ce la neige ou le brouillard qui les énerve ainsi ? toujours est il que les meutes de chiens sont de retour. Avec l’habitude, je n’ai plus vraiment peur en les voyant arriver. Je descends calmement de mon vélo, je ramasse quelques projectiles divers et je leur parle … en Turque et en Kurde donc, puisque je ne sais jamais quelle langue ils comprennent le mieux. Il parait que ça doit les apaiser et les aider à prendre conscience que le cycliste qu’ils avaient pris pour du gibier en fuite n’est autre qu’un humain !! A l’usage, cette technique a du bon, elle se révèle plutôt efficace, même s'il faut être patient, et surtout elle permet de ne pas s’épuiser en montées d’adrénaline inutiles.

Du côté des enfants lanceurs de pierres, j’ai aussi trouvé une parade assez efficace. La première étape consiste à identifier les lanceurs (nombreux mais heureusement minoritaires) des non-lanceurs de pierres, et c’est facile car j’ai remarqué que ceux qui ont décidé de me lancer des pierres les ramassent avant mon passage … tout en me souriant et en me disant bonjour, les petits chenapans ! L’astuce consiste donc à ne jamais présenter le dos, et à se retourner sitôt passé en les regardant droit dans les yeux jusqu’à se retrouver hors de portée. Infaillible … mais aussi tellement décevant de devoir en arriver là.


Samedi 7 Mars :
le brouillard s’est levé, mais le sommet des montagnes est toujours dans les nuages … le soleil et le ciel bleu commencent à me manquer !

Et dans les sapins !

En fin de journée, dans la longue descente qui me conduit à Pinarbasi, mon vélo commence à émettre d’inquiétants claquements qui semblent provenir de la roue avant. Je ne connaissais pas encore ce bruit-ci, mais parfois les bruits vont et viennent sans que j'aie le temps de savoir pourquoi. Un examen plus approfondi m’indique toutefois que le roulement du moyeu est bien fatigué. Lorsque je fais tourner la roue à la main, le « grrr-grrr » qui s’en dégage évoque irrésistiblement le bruit du moulin à café … et ce n’est pas bon signe. A surveiller de près donc, et surtout à confirmer dès demain en fonction de l’évolution du bruit, afin d’estimer au mieux l’espérance de vie de l’organe défaillant et le meilleur endroit pour le faire réparer. En tout état de cause, Pinarbasi n’est pas cet endroit … c'est bien trop petit. Tellement petit d'ailleurs que je m'estime heureux d'y trouver un hôtel, même sans chauffage ni eau chaude. Ce soir je prends donc une énième douche froide, je suis rompu à l’exercice … et comme me le suggère le gérant de l’hôtel, c’est bon pour la peau et en plus c’est revitalisant ! Ce à quoi je lui réponds que « merci très bien, mais je suis parfaitement vitalisé et une douche chaude aurait quand même été appréciée ». Tant pis, demain peut-être …


Dimanche 8 Mars : miraculeusement, car c’est un miracle, ma roue avant ne fait plus le moindre bruit aujourd’hui … et je me permets même un nouveau record de vitesse dans l’une des nombreuses descentes qui me conduisent à Kayseri : 80 km/h tout rond, ce qui suggère que si le roulement fatigue, il a encore de bons restes.

Kayseri est une grande ville moderne dont on approche après avoir parcouru plusieurs kilomètres d’avenues bordées d’immeubles de 10 à 20 étages, avec une mosquée et un petit parc tous les 500 mètres environs. Un tramway est actuellement en construction et devrait bientôt relier le centre à la périphérie. Le centre-ville est un étrange mélange d’ancien et de neuf, avec des remparts du VI ème siècle et des mosquées presque millénaires perdus au milieu d’une forêt de bâtiments récents tout de vitres recouverts. L’ensemble est cependant plutôt réussi et donne une âme à la ville, où qui plus est les piétons sont choyés avec de larges trottoirs et de nombreux espaces verts.

Kayseri Mahperi Hunat Hatun

Ci-dessous à gauche, la statue d'Atatürk ... et à droite, un « kebabeur » de la place principale, où le travail d'équipe aidant, la capacité de production peut atteindre les 10 sandwichs à la minute ...

ATATURK Kebabeur


Lundi 9 Mars : en partant ce matin de Kayseri, j’aperçois au loin le Mont Erciyes (3 916 m) entre les nuages blancs, gris et noirs d’un ciel particulièrement tourmenté. Le vent renouvèle sans cesse l’équilibre des couleurs et amène en alternance pluie, grêle et soleil …

Le vent : DUR

DUR ? non, mais je suis tout de même content d’arriver à Göreme en milieu d’après-midi. Après 8 jours de vélo non-stop et 800 km parcourus depuis Diyarbakır, un peu de repos va me faire du bien ...


Mardi 10 Mars - Vendredi 13 Mars : je me suis installé à Göreme, charmant petit village situé au coeur de la Cappadoce ... et la Cappadoce, cela ressemble à ça !!

La Cappadoce .. le village des Schtroumfs ...

Etonnant n’est-ce-pas ? Les paysages de Cappadoce sont composés des cendres et des boues rejetées par les volcans avoisinants. Sous l'effet des variations thermiques, le sol s’est désagrégé au cours du temps, permettant à l'eau de s'infiltrer et d'en éroder la croûte, et créant ainsi canyons, mesas, cônes, pitons et cheminées de fées (ou demoiselles coiffées). C’est dans ces dernières que les communautés monastiques byzantines ont aménagé entre le VIII ème et le XIII ème siècle une multitude de couvents, de monastères et d'églises rupestres décorées de fresques (ci-dessous à gauche, l’extérieur d’un monastère … et à droite, l’intérieur d’une église).

Eglise de Cappadoce Jesus nageur ... admires les pectoraux !!

Ci-dessous, dans la vallée Zemi située au sud-est de Göreme.

Bizarre Cappadoce

Les rondeurs, les couleurs, les strates et les cheminées ... le décor est irréel.

Cappadoce

L'érosion ayant continué son œuvre après l’édification des habitations troglodytiques, celles-ci sont aujourd’hui assez souvent éventrées en plusieurs endroits et sont donc facilement repérables de loin (ci-dessus à droite) .... je vous propose donc une visite guidée des lieux.

Au rez-de-chaussée (ci-dessous à gauche), se trouve la cuisine, une chambre (?) à gauche, les placards (?) à droite et la porte au centre (la grande roue en tuf qui est ici en position ouverte). Plus à gauche il y a un escalier de type cheminée, il faut escalader pour monter, et mettre ses pieds dans les encoches prévues à cet effet. Au bout de ce tunnel vertical long de 5 mètres environ, c'est le second étage. Il y a le pigeonnier, une autre pièce dont la façade extérieure s’est écroulée et un second escalier du même type que le précédent, à la différence près que celui-ci, plus proche du sommet et donc davantage sujet à l’érosion, ne dispose que d’encoches très symboliques. La visite s’arrête donc ici, non sans admirer la vue imprenable dont on dispose sur la maison du voisin (ci-dessous à droite).

Maison Vue sur la maison du voisin


Le village de Göreme est idéalement situé à proximité des plus belles vallées de la région, c’est donc à pied et sans mon vélo que je les découvre les unes après les autres.
La marche à pied a ceci de bon qu’elle éveille rarement l’instinct anti-cycliste qui habite les chiens en général et les chiens Turques en particulier. Toutefois, toutefois, on n’est jamais complètement à l’abri d’un flair surdéveloppé qui saurait reconnaître l’odeur du cuissard ou le doux parfum de la graisse pour chaine de vélo. La preuve par l’image, avec ces deux molosses qui se sont violemment jetés sur moi au détour d’un chemin … des images insoutenables, âmes sensibles ne cliquez pas sur la pancarte "attention aux chiens". Chients mechants
Je vous avais prévenu ...


Ci-dessous, la « vallée de l'amour » qui relie Uçhisar à Cavuşin ... et au premier abord on ne comprend pas trop pourquoi elle fut ainsi baptisée ...

Love valley

... mais en continuant un peu plus loin, cela devient tout de même assez évident !! 

Love valley


Samedi 14 Mars : je reprends la route aujourd’hui, et c’est avec un enthousiasme très relatif que je découvre qu’il neige ce matin ! Incroyable, hier et avant-hier les températures étaient franchement estivales avec environ 25 degrés en milieu d’après-midi … et patatras, il a « suffit » d’une chute de 20 ou 30 degrés en 24h00 pour que la neige réapparaisse, et s'accumule doucement sur la route.


C'est, pour le commun des mortels que nous sommes, la manifestation la plus perceptible du réchauffement climatique : une augmentation de la fréquence et de l’amplitude de phénomènes extrêmes tels que des sécheresses, des inondations, des tornades mais aussi des variations soudaines de températures qui peuvent s’avérer fatales pour la végétation et ainsi mettre en péril la survie des espèces animales
qui en dépendent (et dont l’Homme fait partie).

Devant la rigueur de l’hiver qui a frappé la France cette année, j’ai été abasourdi de découvrir qu’un sondage intitulé « Croyez vous encore au réchauffement climatique ? » a été commandé et réalisé auprès de la population Française. Faut-il que certains soient si ignorants ou mal intentionnés pour poser ainsi la question et introduire le doute sur un sujet d’une telle complexité. Doit-on rappeler qu’un hiver froid ou un été chaud sur un territoire qui représente 0.1% de la surface de la planète ne peut en aucun cas indiquer une tendance de fond qui s’applique également aux 99.9% restants ? Doit-on aussi rappeler qu’un scenario envisagé à terme sur les conséquences du réchauffement climatique pour la France comprend un arrêt du Gulf Stream (le courant marin chaud venant des Amériques) et donc un refroidissement d’ampleur pour un climat qui deviendrait semblable à celui du Canada ? Le problème est compliqué … c’est un travail de scientifiques, et ce n’est pas un sujet de sondage. A t’on demandé aux Hommes s'ils croyaient toujours aux lois de la gravité quand les premiers avions se mirent à voler !?


Retour sur la neige de Cappadoce : « y va, y va pas ? », j’hésite. Comme cette étape de reprise ne fait que 70 petits kilomètres, je diffère mon départ de quelques heures et je scrute le ciel. 11h30, l’éclaircie est là, la neige ne tombe plus et une vague clarté illumine le ciel … je pars.

NEIGE !!

La neige ne tarde cependant pas à retomber, le vent se lève, et la combinaison des deux est toujours aussi déplaisante … les 70 km se transforment au passage en 95 km … sont en cause quelques belles montées tortueuses qui n’étaient pas indiquées sur mes cartes. Il fait -4 degrés à 14h00, mon dérailleur est gelé, mes vitesses ne passent plus et je balade une quantité de glace assez impressionnante. Des stalactites se sont formées sous le pédalier et touchent presque le sol … mon vélo se transforme progressivement en une sculpture de glace.

C’est donc une journée de reprise assez brutale, avec pour compléter le tableau une crevaison (ci-dessous à droite), seulement la deuxième de mon voyage, et une fin d’étape de nuit sur une route verglacée, ce qui me conduira à réaliser quelques jolies figures de style que n'auraient pas renié certains patineurs émérites.

Fleur Crevaison

A 23h00 quand je me couche enfin, la bouteille d'eau de mon vélo n'est toujours pas complètement dégelée ... quelle journée !!


Dimanche 15 Mars : rebelote ce matin, j’hésite à partir. Il ne neige pas encore mais le ciel est suspect. Allez, j’y vais quand même … je mets mon bonnet, je chausse mes gants, j’attache mes sacoches … et quand j’attrape mon guidon, c’est à cet exact moment que le premier flocon de la journée se dépose délicatement sur ma selle. Je le regarde incrédule, ce n’est pas bon signe. Les flocons suivants seront moins délicats, plus gros et fort nombreux, et je suis reparti pour 160 km aujourd’hui …

Le vent et la neige … présentent malgré tout un avantage, celui de m’indiquer le chemin à suivre. Je me suis fait une raison, le vent est forcément de face, et partant de ce constat, résultat d’une longue observation réalisée au fil des mois, je sais donc dans quelle direction me diriger sans même consulter ma boussole. C’est infaillible.

NEIGE ENCORE !!

Mon dérailleur ne tarde pas à regeler, c’est vraiment un problème, et il vaut mieux choisir avec soin LA vitesse du jour, sous peine d’incessants arrêts pour changer les vitesses à la main.

Ce soir j’arrive encore de nuit, mais avec 70 km de plus qu’hier au compteur, et un ciel clair qui laisse enfin espérer la fin des hostilités météorologiques …



Lundi 16 Mars :
c’est sous un magnifique soleil que je quitte Konya ce matin, enfin, et c’est un vrai plaisir. La ville (presque 1 million d’habitants) n’est pas sans rappeler Kayseri où je me trouvais il y a environ une semaine, à l’exception près qu’ici le tramway est déjà en service. Kayseri et Konya sont surnommées les deux « Tigres d’Anatolie » en référence à leur rapide développement économique.

La Turquie organisera d’ici deux semaines ses élections municipales (le 29 Mars pour être précis), et depuis quelques semaines déjà le pays a été pris d’assaut par des colleurs d’affiches, des étendeurs de banderoles (ci-dessous celles du MHP, le parti d’extrême droite Turc) et une importante flotte de véhicules (souvent des bus) qui sillonnent les rues et les routes en diffusant de la musique et des discours politiques. Difficile d’échapper à l’événement …

Konya Elections

Avec le soleil au rendez-vous, la journée se présente excellemment bien … les paysages sont magnifiques, le printemps arrive enfin pour de bon !

Lac

Les nuages sont blanc-blanc, il ne neigera pas aujourd’hui !!!

Lac

Arrivee sur Beysehir


Mardi 17 Mars :
je vais faire le tour des deux grand lacs de la région aujourd’hui, en longeant le premier (Beysehir Gölü) du sud au nord et le second (Eğirdir Gölü) du nord au sud. Je fais des zigzagues et beaucoup de kilomètres pour au final peu progresser vers l’ouest, mais les paysages valent bien ces petits détours. La route est bordée de nombreux champs de pommiers, certains arbres sont en fleur, le soleil brille … tout va bien …

Mauvaise route ... Fleur de printemps

La qualité de la route n’est par contre pas terrible, c’est d’ailleurs une constante en Turquie, elles sont (dé) composées de gros graviers qui volent au passage des voitures. Un panneau comme celui indiqué ci-dessus à gauche trouverait sa place tous les 500 m sur les 1 800 km que je viens de parcourir en Turquie ...

Tout occupé à admirer le paysage et à profiter de cette très belle journée, je n’ai pas remarqué deux gros chiens-loups allongés un peu plus loin sur la route. Eux m’ont cependant remarqué. Il est trop tard pour descendre du vélo et engager le dialogue, la confrontation est inévitable. Tout en avançant vers eux je dégage mon pied gauche de la pédale, flexion, extension, je décoche un coup de pied magistral en pleine face sur celui qui était arrivé en premier. Le coup a porté, puissant, il s’est accompagné d’un bruit de noix brisée en entrant en contact avec les dents du canidé. Cela a mis immédiatement un terme aux velléités de croqueurs de mollets des deux quadrupèdes. Fin de la discussion, fin de la rencontre. Pendant que le premier recompte ses canines, le second fait maintenant mine de ne pas me voir : Frédéric 1 – Chiens 0. Le match continue …

Ci dessous le Lac Eğirdir.

Lac Egirdir ...


Mercredi 18 - Vendredi 20 Mars : je me suis installé pour quelques jours dans la petite ville d’Eğirdir, juste au bord du lac du même nom ... et j'attends une nouvelle roue avant qui doit arriver sous peu d’Istanbul.

En effet, l’expert «Bisiklet» d'Eğirdir
, j'ai nommé le remarquable M Kadir, a démonté mon roulement cliqueur et a rendu le verdict redouté : usé et prochainement hors d'usage
(ci-contre, la cuvette d'un des deux roulements présente une rigole et quelques fissures tout au long de la circonférence repérée par le point rouge).

Un roulement se change normalement assez facilement, à la condition toutefois qu’il soit d’une dimension standard, ce qui n’est hélas pas le cas puisque j’avais opté pour un moyeu intégrant une dynamo : une drôle d’idée je le reconnais, et un choix assurément malheureux. Bref, pour un organe défectueux à peine plus grand qu’une pièce de une Lire, je dois changer tout le moyeu ainsi que les 36 rayons (trop courts pour un moyeu standard) … et au final j'ai aussi décidé de changer la jante, car cela devenait ridicule de refaire une roue neuve en gardant une jante de plus de 10 000 km.
Roulement

Ci-dessous, le marché du Jeudi sur la place principale d’Eğirdir ...

Marche d'Egirdir Marche d'Egirdir

... et les maisons traditionnelles de la presqu'île à la pointe est de la ville.

Egirdir Egirdir

Egirdir Golu


Samedi 21 Mars : ma roue est bien arrivée hier et je l’étrenne aujourd’hui en me rendant à Dinar. Il fait beau, il fait presque chaud, le vent est discret, la nouvelle roue roule et tout va pour le mieux ... c'est une de ces rares journées où rien ne semble pouvoir perturber la progression du voyageur à vélo. Je savoure ... 

Vers Dinar


Dimanche 22 Mars : changement de temps ce matin, les nuages et la pluie sont arrivés. C’est une petite pluie fine, humide certes, mais pas vraiment suffisante pour me dissuader de monter en selle, d’autant plus que les gros cumulus qui pointent à l’horizon annoncent des ciels particulièrement photogéniaux pour la suite de la journée ... et ce serait assurément sacrilège que de ne pas assister au spectacle. La preuve par l’image (ci-dessous en fin de matinée).

Oh ... oh ...

Ce matin, en plus des nuages, je fais également la rencontre de Manuel. Il est Espagnol, il voyage à vélo et il se rend à Katmandu au Népal (où je me trouvais au mois d’octobre dernier). Nous prenons le thé ensemble dans un petit troquet qui se trouve non loin de là, nous nous installons près du poêle, nous discutons, nous échangeons … et une paire d’heures se passe sans que ni l’un ni l’autre ne réalisions qu’il est largement temps de se remettre en route sous peine d’arriver ce soir de nuit. Manuel est le premier voyageur à vélo –sur son vélo- que je rencontre depuis l’Inde !! J’ai rencontré d’autres voyageurs à vélo entre temps, mais toujours dans les auberges, jamais sur la route … et c’est différent.

Au moment de repartir, Manuel a devant lui de gros nuages noirs et un vent de dos … moi j’ai un petit coin de ciel bleu mais un vent complètement défavorable, totalement de face. Lui se dirige vers l'Asie, moi vers l'Europe.

La route que j'emprunte a beau descendre, la barrière virtuelle des 12 km/h reste infranchissable. Le vent est impitoyable, il ne se fatigue jamais, il souffle toujours plus fort ; c’est LA punition du cycliste par excellence. Le vent devient un adversaire, pire, un v
éritable ennemi … et pendant ce combat de tous les instants, le cyclo-voyageur côtoie des abîmes de solitude, submergé qu'il est par l’incompréhension d’une telle hostilité des éléments à son égard … ... ... et la question revient en boucle : pourquoi ?


Lundi 23 Mars : c’est un dilemme ce matin au moment de m’élancer, où vais-je et quelle direction prends-je !? J’hésite à vrai dire entre deux sites d’exception : d’un côté les ruines de l’ancienne cité Hiérapolis, 20 km plus au nord au fond d’une vallée … et de l’autre les ruines de l'ancienne cité Aphrodisias, 80 km au sud-ouest, et située au milieu d’un massif montagneux. Détail important qui guidera mon choix, le premier site, de par sa facilité d’accès, accueille des wagons (en l’occurrence ici des bus) de touristes en voyage organisé … alors que le second ne voit quasiment personne. Vu sous cet angle et malgré la distance et les montagnes, le choix est vite fait … direction Aphrodisias … dans le brouillard d’abord, sous la pluie ensuite et enfin sous la neige !!

La derniere neige !?

En partant de Denizli, le fait d’avoir été doublé par un chasse-neige aurait pu me mettre la puce à l’oreille … mais à quoi bon, ce n’est finalement pas si terrible, et puis deux vallées plus loin le ciel s'éclaircit et les premiers champs d’oliviers font leur apparition. Le changement de décor aurait-il pu être plus radical ?

Arrivee a Geyre


Mardi 24 Mars : la cité d'Aphrodisias doit son nom à la présence de l'un des plus importants sanctuaires dédiés à Aphrodite, la déesse Grecque de la nature, de la beauté, de l'amour et de l'abondance. Le nom d'Aphrodisias apparaîtra au IIIème siècle avant Jésus-Christ, au cours de la période Hellénistique.

Ci
-dessous, le portique -tetrapylon- conduisant au temple d'Aphrodite.

Temple d'Aphrodite

La proclamation par l'empire Byzantin du Christianisme comme religion d'état au IVème siècle marquera la fin difficile du culte d'Aphrodite. Le temple sera converti en église (ci-dessous ce qu'il en reste), Aphrodisias sera rebaptisée Stavrapolis (cité de la croix) et elle deviendra un évêché. Les plus belles sculptures représentant Aphrodite seront littéralement défigurées par de zélés dévots et plusieurs monuments de la cité seront recyclés en matériaux de construction pour édifier des remparts ... une bien triste fin pour un sanctuaire célébrant la nature, la beauté, l’amour et l’abondance, et un flagrant délit d’intolérance doublé d’un manque évident de sensibilité artistique !

Temple d'Aphrodite

D’autres bâtiments d’époque sont éparpillés autour du site et les fouilles continuent. Le stade notamment est remarquable, long de 270 mètres, il est en très bon état et pourrait encore aujourd’hui accueillir les 30 000 spectateurs pour lesquels il a é conçu. Le théâtre est dans un état similaire de conservation mais se contente de 10 000 places assises (ci-dessous) et l’on trouve également des bains publics, un bouleutérion (salle du conseil de la ville) et plusieurs fondations de maisons particulières …

Fleur !! Theatre d'Aphrodisias

Cette incursion au cœur de la Grèce Antique en terre Turque rappelle à quel point la Grèce influença largement hors de ses frontières tout au long des deux derniers millénaires …


L’après-midi me voit ensuite dévaler avec une certaine allégresse les dernières montagnes qui me séparent de la côte, le climat est devenu franchement printanier, les champs d’oliviers sont tapissés de pâquerettes, les oiseaux s’égosillent en gazouillis et la nature dans son ensemble semble soudainement s’éveiller à la vie … Aphrodite es-tu là ?


Oliviers ...


Mercredi 25 Mars : la météo annonçait de la pluie pour ce matin, j’avais donc prévu de prendre un jour de repos à Nazilli … mais les premiers rayons de soleil de la journée m’amènent à imaginer que les spécialistes du temps se sont fourvoyés, et sans attendre que les nuages n'arrivent, je grimpe sur mon vélo en direction de Selçuk et de la mer Egée.

A ce moment là je n’ai encore aucune idée que ma journée va se terminer à 21h00 …

A la sortie de Nazilli j’oblique plein ouest sur la voie rapide qui rejoint la côte. Le revêtement est de qualité, parfaitement lisse, et c’est suffisamment rare pour être souligné. Sur une telle route je devrais avoir l’impression d’évoluer sur un tapis volant … et pourtant je sens comme une irrégularité qui revient à intervalles réguliers. La route ? Assurément non. Le vélo ? Hélas certainement oui. Un rayon brisé ? Non. Une roue voilée ? Non. Une pierre coincée sur un pneu ? Non … j’avance doucement, je m’arrête, je repars, j’étudie, j’essaye de comprendre, je teste, je regonfle, je dégonfle, je désengage les freins, je replace les roues … mais rien à faire, il y a comme un « klong-klong » qui est là et qui ne devrait pas y être. Après une douzaine de kilomètres de tâtonnements, je profite d’une averse (car oui la météo avait raison) pour retourner mon vélo et regarder le pneu arrière de plus près. En faisant tourner la roue, je remarque vite une belle hernie en plein milieu de la bande de roulement : le pneu est foutu, il aurait même pu exploser. Au moins je n’aurais pas emmené un pneu de rechange pour rien ! Je démonte, je me rends compte au passage que le pneu ne présente pas une mais trois hernies, je remonte le pneu neuf et je repars dès que la pluie cesse.

Il est 11h30 et je n’ai parcouru que 12 km … je ne suis pas en avance, mais malgré tout je poursuis sur mon idée première qui est de m’écarter de la voie rapide dès que possible en continuant sur les petites routes du réseau secondaire. Evidemment cela va faire quelques kilomètres supplémentaires, mais après tout je ne suis pas pressé. J’estime à vue de nez le détour à 20 km, portant ainsi la longueur de l'étape du jour à 100 km, ce qui reste raisonnable.

Je ne regrette pas mon choix : la route est belle et tranquille, les petits villages sont charmants, les champs d’oliviers alternent avec les champs d’orangers, les prairies sont en fleur, les oiseaux sont nombreux … et il y a même quelques cigognes qui se sont installées en bord de route sur le sommet des poteaux électriques ! Oui mais, les kilomètres sont nettement plus nombreux que prévus ... plus j’avance et plus je révise à la hausse la distance totale à parcourir : 110, 120, 130 … 140 … 150 … peut-être plus. J’ai été un peu optimiste quand je me suis lancé dans cet itinéraire bis et je vais finir de nuit. Tant pis.

A 18h30 j’ai parcouru 120 km … la mer est maintenant devant moi. Je l'admire quelques longues minutes, mais elle est déjà sombre et la nuit ne tarde pas à tomber. Selçuk est annoncé dans 35 km, soit encore deux bonnes heures ... 

La MER !!

Pédaler de nuit est loin d'être déplaisant lorsque la route est calme, bien au contraire, et ce d’autant plus quand le ciel est clair et que les étoiles sont de sortie, ce qui est justement le cas ce soir ...

Direction Selcuk Dans le noir


Jeudi 26 - Samedi 28 Mars : je me suis installé pour quelques jours à Selçuk, à seulement 10 km de la côte et tout près des fabuleuses ruines d’Ephèse.

Ephèse est l'une des plus anciennes et des plus importantes cités Grecques d'Asie Mineure. Bien que ses vestiges soient situés près de 7 km à l'intérieur des terres, Éphèse était dans l'Antiquité et encore à l'époque Byzantine l'un des ports les plus actifs de la mer Égée. La cité doit une grande part de sa renommée au sanctuaire dédié à la déesse Artémis, la déesse de la chasse et de la lune, un sanctuaire qui fit partie des Sept Merveilles de l'ancien monde … mais dont il ne subsite aujourd'hui que les fondations.

L'intérêt d'Ephèse réside dans les autres bâtiments de la cité, ceux qui ont survécu aux ravages du temps, comme le théâtre, la bibliothèque (ci-dessous), le port, des maisons en terrasse ... ou encore quelques portiques sculptés.

Ephese Ephese

Ci-dessus à droite sur la façade de la bibliothèque, la déesse Arete incarnant l’Excellence … en compagnie, sur sa gauche, des déesses Ennoia (Pensée), Epistème (Savoir) et Sophia (Sagesse).

Ephèse est une magnifique cité, d’un niveau objectivement équivalent aux ruines d’Aphrodisias que j’ai visitées il y a quelques jours … mais le nombre invraisemblable de touristes en provenance de toute l’Europe, des Etats-Unis et d’Asie, enlève malheureusement toute solennité au site, transformant les lieux en une sorte de parc d’attractions multiethnique où des groupes défilent les uns après les autres en rangs d’oignons. C’est un inconvénient du tourisme de masse, et en tant que voyageur indépendant, cela peut vite tourner au cauchemar … heureusement qu’à l’image d’un berger avec ses moutons, le guide touristique garde généralement ses touristes en troupeau, et ne s’aventure que rarement hors des sentiers battus !

Ci-dessous, enfin loin de la foule après avoir escaladé quelques rochers, voici l’ancien port d’Ephèse …

Le port d'Ephese
Ephese en fleur


De retour à Selçuk, je me rends sur la colline Ayasuluk où se trouvent les ruines de la Basilique St Jean. Celle-ci fut édifiée au IVème et VIème siècle sur la tombe supposée de l’apôtre Jean, l’un des douze apôtres de Jésus. Il semble en effet assez certain que Jean se soit réfugié à Ephèse suite aux persécutions des Romains, et plusieurs historiens suggèrent même qu’il serait venu avec Marie la mère de Jésus.

Basilique St Jean Basilique St Jean


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Spécial ELECTIONS MUNICIPALES du 29 MARS : il est difficile d'ignorer que la Turquie organise des élections ce dimanche, cela fait un mois que les villes sont recouvertes de banderoles à l'effigie des différents candidats en lice … et aux couleurs de leurs partis respectifs.

Banderoles diverses ...

De nombreux véhicules, fourgonnettes et autres bus ont même été aménagés pour l’occasion, avec moult drapeaux, autocollants et affichettes … sans oublier les haut-parleurs fixés sur le toit, et qui diffusent en boucle des tonnes de décibels de musique folklorique entrecoupés de discours politiques ... proprement assourdissants.

Peugeot J9 ... Les cigognes ont elles un avis !?

Ci-dessus à droite, tout ce tapage ne semble pas émouvoir outre mesure des cigognes en pleine période de nidification.

Ci-dessous, des particuliers ayant décoré leur voiture aux couleurs du parti qu'ils soutiennent.

R9 Broadway en campagne R12 TSW ... si, si ...

Les principaux partis en lice sont les suivants (avec entre parenthèses leur résultat aux législatives de 2007):

  • L’AK Party, Parti de la justice et du développement, parti conservateur Islamiste fondé par Recep Tayyip Erdoğan, le premier ministre depuis Mars 2003 (341 députés et 46,47 %)
  • Le CHP, Parti républicain du peuple, parti social-démocrate, nationaliste et laïque fondé par Atatürk ; il fut le parti unique jusqu’en 1946 (112 députés et 20,88 %)
  • Le MHP, Parti d’action nationaliste, parti d’extrême-droite nationaliste (71 députés et 14,27 %)
  • Le DTP, Parti de la société démocratique, parti nationaliste et autonomiste Kurde (21 députés et 4.55 %)
  • Le DSP, Parti démocratique de la gauche, parti social-démocrate et laïque (13 députés)
  • Le BBP, Parti de la grande unité, parti d’extrême-droite, nationaliste et islamiste (1 député) 
  • L’ÖDP, Parti de la liberté et de la solidarité, parti socialiste (1 député) 
  • Le DYP, Parti de la juste voie, parti conservateur (5,42 % et aucun député)
  • Le GP, Parti jeune, parti populiste et nationaliste (3,04 % et aucun député)
  • Le SP, Parti de la félicité, parti islamiste (2,34 % et aucun député)
Rendez-vous demain lundi pour les résultats dans les principales villes du pays donc …
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Dimanche 29 Mars : en ce jour d'élection, je suis en route pour Izmir ... et une fois de plus, j’ai choisi d’emprunter le chemin des écoliers …

La MER !!

La côte alterne de petites baies sauvages, magnifiques, et de nombreux villages de vacances d’une désolante constance dans la laideur : tassés, bétonnés et grillagés, ces derniers constituent de véritables verrues au milieu d’un paysage qui ne méritait certainement pas ça. Le cadrage des photos devient particulièrement acrobatique ...

En ayant vu assez comme ça, je bifurque vers l’intérieur des terres à la première intersection.

L'ete arrive ... Fleurs

La matinée avançant, le thermomètre monte en flèche et je me retrouve à enlever mes couches de vêtements les unes après les autres. Je suis parti en short, polaire, veste, chaussettes et chaussures … et à midi je suis maintenant en short, T-shirt et sandales. Puisqu’en Avril il ne faut pas se découvrir d’un fil, j’ai anticipé le mouvement en passant en mode été dès la fin du mois de Mars ...
et dire qu’il neigeait encore la semaine dernière !

A l’approche d’Izmir, la route s’élargit graduellement, passant de 2 à 4 et à 6 voies, mais la circulation est faible et je suis rarement arrivé dans une ville de 3 millions d’habitants aussi aisément. L’orientation non plus n’a pas posé de problème, avec des panneaux indiquant les principaux quartiers, et la mer délimitant tout le flanc ouest de la ville. C'est ainsi que je suis arrivé devant la tour de l’horloge (ci-dessous) avec un peu d'avance sur l’heure que j’avais convenu avec Mehmet, un cyclo-voyageur Turc qui s’est proposé de m’héberger pendant mon séjour à Izmir.

Tour de l'horloge Tour de l'horloge

Enfants ...

Mehmet et son ami Meti ne tardent cependant pas à arriver, et nous nous mettons rapidement (avant qu’il ne fasse nuit) en route pour le quartier de Bornova. C’est là que Meti -et sa femme Gül- habitent, et c’est chez eux que Mehmet habite également occasionnellement. Mehmet et Meti sont ingénieurs, Gül est anesthésiste, tous trois pratiquent assidument le vélo et ont un goût prononcé pour les activités de plein air. Nous passerons une formidable soirée ensemble …


Izmir s’appelait autrefois Smyrna, la ville la plus cosmopolite et la plus occidentalisée de tout l’empire Ottoman, où Chrétiens et Musulmans étaient également représentés, et où des milliers de diplomates étrangers côtoyaient matelots et marchands de même origine. Avec l’effondrement de l’empire Ottoman à la fin de la première guerre mondiale, les Grecs envahirent Smyrna et poussèrent leur offensive jusqu’à la périphérie d’Ankara … où le vent subitement tourna en leur défaveur lorsque les défaites s’enchaînèrent face à un certain Mustafa Kemal Atatürk. Les Grecs furent alors repoussés d’où ils venaient et Atatürk reprît Smyrna le 22 Septembre 1922 ! Cette date est aujourd’hui synonyme de victoire pour la Turquie dans son combat pour l’indépendance.



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Spécial ELECTIONS MUNICIPALES du 29 MARS : les résultats et les faits marquants.

L'AK Party du premier ministre Erdoğan a fait une razzia comme à son habitude (39% des votes), mais dans de moindres proportions que lors des législatives de 2007 (46%). Istanbul et Ankara, les deux plus grandes villes du pays, restent toutefois dans le giron du parti au pouvoir. Le parti Kémaliste du CHP suit en seconde place (23% des votes) avec notamment la mairie d’Izmir, et viennent ensuite le MHP (14% des votes) et le parti Kurde du DTP (5% des votes), avec pour ce dernier la mairie de Diyarbakır.

La popularité de l’AK Party, même si elle s’effrite, ne cesse d’inquiéter les défenseurs de la laïcité en Turquie. Certains y voient un véritable risque que le pays bascule un jour ou l’autre vers une République Islamiste. Jusqu’ici la justice et l'armée veillaient à éviter toute dérive, les partis religieux ont été systématiquement fermés et leurs dirigeants rendus inéligibles en vertu de la constitution … mais les réaménagements récemment effectués sur ces deux fronts laissent à penser que les garde-fous ne seront plus aussi efficace à l’avenir. La justice a en effet reconnu l’AK Party coupable « d’activités non-laïques » en 2008, suite notamment à un décret portant sur la levée de l’interdiction du port du voile dans les universités, mais elle s’est bien gardée de prononcer la dissolution du parti. Quant aux militaires, les exigences de l’Union Européenne en matière de gouvernance les ont significativement éloignés du pouvoir …

A plusieurs reprises j’ai entendu murmurer qu’Erdoğan utilisait le prétexte de l’Europe pour affaiblir ses opposants laïcs et islamiser le pays, sans réelle intention toutefois d’intégrer un jour l’Union Européenne … mais en se dirigeant plus sûrement vers la création d’un pôle régional avec ses voisins immédiats que sont la Syrie, l’Irak et l’Iran.
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Lundi 30 Mars : merkez postane … signifie poste centrale en Turc, et c’est là-bas que je dois me rendre pour récupérer un colis que m’ont envoyé mes parents. Mehmet m’accompagne pour l’occasion, et son aide se révélera extrêmement précieuse. La  merkez  postane  d’Izmir est située à cinq bons kilomètres au nord de la ville, nous y allons 
donc en vélo. Une fois sur place, le préposé de la PTT (c’est comme ça que l’on appelle la poste en Turquie) nous  demande s’il s’agit d’un colis ou d’un paquet … !?? … et aussi sous quel numéro il a été référencé ? Ne sachant que répondre, notre homme se lance dans un long monologue qui laisse Mehmet dubitatif, moi interrogatif. Finalement on nous indique un grand cahier, sorte de registre où tous les paquets (mais pas les colis !!) sont enregistrés lors de leur réception. Nous n’y trouvons rien, c’est donc que mon « colis » a été envoyé dans le bâtiment d’à côté. Nous nous y rendons et un préposé bis de la PTT se lance à son tour dans un long monologue qui laisse Mehmet dubitatif une fois de plus. Mon « colis » aurait vraisemblablement été envoyé dans une autre  merkez  postane  de  la  ville,  car  il  y  a  plusieurs  merkez postanes à Izmir …  ptt
bon sang … je fais remarquer au passage à Monsieur PTT que si il y a plusieurs postes centrales, c’est qu’elles ne sont pas au centre et qu’au final il y a usurpation de titre. Confus, il acquiesce et s’excuse. Mehmet et moi renfourchons nos bicyclettes en direction de cette autre merkez postane, certainement la bonne … enfin peut-être. Là, un troisième préposé de la PTT nous reçoit et se lance à son tour dans un long monologue … cela devient une habitude. Il ne quitte pas sa chaise, il semble bien installé, confortable, et peu pressé par le temps. Toutes ces paroles ne peuvent être qu’une nouvelle adresse de merkez postane quelque part ailleurs mais pas ici, je ne comprends rien, apparemment Mehmet non plus … et puis le préposé finit par tirer un tout petit tiroir en face de lui dans lequel se trouve, eh oui, mon paquet !! (ou mon colis, je ne sais plus). Nous n’en revenons pas … il aurait sorti un lapin blanc d’un chapeau que cela nous aurait fait le même effet ! Mon colis-paquet est là, il contient des cartes routières et un guide des Balkans … ouf ...


Ci-dessous, la section nord du Kordon d'Izmir, un endroit étonnant avec un mélange des genres très inattendu : une piste cyclable et une zone piétonne devant un jardin d’enfants (à gauche), devant une autoroute surélevée dont la construction a été abandonnée (à droite juste derrière la R12 blanche), devant des navires de guerre de l’OTAN (dont la Turquie fait partie depuis 1952).

Le KORDON

L'histoire du Kordon est celle d’une victoire éclatante de l'Homme sur l'automobile, lorsqu’un projet d’autoroute le long du front marin fut stoppé par les protestations de la population. Assurément un exemple à méditer pour toutes les métropoles qui se font asphyxier chaque jour un peu plus par la circulation automobile …

L’opération merkez postane ayant été menée à bien, Mehmet me conduit chez son vélociste habituel pour une inspection de mon vélo vert. J’ai en effet de plus en plus de doutes sur la capacité de ma chaîne à rallier l’arrivée.

C'est Ali qui s'y colle. Ali est un mécanicien professionnel qui officie les week-ends de course pour le compte d’un grand équipementier Japonais, il s’y connaît … et à voir sa mine stupéfaite en regardant ma chaîne et les pignons, je sens qu’il n’est pas confiant. Verdict : ce sera un miracle si j’arrive en Grèce avec « ça » !!

Ne souhaitant pas tenter le diable et les pièces détachées étant disponibles, je décide donc de changer toute la transmission (on ne monte pas une chaîne neuve sur des pignons usés). L’opération prend en tout et pour tout à peine une heure, et me voici donc avec un vélo –presque- tout neuf.

Ci-dessous les coordonnées du magasin pour ceux qui souhaiteraient y faire entretenir/réparer leur vélo : SARDA Bike Shop, Bisikletleri ve Bisiklet Komponentleri, Sehit Fethi Bey Cad. No : 23/1, 35210 Izmir, tel : +90.232.489.78.28, www.sardabikeshop.com

Nouvelle transmission


Mardi 31 Mars : je quitte Izmir ce matin presque à regret, tant l'accueil de Mehmet, Meti et Gül fut chaleureux. Mehmet m’escorte sur les premiers kilomètres pour me mettre sur la bonne route, celle qui doit me conduire à Bergama ... et je continue ensuite seul en savourant les bienfaits d'un équipement tout neuf qui ne fait plus le moindre bruit. Je vole littéralement au-dessus de la route, c'est une sensation que j'avais fini par oublier …

J’arrive à Bergama en milieu d’après-midi, et le récent passage à l’heure d’été aidant, j’ai encore largement assez de temps devant moi pour visiter les ruines de l’Acropolis de Pergamum (ci-dessous).

Pergamum

Pergamum est une ancienne cité Grecque qui se singularise par un théâtre construit à flanc de colline, un monumental autel dédié à Zeus (dont il ne subsiste hélas que la base puisque le reste fut emmené en Allemagne et se trouve aujourd’hui exposé au musée de Berlin) et une bibliothèque qui en son temps fut l’une des plus importantes du monde avec près de 200 000 volumes.


Mercredi 1er Avril : Pergamum se distinguait également par son Asclépiéion, un temple de guérison -ancêtre de l'hôpital- consacré au Dieu Asclépios (ci-dessous).

Asclepion

Aux environs de 300 avant JC, le culte d’Asclépios est devenu de plus en plus populaire et de nombreux pèlerins affluaient au temple dans l’espoir d'être guéris. Ils dormaient la nuit et, le lendemain, racontaient leurs rêves à un prêtre qui leur prescrivait un remède, souvent un passage aux bains ou au gymnase. Les serpents étant considérés comme sacrés par Asclépios, ils furent souvent utilisés dans les rituels de guérison … et ils rampaient sur le sol dans les dortoirs où reposaient les malades et les blessés (ci-dessus à droite des serpents sculptés sur la base d’une colonne). Et ce n'est pas un hasard si l’on retrouve aujourd’hui en France le serpent d’Asclépios sur les enseignes des pharmacies.

L’Asclépiéion était un endroit sacré où tous les Dieux étaient les bienvenus, à l’exception notable du Dieu de la mort. Ironie de l’histoire, le Dieu de la mort aujourd’hui incarné par l’armée et ses militaires a établi une caserne juste à côté du temple: faire et défaire, construire et détruire, guérir et tuer, voilà une bien triste caractéristique de l’espèce humaine qui trouve ici une éclatante illustration !

Aclepion Armee

Vers midi, c’est sous une grosse chaleur (32 degrés) que je me mets tranquillement en route vers le village côtier d’Ayvalik. La route est bonne, la circulation est faible, je prends mon temps et j’effectue comme d’habitude une pause environ tous les 20 km … seulement aujourd’hui la deuxième pause de la journée aurait bien pu être la dernière. Tout se passe très vite : j’entends derrière moi un bruit de glissade, je me retourne pour découvrir une voiture en perdition qui me fonce droit dessus, je cours de côté pour m’écarter de la trajectoire, je me demande au passage si elle va partir en tonneaux et si oui jusqu’où et dans quelle(s) direction(s) les morceaux vont être projetés … quand la réponse à toutes mes interrogations arrive sous la forme d’un bruit sourd et d’un arbre qui s’est adroitement interposé : voilà donc le missile anti-cycliste arrêté par dame Nature, tout un symbole !

Le chauffeur, perdu au milieu de ses airbags, n’a absolument rien … je l’aide à sortir de son véhicule, il chancèle un peu et moi j’ai les mains qui tremblent, l’émotion sans doute.

CRASH !!

Le coup est passé près, mais le voyage continue !!


Jeudi 2 - Samedi 4 Avril : Ayvalik est un véritable petit bijou qui a miraculeusement été épargné par les promoteurs immobiliers et par le tourisme de masse, c’est assez rare pour être signalé, et c’est certainement pour cette raison qu’il fait si bon y séjourner. Heureux Ayvalikois et Ayvalikoises, je vous envie ! Ce fut difficile de partir, mais la route reste malgré tout longue et il y a tant d’autres choses à découvrir que j’ai fini par me faire violence ... après avoir différé mon départ deux jours de suite.

Ayvalik ...

L’architecture d’Ayvalik évoque irrésistiblement la Grèce et ce n’est pas un hasard puisque la ville fut habitée par des Grecs Ottomans jusqu’en 1923, date à laquelle la Turquie et la Grèce organisèrent un vaste échange de population entre leurs deux territoires : les Turcs de Salonique déménageant dans les maisons des Grecs d’Izmir et vice-versa. Ayvalik de son coté est aujourd’hui habitée par des Turcs en provenance des îles Grecques de Lesvos et de Crète.

Les églises orthodoxes du village, aujourd’hui converties en mosquées (ci-dessus à gauche) témoignent à leur manière de cet invraisemblable chassé-croisé. Leur clocher est toujours là, mais sans croix, et un minaret leur tient maintenant compagnie.

Ayvalik Ayvalik

Ci-dessous le port d’Ayvalik avec quelques pécheurs vendant leur prise du matin.

Marche flottant

Ci-dessous, le marché du Jeudi d’Ayvalik …

Marche Marche

Ci-dessous, dans la rue piétonne Dalkira Mehmet Aga Cad., une illustration de ce que le maire AK Party d’Istanbul appelle de la semi-nudité publicitaire … semi-nudité qu’il s’est engagé à interdire dans sa ville !

Ayvalik ...

Et pour ma dernière soirée à Ayvalik ... voici un magnifique coucher de soleil sur la baie faisant face à la ville.

Ayvalik ... FIN


Dimanche 5 Avril : je pars ce matin en direction des ruines de la ville de Troie, et c’est une journée en zigzag qui se profile avec une route qui longe de près les irrégularités de la côte. 50 km nord-est, vent de face, 30 km ouest, vent de dos, puis 70 km nord à travers la montagne, vent de face de nouveau et enfin 5 km plein ouest avec un petit vent de dos. Au final ce fut une bonne journée … et en chemin j’ai eu l’invraisemblable surprise de rencontrer Haktan, un ami de Mehmet, qui en ce dimanche était en route avec sa famille pour un pique-nique au bord de la mer ! J’ai beau me rapprocher de la France, j’avoue que croiser comme ça par hasard quelqu’un qui me connaît fut très inattendu.

Ci-contre, des chevaux ... de Troie !?
Chevaux de Troie !?

Ci-dessous, quelques ruines des remparts de la ville de Troie ...

TROIE

La guerre de Troie est un événement légendaire qui repose très probablement sur un ou plusieurs événements historiques. Il a donné lieu à de nombreuses œuvres artistiques et littéraires, une partie en est racontée dans l'Iliade d'Homère. La guerre est entreprise à la suite de l'enlèvement d'Hélène, épouse du roi de Sparte, par le Troyen Pâris, fils de Priam, roi de Troie. Les rois Grecs se réunissent alors et décident de mener la guerre contre Troie, mais la guerre s’enlise et le siège de Troie s’éternise. Ulysse a alors l'idée du cheval de Troie : des guerriers Grecs se dissimulent dans un grand cheval de bois déguisé en offrande à Athéna. La flotte Grecque feint de se retirer et abandonne le cheval sur la plage. En signe de victoire, les Troyens font entrer le piège dans leurs murs et croyant la guerre terminée, ils festoient plus que de raison. La nuit venue, les guerriers Grecs sortent du cheval et ouvrent les portes de la ville : Troie est pillée, les membres de la famille royale sont tués et la Belle Hélène est enfin libérée.


Lundi 6 Avril : aujourd'hui ... je me rends en Europe !

Ci-dessous à gauche, la traversée du détroit des Dardanelles entre Çanakkale (Turquie orientale) et Eceabat (Turquie occidentale) ... et à droite, mon premier pas sur le sol Européen. Cela méritait bien une petite photo après 15 800 km de voyage !!

La traversee des Dardanelles ! Premier pas en Europe !!


Mardi 7 Avril : ce matin j’ai décidé de me rendre à la pointe sud de la presqu’île de Gallipoli … l’un des deux points de débarquement de la fameuse bataille des Dardanelles.

La bataille des Dardanelles, aussi appelée la bataille de Gallipoli, eut lieu durant la première guerre mondiale et opposa les alliés (l’Angleterre, l’Australie, la Nouvelle-Zélande et la France) à l’empire Ottoman. Le but de cette bataille était de contrôler la mer de Marmara dont le détroit des Dardanelles constituait l’accès sud. Les navires alliés commencèrent par bombarder les positions Ottomanes, mais plusieurs cuirassés furent coulés ou sérieusement endommagés, ce qui obligea à suspendre la tentative de forcer le détroit. Une expédition terrestre fut alors organisée contre Gallipoli : 75 000 soldats alliés débarquèrent, mais l'effet de surprise était raté et les défenses Ottomanes avaient été renforcées. Les forces alliés se retrouvèrent bloquées sur le cap Helles, entre la mer et les collines tenues par les Ottomans. Les défenses Ottomanes étaient habilement manœuvrées et parmi les hommes qui se distinguèrent dans le camp Ottoman se trouvait un jeune colonel, Mustafa Kemal, qui devait plus tard prendre le nom d'Atatürk. L'opération manquée fit environ 45 000 morts du côté des agresseurs alliés, contre environ 90 000 du côté Ottoman. Dardanelles

Ci-dessous le principal mausolée érigé par les Turcs en mémoire de leurs soldats tombés sous le feu des forces Franco-britanniques.

Memorial Turque sur la pointe sud de la peninsule

Il y a également une dizaine de cimetières Britanniques et un cimetière Français qui sont répartis sur l'ensemble de la presqu’île ... mais sans panneau indicateur et situé au bout d’un chemin forestier dont l’entrée indique “accès interdit”, le cimetière Français n’est pas particulièrement facile à trouver (ci-dessous).

Cimetiere Francais
Sous marins  Samla Dialo

A noter qu’un régiment de Sénégalais –mort pour la France- a participé à la bataille aux côtés des Français, et les prénoms du cimetière Français alternent ainsi entre des Ernest, Victor, Hippolyte et des Mamadou, Samla et Taoua. Quand la loi du 23 Février 2005 vantant les bienfaits de la colonisation fut votée à l’assemblée nationale, je me demande si nos députés avaient à l’esprit la chair à canon bon marché que la France a prélevé en Afrique et en Asie tout au long de sa triste épopée coloniale …


Mercredi 8 Avril : je remonte aujourd'hui la presqu’île de Gallipoli, avec sur ma gauche la tranquille mer Egée (ci-dessous), et sur ma droite la mer de Marmara, beaucoup moins tranquille, où se succèdent de nombreux navires qui vont et viennent en direction du Bosphore et de la mer Noire.

Gallipoli peninsula ...


Jeudi 9 Avril : la Grèce est en vue … le « Yunnanistan », comme l’appellent les Turcs, n’est plus qu’à une trentaine de kilomètres.

Il fait beau, il fait chaud, et après mes premiers pas effectués sur le continent Européen il y a quelques jours, voici maintenant le premier pays de l’Union Européenne qui se présente sur ma route …

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.. l’aventure continue de l'autre côté de la frontière !
Passage de la frontiere Grecque



Le fait marquant en Turquie : 


Après plusieurs mois d’un régime alimentaire ultra-carné au Pakistan et en Iran, j’ai accueilli avec soulagement et plaisir la fraicheur de la cuisine Turque, les salades de tomates, concombres, oignons, carottes et persil, les soupes de lentilles, les ragoûts de légumes, les excellents kebabs, les pides au fromage (pizzas locales), le pain, les olives, les fromages et les yaourts et aussi tous les nombreux desserts …
 
La cuisine Turque est, pour l’instant au moins, la meilleure cuisine que j’ai rencontré pendan
t mon voyage.




J'ai aimé / je n'ai pas aimé en Turquie : 


j'ai aimé je n'ai pas aimé
la LIBERTE d’un état laïc les CHIENS
l’hospitalité, absolument remarquable les enfants lanceurs de pierres
le fabuleux héritage culturel l’architecture banlieue de certaines grandes villes
la cuisine le jus de carotte fermenté
la faible circulation et les comportements responsables
sur la route
les chutes de neige à répétition pendant tout le mois
de Mars
la Cappadoce, Aphrodisias, Izmir et Ayvalik la plomberie presque systématiquement défaillante
le souci omniprésent d’économiser l’énergie les bords de route jonchés d’ordures




Les informations pratiques
à propos de la Turquie : 

  • niveau de pollution atmosphérique : faible.
  • météo en Février 2009 : neige et pluie furent au rendez-vous dans tout l'est du pays. Le thermomètre quant à lui est descendu jusqu'à -6 degrés.
  • météo en Mars 2009 : beaucoup de neige encore, et des températures vraiment fraîches (-4 degrés en milieu de journée) jusqu'à mon arrivée à proximité de la mer Egée.
  • météo en Avril 2009 : SOLEIL, enfin oserai-je dire ... et des températures quasi estivales le long de la mer Egée (jusqu'à 32 degrés) !! Le short et les sandales sont de retour …
  • état des routes : moyen à mauvais. Les parties non goudronnées se transforment en véritables bourbiers avec la neige fondue … et les parties goudronnées sont réalisées en gros graviers qui volent au passage des voitures.
  • densité du trafic : faible.
  • comportements sur la route : bons.
  • traits de caractère : joviaux, charmants et charmeurs, bons vivants et cultivés.
  • hospitalité : très bonne, les invitations à boire le thé sont mutli-quotidiennes …
  • cuisine : excellente, voir le fait marquant ...
  • quelques prix : 1.5l d'eau = 0.5 TL, un repas standard = 10 TL et une nuit en auberge standard = 15-25 TL.
  • dépenses moyennes par jour : ~ 25 Euros/jour.
  • la langue : merhaba (bonjour), tassekur ederim (merci en Turque) ou spas (merci en Kurde).
  • les prénoms : Eyyűp ou Mehmet pour un homme et Oldouz pour une femme.

vers le carnet précédent : l'Iran *** vers le carnet suivant : la Grèce



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