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Le carnet de voyage au Pakistan ...                    (1 914 km / 27 Nov. 08 - 07 Jan. 2009)
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P       Pakistan 
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Les informations générales (valides en Novembre 2008)
  • Capitale : Islamabad.
  • Superficie : 796,095 km2 (= 1.2 x France).
  • Population : ~ 157 millions d'habitants (= 2.5 x France).
  • Densité : 197 habitants / km2.
  • Langue : Ourdou et Anglais.
  • Principale religion : Islam.
  • Indice de Développement Humain (IDH) : 0.539, soit le 134ème pays sur 177. Qu'est-ce-que l'IDH ?
  • Système politique : République Islamique.
  • Président : Azif Ali Zardari (depuis Septembre 2008).
  • Premier ministre : Youssouf Raza Gilani (depuis Mars 2008).
  • Taux de croissance 2007 : 7%.
  • Monnaie : Roupie Pakistanaise (PKR), 1 Euro = ~ 101 Roupies.
  • Principaux produits importés : carburant, pétrole, véhicules, fer et acier.
  • Principaux produits exportés : coton, textile et céréales.



La carte du Pakistan avec l'itinéraire suivi (en vert)


Pakistan



Le récit du voyage avec les meilleures photos :


Jeudi 27 Novembre :
11h00, j’en ai fini de la lente et poussive bureaucratie Indienne (j’ai dû montrer mon passeport cinq fois pour sortir du pays) et je traverse la fameuse ligne qui délimite l’Inde du Pakistan …

Frontiere Pakistan

Le portail de bienvenue est surmonté d’un portrait du Père de la nation, Muhammad Ali Jinnah, fondateur et premier gouverneur de l’état Pakistanais. Juste en dessous, six soldats sont postés et regardent fixement droit devant eux, vers l’Inde. A noter l’originalité de la coiffe de ces soldats, qui ressemble à s’y méprendre à un éventail à moitié ouvert planté verticalement.

Les formalités du côté Pakistanais sont rapides et j’obtiens mon tampon en quelques minutes. Mes bagages, qui intriguent toujours, ne sont pas fouillés ni même passés aux rayons X, mais l’on me demande poliment si par hasard je ne transporterais pas de l’alcool ? Non, non, rien que de l’eau …

Mes premiers tours de roue au Pakistan se déroulent dans un calme étonnant. Il n’y a aucune circulation sur les 10 premiers kilomètres de cette énorme autoroute (8 voies) qui se dirige vers Lahore, je suis tout seul : c’est étrange et inattendu. Le brouillard de ce matin ne se lève pas et je suis bien obligé de me rendre à l’évidence, ce n’est pas de brouillard qu’il s’agit, mais bel et bien de la poussière en suspension, encore …

Finalement la vie apparaît graduellement sur la route ; cela commence avec quelques ânes tirant des charrettes, puis des piétons, des motos, des bus, des autorickshaws (cousin germain du Tuk-Tuk Thaïlandais), des chevaux, des camions, des moutons, des chèvres et quelques voitures … Evidemment, plus je m'approche de Lahore et plus la concentration de véhicules augmente.

Bus Pak Lahore

Le Pakistan est un pays où la sécurité reste précaire, surtout pour les hommes (et femmes) politiques dont l’espérance de vie est nettement inférieure à la moyenne (cf. le récent assassinat de l’ex premier ministre Benazir Bhutto en Décembre 2007, qui s’ajoute à une liste déjà particulièrement longue). Il est donc fortement recommandé de rester à l’écart de toute manifestation pour ne pas devenir une victime collatérale d’un processus politique plus Darwinien que démocratique. Une recommandation que je souhaite suivre à la lettre … mais alors que je bataille dans la circulation Lahorite à la recherche d’un endroit où dormir, je me retrouve aspiré et noyé bien malgré moi au milieu d’une manifestation dont je m’extirpe avec bien du mal. Cela ne fait pas deux heures que je suis au Pakistan et j’ai déjà tout faux. Diantre, on ne fait décidément pas toujours ce que l’on veut !

Ci-dessous dans Bedan Road ... à la recherche d'un hôtel.

Lahore donkey


Vendredi 28 Novembre : l'attente commence ... j'attends mon visa pour l'Iran, mais mon visa n'arrive pas, toujours pas ... et je m'attends à devoir attendre un certain temps : une semaine ? dix jours ? deux semaines ou plus ... personne ne semble savoir. J’entreprends donc la visite de Lahore tout doucement, afin d’en garder toujours un peu pour le lendemain.

Lahore n’est pas la capitale politique du Pakistan (un rôle dévolu à Islamabad), mais elle est considérée comme la capitale culturelle, intellectuelle et artistique du pays. C'est donc l'endroit rêvé pour se retrouver bloqué pendant une période indéterminée.

Avec 6 millions d’habitants, Lahore est la seconde plus grande ville du pays après Karachi … et comme pour bon nombre de mégalopoles en développement, la pollution de l’air et de l’eau atteignent ici des niveaux critiques qui ne sont pas sans rappeler Bangkok !! L’autorickshaw (photos ci-dessous) est sans aucun doute le premier responsable de la pollution de l’air. Ce tricycle motorisé rejette une épaisse fumée blanche particulièrement acre qui irrite autant la gorge que les yeux. Le problème est réellement critique dans la vieille ville où les ruelles sont étroites et confinées, ne permettant pas aux fumées toxiques de se dissiper.

Tuk Tuk Tuk Tuk

Ci-dessous à gauche, circulation interdite aux autorickshaws … et à droite, un panneau encourageant l’usage des clignotants.

NO Tuk Tuk Mettre le Cligno

Ci-dessous : changement de pays et changement d’alphabet, bienvenue en terre d’Islam …


Arabe language


Samedi 29 Novembre :
l’attraction principale de Lahore est le fort Shahi Qila. Plusieurs fois construit et démoli, il doit son apparence actuelle à l’empereur Akbar (XVI ème siècle).

Ci-dessous à gauche, la porte Alamgiri du fort … et à droite, adossé contre le mur nord du fort, le mausolée du Maharaja Ranjit Singh, fondateur du premier et seul empire Sikh.

Alamgari gate of Lahore fort Samadhi of Maharadja Ranjit Singh

Ci-dessous, le jardin carré de Shah Jahan situé à l’intérieur du fort …

Shah Jahan's quadrangle

… et ci-dessous, toujours à l’intérieur du fort, le Shish Mahal (palais des miroirs).

Shish Mahal


A quelques pas seulement du fort se trouve la mosquée Badshahi (XVII ème siècle). Il s’agit d’une des plus grandes mosquées du monde et jusqu’à 100 000 personnes peuvent se rassembler dans sa cour intérieure, entre les quatre minarets géants.

Mosquee Badshahi Mosquee Badshahi

Mosquee Badshahi


Dimanche 30 Novembre :
c’est dimanche, et cela se remarque. Les rues sont désertes … à l’exception de plusieurs équipes de cricket qui ont envahi les rues et jouent entre les arbres, les poteaux et les quelques voitures qui passent de temps en temps. Le cricket est un sport extrêmement populaire au Pakistan, c’est sans conteste le sport numéro 1 … et la victoire de l’équipe nationale lors de la coupe du monde 1992 est un motif de fierté qui, 16 ans plus tard, est toujours d’actualité.

Pour ceux, comme moi, qui n’ont jamais entendu parler du cricket jusqu’ici, voici une petite présentation sans prétention : le cricket est un sport collectif de balle et de batte (cette dernière, en bois, ressemble d'ailleurs étrangement à une planche à pain) qui se joue sur un terrain ovale en herbe. L’équipe qui lance la balle essaie d’éliminer le batteur adverse en le forçant à la faute, le « wicket », qui intervient généralement lorsque la balle frappée par le batteur est rattrapée au vol, dans les limites du terrain, par l’autre équipe. De son côté, le batteur essaie d’envoyer la balle hors du terrain pour marquer un maximum de « runs ». C’est grosso-modo le concept, avec toutefois quelques subtilités que je passerai ici sous silence pour faire   simple.  A   la   fin  de  la 
Pakistan cricket
partie, le nombre de « runs » détermine le gagnant. Dans la pratique, j’ai essayé de m’intéresser … mais ce sport n’a pas de rythme, les joueurs courent peu (d'ailleurs ce n’est pas un hasard s'ils portent tous un jogging pendant la partie) et au final il ne se passe pas grand chose qui permette de rester éveillé.


Lundi 1er Décembre : 
mon visa pour l'Iran se fait toujours attendre et je ronge mon frein faute de pouvoir appuyer sur les pédales. La patience s’apprend … et j’apprends un peu plus chaque jour. J’ai donc tout mon temps pour me plonger dans la vieille ville, un formidable enchevêtrement de petites ruelles étroites où règne l’anarchie la plus totale (ci-dessous à gauche). Les voitures sont trop larges pour s’y aventurer, mais quelques autoricksaws tentent parfois leur chance, bloquant les piétons et intoxiquant au passage tout un quartier. Les artisans sont répartis par corps de métier et l’on trouve à peu près de tout : fabricants de chaussures, de meubles, bijoutiers, couturiers, imprimeurs, etc …

Le commerce est réalisé exclusivement par les hommes, je n'ai pas vu une seule femme derrière un comptoir. 

Vieille ville de Lahore Mosquee Sunehri

Ci-dessus à droite, dans la mosquée Sunehri, au cœur de la vieille ville, alors que les prières se terminent.

Ci-dessous, toujours dans la vieille ville, la très belle mosquée Wazir Khan (XVII ème siècle) …

Mosquee Wazi Khan

Mosquee Wazi Khan Mosquee Wazi Khan


Comme au Népal et comme en Inde, le thé sucré au lait est une institution … et derrière l’apparente simplicité de ce doux breuvage se cache en fait un procédé de fabrication très élaboré qui requiert un nombre impressionnant de casseroles, de louches, de transvasements de l’un à l’autre et enfin de "touillages", car il faut bien "touiller" pour que ça ne colle pas !! (ci-dessous à gauche). Un thé se mérite, il faut l’attendre … mais c'est tout de même moins long qu'un visa pour l'Iran.

Ci-dessous à droite, deux enfants accompagnant chacun leur mouton … remarquez au passage la taille admirable des oreilles de ces animaux !!

Le The magique Les moutons volants

Aïd El Kebir (ou
Aïd El Adha) se rapproche. Cette grande fête sacrificielle Musulmane aura lieu la semaine prochaine, et cela pourrait bien expliquer la présence de tous ces quadrupèdes bêlants dans les rues de la ville. Leurs jours sont désormais comptés !

En sortant des fortifications de la vieille ville par la grande porte "Delhi" ... j’oblique sur ma droite et je descend « circular road », une rue qui fait le tour des remparts. Le trafic est congestionné, immobile. Je me faufile entre les véhicules (car il n’y a pas de trottoir) et j’arrive à proximité d’une station-service d’un genre que je n’avais encore jamais rencontré : c’est une station-service pour les animaux qui tirent les charrettes (photo ci-dessous). Parmi les services proposés, il y a bien évidemment le plein d’avoine, la couverture chauffante, les peintures décoratives (notez les gros sourcils du cheval au premier plan) ou encore un lavage / brossage revigorant. Tout un programme ...

Station service


Mardi 2 Décembre : Lahore est une ville architecturalement riche, avec de nombreux bâtiments datant de l’époque Britannique (ci-dessous à gauche, la Poste) dont à ma grande surprise beaucoup d’églises et de cathédrales encore en très bon état et en service actif (ci-dessous à droite, la cathédrale de la résurrection).

Poste Generale Eglise

Voilà un bel exemple de tolérance dans ce pays où 96% de la population est musulmane … et c’est aussi une réponse à tous ceux qui s’inquiètent de voir des mosquées se construire en France !

Ci-dessous à gauche, la cathédrale du « Sacré cœur de Jésus » … et à droite, un vendeur de fruits et légumes (oranges et navets) qui travaille dans la même rue.

Eglise de Jesus Un navet !?

Ci-dessous, la bibliothèque Jinnah au centre du jardin du même nom.

Bibliotheque Jinnah


Mercredi 3 Décembre : 
cela fait maintenant une semaine que je suis à Lahore … et aujourd’hui je vais faire un tour au zoo ! Les animaux ont l’air plutôt bien traité, ils ont de la nourriture en abondance (ce qui est loin d’être la règle dans les zoos des pays en voie de développement), mais ils ne peuvent cacher une certaine lassitude à se trouver là et à tourner en rond dans leur cage étroite, toujours trop étroite, quelque soit sa taille. Les grands prédateurs, surtout, inspirent une grande pitié ; quelle ironie ! Ces lions, ces tigres et ces aigles, véritables machines à tuer, ont dans le regard la résignation de ceux qui ont renié leur nature …

Le concept du zoo m'apparait finalement assez barbare. Ici ou ailleurs, cela reste la même démonstration de force d’une espèce dominante, l’homme, par l’asservissement et le cloisonnement de l’ensemble des autres espèces. Il n’y a pas de quoi être fier, c’est d’ailleurs assez honteux. Je me souviens encore de cette phrase de Gandhi qui un jour a dit : « on peut juger de la grandeur d’une [civilisation] par la façon dont les animaux sont traités » … et bien l’humanité dans son ensemble a encore du chemin à parcourir. Mais qu’est ce que je suis venir faire dans ce zoo !?


Jeudi 4 Décembre : le jeudi est une journée musicale. C’est l’occasion de venir écouter du qawwalî dans le sanctuaire dédié à Data Ganj Bakhsh Hajveri (photos ci-dessous). Le qawwalî est un genre musical très populaire au Pakistan ; il exprime une dévotion islamique soufie (le mouvement spirituel, mystique et ascétique de l’Islam). Des groupes de 9 musiciens et chanteurs se succèdent sur scène pendant toute l’après-midi. L’assistance, exclusivement masculine, est assise à même le sol et écoute calmement pendant que des préposés aux odeurs d’ambiance vont et viennent en vaporisant une eau parfumée sur le public … ce qui donne une étrange combinaison olfactive avec l’incommodante et persistante odeur de pieds qui caractérise l’endroit (on se déchausse dans les endroits saints Musulmans).

Mosquee Data Ganj Bakhsh Hajveri Mosquee Data Ganj Bakhsh Hajveri

En fin de soirée, la musique continue à l’autre bout de la ville dans le sanctuaire dédié au célèbre Sufi Baba Shah Jamal. Gonga Saen (à gauche sur la photo ci-dessous) et son frère Mithu Saen (à droite) jouent du Dhol (un tambour à deux faces) pendant une bonne partie de la nuit. Le rythme des battements de tambour est impressionnant, hypnotisant même … et la foule venue nombreuse semble évoluer dans une autre dimension, en cela bien aidée par un air largement saturé en fumées psycho-hallucinatoires ! La consommation de haschisch semble ici plus que largement tolérée.

Tambours dans le mausolee de Baba Shah Jamal


Rencontres : le Pakistan est un pays où le visiteur est régulièrement, sinon constamment, accosté. Cela se résume souvent à quelques rapides paroles concernant la nationalité … mais cela peut parfois s’étendre, durer, et se transformer en une véritable discussion. Je pense notamment aux échanges que j’ai eu avec M Kaiser, Shahid, Numan et Malik. A chaque fois j’ai été étonné d’apprendre que le fils, l’oncle, le cousin, ou le frère est parti étudier à l’étranger … et n’est jamais revenu au pays. Je ne peux m’empêcher de faire remarquer à mes interlocuteurs, qui sont les premiers à évoquer l’impasse économico-politique dans laquelle se situe le Pakistan, que si à chaque fois qu’un jeune Pakistanais étudie à l’étranger, il y reste, et bien cela prive le pays des compétences dont il a tant besoin pour se développer, évoluer, et sortir de l’ornière dans laquelle il se trouve depuis sa création !! Sur quoi tout le monde est d’accord, oui mais, et l’argent dans tout ça !? Aaah l’argent, bien sûr, est important, et les salaires sont évidemment plus attractifs à l'étranger … tout dépend donc des priorités que chacun se donne, car l’on ne peut jamais tout avoir.


Samedi 6 Décembre : cela fait maintenant 10 jours que je suis bloqué à Lahore en attente de mon visa Iranien ... et pour la première fois depuis mon départ, je suis maintenant officiellement en retard sur mon planning ! Chaque jour supplémentaire que je vais passer ici sera donc un jour à rattraper sur la route …


Ci-dessous, le tombeau de l'empereur Jehangir date (XVIIème siècle). Ses murs sont composés d’une base en grès rouge sur lesquels ont été ajoutés de multiples incrustations de marbre. Le tombeau jouxte un important caravansérail composé de 180 salles à l’usage des pèlerins et de leurs animaux.


Tombeau Jehangir

Tombeau Jehangir Tombeau Jehangir


A LA UNE : Condoleezza Rice (secrétaire d’état de l’administration Bush) est aujourd'hui en visite à Lahore. Elle a visité la mosquée Badshahi. Hier, deux bombes ont explosé dans un marché de Peshawar (dans le nord du pays). Il y a eu 35 morts et 140 blessés. Avant-hier, toujours dans la région de Peshawar, un missile américain a fait 3 victimes et plusieurs dizaines de blessés. La semaine dernière, des émeutes ethniques ont éclaté à Karachi (dans le sud du pays). Il y eu 50 morts et plusieurs centaines de blessés ... même pour un pays comme le Pakistan, cela commence à faire une semaine chargée, en espérant que la semaine prochaine soit plus calme.


Dimanche 7 Décembre : je viens de passer une nuit particulièrement agitée, je n’ai pas réussi à fermer l’œil et je n’ai pas arrêté d’échafauder des plans de contournements de l’Iran si jamais je n’obtiens pas mon visa. J’ai plusieurs options, mais aucune ne me satisfait vraiment.

Plan B, option 1 : remonter vers la Chine via la célèbre Karakoram Highway et continuer par les pays d’Asie centrale (Kirghizstan ou Tadjikistan, Ouzbékistan, Turkménistan ou Kazakhstan). Problème : la Karakoram Highway est fermée pendant l’hiver.
Plan B, option 2 : remonter vers Peshawar et traverser l’Afghanistan puis le Turkménistan. Problème : le niveau de sécurité précaire tant dans les régions tribales du Pakistan qu’en Afghanistan.
Plan B, option 3 : rentrer en Iran sans visa par le désert du Baloutchistan. Problème : c'est la prison assurée.
Plan B, option 4 : voler vers Tbilissi en Géorgie. Problème : je ne veux pas voler …
Plan B, option 5 : descendre sur Karachi, traverser en bateau vers Oman, pédaler jusqu’à l'ouest du Yémen, reprendre le bateau sur la mer rouge jusqu’en Egypte … et improviser la suite. Problème : la route vers Karachi n’est pas sécurisée, et il n’existe pas de liaisons maritimes régulières sur ce parcours.
 
Dans la pratique, seules les options 4 et 5 sont envisageables … et c’est un véritable dilemme !!


Mardi 9 Décembre :
la grande fête (Aïd el Kebir) également appelée la fête du sacrifice (Aïd al Adha) a lieu aujourd’hui. C’est la plus importante fête de l’Islam. Elle commémore la soumission d'Abraham (Ibrahim dans la tradition coranique) à Allah, symbolisée par l'épisode où le patriarche acceptait de tuer son fils Ismaël sur l'ordre d'Allah, celui-ci envoyant au dernier moment un mouton pour remplacer l'enfant comme offrande sacrificielle. En souvenir de cette soumission totale d'Ibrahim à Dieu, les familles musulmanes sacrifient un mouton ou un bélier, mais parfois d'autres animaux comme des chèvres, des vaches ou encore des chameaux, en l'égorgeant, couché sur le flanc gauche et la tête tournée vers La Mecque.

Death row Massacre

L'Aïd El Kebir est du reste beaucoup plus qu'un simple événement religieux. C'est aussi une grande fête familiale et sociale, et à l'instar de toute fête, elle est synonyme de rencontre, de joie, de partage et de fraternité. La fête du sacrifice est surtout l'occasion de donner et de faire le bien. Le partage avec autrui est une règle chez les musulmans, mais il prend une importance toute particulière ce jour-là.

Kids Fete forraine


Mercredi 10 Décembre :
au lendemain d’Aïd el Kebir, certains ont réussi à obtenir la peau du mouton (ci-dessous à gauche) … et même celle de plusieurs moutons (ci-dessous à droite) !!

La peau du mouton les peaux des moutons


Jeudi 11 Décembre : mon visa Iranien se fait toujours attendre. Je suis bloqué à Lahore depuis deux semaines, mon dossier est bloqué depuis deux mois au ministère des affaires étrangères de Téhéran, et aujourd’hui jeudi, tout comme demain vendredi, il n’y a aucun espoir puisque c’est le week-end en Iran …


Samedi 13 Décembre : j'ai 33 ans aujourd'hui ... et je me dis qu’un visa pour l’Iran ferait un très joli cadeau d’anniversaire ! Il est permis de rêver un peu, j’en ai besoin pour rester positif !

Mais la journée débute mal. Alors que je prends mon petit-déjeuner sur la terrasse de l’auberge en compagnie d’autres voyageurs … on me tend le journal du matin où s’étale sur une colonne la dernière performance diplomatique du Président Sarkozy. Celui-ci aurait déclaré qu’il ne serrera jamais la main de Mahmoud Ahmadinejad, le président élu de l’Iran, car ce dernier a tenu des propos inacceptables au sujet d’Israël et, de plus, il ne représenterait pas le peuple Iranien. L’Iran évidemment n’a que très modérément apprécié la plaisanterie, l'ambassadeur de France s'est fait tapé sur les doigts, et c'est typiquement le genre d’incident qui pourrait précipiter le rejet de ma demande de visa. Je suis d’humeur maussade ce matin. Drôle d’anniversaire.


Dimanche 14 Décembre : l’agence qui s’occupe de ma demande de visa m’indique « avoir un grand espoir » d’obtenir l’approbation du ministère des affaires étrangères demain. Cela fait trois semaines que cela devrait être bon demain, donc je ne m’enflamme pas … les déceptions à répétition deviennent de plus en plus difficiles à digérer.


Lundi 15
Décembre : 17h00, mon dossier de visa vient d’être approuvé … enfin, j’ai presque du mal à y croire … il ne me reste plus qu’à aller chercher mon visa demain matin au consulat, en espérant que les autorisations nécessaires auront été communiquées comme il se doit. La fin du calvaire approche.

Ce soir, avant de me coucher, je regonfle les pneus de mon vélo et j’enlève la couche de poussière qui s’était peu à peu déposée sur la selle …


Mardi 16 Décembre :
9h00, je fais la queue devant le consulat d'Iran. C’est la troisième fois que je m'y rends et je commence à bien connaître l’endroit. Les soldats Pakistanais déployés devant le consulat gardent la porte d'accès et font rentrer les visiteurs un par un. Il faut laisser son sac à l’entrée, puis il y a la fouille corporelle, et l’attente dans une salle où le même film Iranien passe en boucle depuis plusieurs semaines. Après une bonne demi-heure d’attente, toutes les personnes rassemblées dans la salle procèdent dans une autre salle en haut d’un étroit escalier. Là se trouve le guichet. Les femmes attendent à gauche, les hommes à droite. On attend encore une bonne demi-heure avant que les employés du consulat ne commencent à étudier le cas de chacun, mais une fois que c’est parti, cela va plutôt vite.

10h30, c’est mon tour. M Saïjeidi, c’est son nom, me regarde avec un grand sourire et m’indique qu’il a reçu l’accord de Téhéran. Je vais obtenir mon visa aujourd’hui … juste après avoir déposé une copie de mes empreintes digitales, les dix doigts, jusqu'à la seconde phalange. C’est une mesure complémentaire réservée aux ressortissants Français et motivée par le principe de réciprocité, puisque la France exige la même chose des Iraniens visitant la France.

10h45, je suis invité à me rendre dans une pièce adjacente. C’est un joli petit salon avec un magnifique tapis au sol (Persan j’imagine). Sur la table basse qui se trouve au centre, il y a une tasse de thé et un gâteau au chocolat … qui me sont tous deux destinés !! Et oui, ils sont comme ça au consulat d'Iran de Lahore.

11h30, je récupère mon passeport avec le précieux sésame ; c’est un grand moment, c’est un énorme soulagement …
 
Visa Iran Coucher de soleil a Lahore

Maintenant cap à l'ouest, il n'y a plus qu'à ... parcourir les 1 800 km qui me séparent encore de l'Iran.


Mercredi 17 Décembre : après 20 jours d’immobilisation forcée, je remonte enfin sur mon vélo … et j’étrenne pour l’occasion une nouvelle tenue spécialement conçue pour passer inaperçu, un magnifique shalwar-kemiz marron clair et une barbe de deux mois (voir les photos plus bas).

La sortie de Lahore s’effectue en douceur et je me retrouve rapidement sur l’autoroute qui descend jusqu’à Karachi. La route est bonne, le trafic est plutôt faible et je m’en donne à cœur joie : c’est vraiment bon de (re) pédaler enfin !!

Les paysages ne sont pourtant pas très excitants, je traverse une vaste plaine où des champs de canne à sucre alternent avec des champs de coton. L’intérêt est ailleurs, il est sur la route … ce sont les camions et leurs incroyables décorations, dont l’énorme appendice ANTI-aérodynamique qui surplombe la cabine (ci-dessous à gauche).

Les routiers sont sympas Euuhhh !?

Les routiers sont sympas, non seulement ils conduisent proprement mais en plus ils ne klaxonnent pas à tord et à travers (comme en Inde par exemple). La cohabitation est harmonieuse, et à l’occasion je me glisse dans l’aspiration d'un semi-remorque lorsque celui-ci circule entre 30 et 40 km/h …

Midi : j'effectue ma pause déjeuner dans un restaurant pour routiers, normal. Je gare mon vélo, je me renseigne sur le plat du jour (en regardant dans les grandes casseroles devant le comptoir), je commande, je me retourne et qu’est-ce-que je vois !? Une vingtaine de personnes en train d’étudier mon vélo de très très près. D’ailleurs je ne vois plus mon vélo derrière l’attroupement, mais je me doute bien qu’il est au centre du cercle formé par les curieux. Aïe, aïe, aïe, je n’aime pas ça. Si avec mon shalwar-kemiz je me fonds assez bien dans le paysage, mon vélo vert lui se fait toujours autant remarquer. Peut-être qu’avec une chèvre ou deux sur le porte-bagages il ferait davantage couleur locale, mais le poids (d'une chèvre) est rédhibitoire, il va falloir que je trouve autre chose …

La journée touche bientôt à sa fin, j’ai bien roulé (un peu plus de 130 km depuis ce matin) … et alors que je suis sur le point d’arriver à Okara, je me fais arrêter par la police. La scène est assez surréelle. Il y a là trois policiers : le premier, avec une jambe dans le plâtre, est assis dans une camionnette, les yeux rivés sur son radar. Le second, celui qui m’a arrêté, un motard, est au téléphone et enfin le troisième, manifestement celui qui dresse les PV … est en train de se battre comme un chiffonnier avec un motocycliste. Les coups de poing fusent mais trouvent rarement leur cible. Il n’y aura pas de KO. Les deux autres policiers ne bougent pas et ignorent royalement l’empoignade qui a lieu à seulement quelques mètres d’eux. Je ne suis pas vraiment à l’aise et j’aimerais bien repartir, mais le policier qui m’a arrêté me fait comprendre que je dois attendre la fin de sa conversation téléphonique ! Je me résigne donc à attendre. Cinq bonnes minutes plus tard, il raccroche et m’explique qu’en vertu de ma qualité de « visiteur », la police Pakistanaise est à mon service si j’ai besoin de quoique ce soit : nourriture, boisson ou un lit pour la nuit. Je le remercie, mais je décline son invitation et je repars … alors que le motocycliste récalcitrant, calmé, repart lui-aussi.

Insolite, les stations services de la NH5 offrent de nombreux services : vente d’essence, vidange, révision, changement de pneus, lavage, restaurant, épicerie, toilettes, douches, internet ( !!) … et mosquée.


Jeudi 18 Décembre : les jambes tirent un peu ce matin, j’ai perdu l’habitude de la répétition de l’effort, mais après quelques dizaines de kilomètres les muscles montent tranquillement en températures et se décontractent. Je suis reparti pour une bonne journée (120 km), qui débute sous un soleil radieux mais qui hélas se termine sous la pluie et dans la boue en arrivant dans la ville de Mien Channu. Je choisis au hasard l’hôtel Shalimar pour passer la nuit, et j’ai l’agréable surprise de découvrir que son propriétaire, Monsieur SAQI, a pris pour habitude d’offrir le gîte et le couvert aux cyclistes de passage ! Voilà qui est original et généreux, c’est une première : un grand merci à Monsieur SAQI.


Vendredi 19 Décembre :
le temps est toujours incertain ce matin, il a plu toute la nuit et les nuages sont encore menaçants. Le ciel est bouché. Au fil des kilomètres, la petite bruine matinale prend de plus en plus de consistance et je suis trempé quand j’arrive à Multan. J’ai voulu croire à une éclaircie qui n’est jamais venue, je n’ai pas sorti mes vêtements de pluie, et ce fut une erreur. Multan, la « ville-poussière » du Punjab, c’est sa réputation, mérite aujourd’hui le titre de « ville-boue » … certaines rues sont totalement impraticables !

Aux portes de la vieille ville ... Multan

Ci-dessous, des scènes de rue dans Multan …

Enfants a Multan Charette a Multan

Ci-dessous, la porte Bohar de la vieille ville. Bon courage à l’homme en jaune pour rétablir un semblant de fluidité au milieu de cet enchevêtrement de véhicules et de piétons !!

Je ne voudrais pas etre l'homme en jaune ...


Samedi 20 
Décembre : après avoir parcouru 350 km en trois jours, je fais une petite pause à Multan pour découvrir la vieille ville, ses habitants, ses nombreux mausolées et ses mosquées.
 
Enfants ... Enfant

Pause dejeuner Pause dejeuner chap 2

Ci-dessus, une pâtisserie artisanale avec sa grande bassine de lait ... et ci-dessous, des petites filles vues à travers les ombres de la vieille ville.

Petites filles ...

Ci-dessous, le mausolée de Sheikh Rukn-I-Alam, le symbole de la ville de Multan.

Le mausolee de sheikh rukn-i-alam Et le vendeur de fleurs ...

Ci-dessous, l'une des très nombreuses échoppes vendant des noix, des amandes, du raisin, du maïs, des cacahuètes et des dattes … soit tout ce dont un cycliste a besoin pour prévenir la fameuse fringale du milieu d'après-midi.

Carburant velo ...

Ci-dessous, la mosquée Eidgah (construite en 1735).

Mosquee Eidgah

Mosquee Eidgah Mosquee Eidgah


Lu dans la presse Pakistanaise : un article à première vue anodin qui traite d’un sujet d’une très grande banalité en France, celui des incendies de véhicules. Ce qui est moins banal ici, c’est le type de véhicule concerné, puisqu’il s’agit de camions transportant du matériel de l’OTAN, et la raison invoquée, à savoir le non-paiement aux Talibans d’un « droit de passage » sur la route reliant Peshawar (Pakistan) à Kaboul (Afghanistan). Je reprends tout depuis le début : pour faire la guerre contre les Talibans en Afghanistan, l’OTAN se réapprovisionne par la route en sous-traitant sa logistique à des sociétés de transport locales qui, pour ne pas se faire attaquer par les Talibans, leurs paient des droits de passage. Maintenant je résume, l’OTAN paie donc –indirectement- ceux-là même qu’elle combat pour justement pouvoir les combattre. Quelle farce … et dire qu’il y en a encore qui se demandent pourquoi la situation en Afghanistan est à ce point désespérée. L'article, en anglais, est disponible ici.


Dimanche 21
Décembre : je pars de bonne heure ce matin, dès le lever du soleil, car je sens que la journée va être longue … très longue.

Après une vingtaine de kilomètres sur la route de Muzzafargarh, je me fais accoster par Mohammed Sidiq. Il est en mobylette et roule à mes côtés tout en me posant la rafale de questions habituelles : quelle est ma nationalité ? d’où viens-je ? où vais-je ? quel est mon nom ? suis-je musulman ? combien ai-je de frères ? est-ce-que je suis fatigué ? comment s’appelle mon Père ? quel est mon travail ? le travail de mon Père ? et combien coûte le vélo ? A noter qu’intentionnellement, il ne me demande pas combien j’ai de sœurs, ni comment s’appelle ma Mère, car les femmes, ce n’est pas un sujet de discussion. Pendant ce temps, lui et moi évitons les trous dans la route, les bus en contresens et les ânes en perdition … ce qui n’est pas rien. Et puis après avoir mûri un peu mes réponses, il me regarde et me demande quel est l'objectif de mon voyage à vélo, car tout de même, ce n’est pas très ordinaire. Nous y sommes, j’ai attendu cette question pendant six mois, et c’est un Pakistanais à mobylette qui décroche la timbale. Félicitations. J’en profite pour m’étendre avec délice sur le sens de ma démarche. Il est ravi et moi aussi. En arrivant à Muzzafargarh, il me guide dans les ruelles du centre-ville et me met sur la route menant à Uch Sharif, ma destination du jour.

Cette
route n’est pas en très bon état, et puis avec les pluies de ces derniers jours, elle est par endroits complètement recouverte de boue. J’avance doucement mais surement. Les paysages sont agréables, je découvre une campagne verdoyante et animée … et je croise aussi mes premiers dromadaires.

Vers Uch

J’ai déjà évoqué les étonnantes décorations des camions Pakistanais, mais je ne résiste pas à l’envie de présenter ces trois magnifiques spécimens rencontrés aujourd'hui sur ma route … avec bien sûr les petites chainettes qui pendouillent sous les pare-chocs et qui font « gling-gling » quand le camion roule.

Camions

Ci-dessous, détail d'art camionesque.

truck art

La journée est bien avancée, il est 16h00, et je traverse le fleuve Satlej au niveau d’Alipur. Comme en Inde, le pont n’est en fait qu’une étroite voie aménagée au dessus d’une série d’écluses qui forment ainsi un barrage sur toute la largeur du fleuve.

Fleuve Satlej

De l’autre côté du pont, je me fais arrêter par la police. Aïe, aïe, aïe … le policier est étonné et contrarié de me voir arriver seul sans escorte policière. La région est dangereuse me dit-il, il faut absolument que je me fasse escorter. Mouais, je ne suis pas convaincu et j’ai aussi souvent entendu le contraire. Qui croire ? Il m’envoie au poste de police situé 3 km plus loin pour que je me fasse enregistrer … mais il ne m’accompagne pas. L’aubaine. Vu l’heure, il va bientôt faire nuit, je n’ai aucune envie de perdre mon temps à réciter mon état-civil et celui de mon Père (très important, il m’est toujours demandé), donc je passe devant le poste de police sans m’arrêter et je file à Uch Sharif, où j’arrive alors que le soleil est sur le point de se coucher. Mission accomplie, aujourd'hui j'ai rajouté 140 km de plus à mon compteur ...

Uch

... mais je n'ai pas encore trouvé un endroit où dormir. Je demande à quelques badauds venus voir mon vélo de plus près, et ils me conseillent de me rendre au poste de police. Ah non ! Je demande à d’autres personnes, ils discutent, ils élaborent des plans, ils me baladent en ville, ils récupèrent finalement une clé chez un épicier et puis on retraverse la ville jusqu’à une maison de briques rouges située au milieu des champs. Voilà, c’est ici que je vais passer les deux prochaines nuits, en compagnie de trois Pakistanais qui louent la chambre juste à côté de la mienne.


Lundi
22 Décembrele lever du soleil sur la campagne est un spectacle en soit, magnifique et apaisant, avec la rosée du matin qui se comporte comme autant de minuscules miroirs réfléchissants.

Uch au levant

Avec l’arrivée de l’Islam sur le sous-continent Indien, la ville d’Uch accueillît plusieurs hautes personnalités religieuses qui créèrent de nombreuses écoles islamiques. Au XIII ème siècle, la ville était considérée comme l’un des plus importants centres culturels et religieux de la région. De cette époque subsistent aujourd’hui encore quelques tombeaux et la mosquée de Jalaluddin Surkh Bukhari (photo ci-dessous).

Mosquee de Jalaluddin Surkh Bukhari

Ci-dessous, le tombeau de Bibi Jawindi ...

Mausolee de Bibi Jawindi

... enfin la moitié qui est restée debout suite aux terribles inondations qui ravagèrent la région en 1817 (au centre sur la photo ci-dessous, entouré par deux autres tombeaux).

Mausolees ... Detail

Uch est une toute petite ville, mais son bazar est plein de vie et ses rues voient défiler une incessante succession d’ânes (à noter le bonnet sur la tête de l’âne !!), de chevaux, de tracteurs, de vélos et de tricycles …

Bonnet d'ane Ane

Cheval Tracteur

Tri Velo

Ci-dessous, dans le bazar d'Uch ... des hommes en turban et des femmes voilées ...

Sur le marche


Mardi 23
Décembre : je me lance ce matin à l’assaut de Quetta, je prévois couvrir les 750 km qui me séparent de la capitale Baloutche en 6 jours. Aujourd’hui l’objectif est d’arriver à Sadiqabad (150 km) avant la nuit. Je pars donc tôt, avant le lever du soleil, et alors que le thermomètre indique un timide 6 degrés. Il n’y a plus de doute, l’hiver approche …

Les paysages sont dans un premier temps très agréables, il y a de nombreux dattiers au milieu des champs de canne à sucre, et des colonnes de dromadaires cheminent tranquillement au bord de la route ...

Uch

... mais je rejoins bientôt le désert du Cholistan, et là il n'y a plus que du sable, de la boue et de la poussière, à l'exception de cette magnifique mosquée (ci-dessous) située au beau milieu des quatre voies de l'autoroute !!

Mosquee sur la NH5


Mercredi 24 Décembrej’enchaîne une seconde grosse étape aujourd’hui avec près de 170 km jusqu’à la ville de Sukkur. C’est la nouvelle plus longue étape de mon voyage, et ce ne fut pas de tout repos. La route était mauvaise, très mauvaise même et très poussiéreuse ; ma progression en fut rendue d’autant plus pénible …

... le soleil se couche sur la ville et le fleuve Indus quand j'arrive enfin à Sukkur.

Sukkur L'Indus

Le plus dur reste pourtant à faire, il s’agit de trouver un hôtel où passer la nuit. Ce n’est pas que la ville soit en manque d’hôtels, il y en a à profusion, mais tous sont mystérieusement pleins ! un hôtel, deux hôtels, trois hôtels, quatre hôtels : pleins, pleins, pleins. Pourtant les clés sont presque toutes accrochées au tableau juste derrière le réceptionniste. Je commence à douter … et puis j’apprends que pour éviter tout problème, les hôtels refusent tout simplement les étrangers. Quels problèmes ? je ne saurai pas, mais sur cette affaire la légendaire hospitalité des Musulmans se trouve franchement écornée. Quelle déception ! Je ne vais pas passer la nuit de Noël dans la rue quand même ! Et bien non, à force de persévérance et grâce à un peu d’aide, je finis par trouver un hôtel qui m’accepte. Il n’est pas folichon, mais il y a un lit sous un toit et de l’eau dans la salle de bain.



Jeudi 25
Décembrec’est ma deuxième journée dans la province du Sindh, et en ce jour de Noël, je m’offre une mini-étape de seulement 90 km, ce qui devrait me laisser l’après-midi de libre pour me reposer.

Le Père Noël ne m’a cependant pas oublié, il m’a préparé un cadeau un peu spécial mais fort à propos compte-tenu de la région où je me trouve : il m’a offert une escorte de police pour la journée !! Ce n’est d’ailleurs pas d’une seule escorte qu’il s’agit, mais de plusieurs escortes, car les policiers se relaient environ tous les 10 km dès qu’ils sortent de leur « zone ».

Ci-dessous à gauche, le poste de police qui a organisé ma première escorte, un groupe de 8 policiers des forces spéciales dans une camionnette, chacun armé d’une mitraillette !! Voilà qui me parait un peu excessif, ou alors vraiment je me rends dans une zone de guerre … mais non, l'escorte suivante ne comporte que trois policiers, et je finirai même la journée avec seulement deux policiers sur une mobylette. Tout va bien, ils sont charmants et ils me laissent pédaler.

POLICE Baloutchistan

Ci-dessus à droite, les paysages entre Sukkur et Jacobabad sont arides, c'est le début du désert de Kacchi et les dromadaires sont nombreux.


Jinnah Le 25 Décembre au Pakistan  ne s’accompagne pas d'arbres de Noël dans les rues ni de bûches meringuées au dessert, non, le Pakistan est une République Islamiste et Noël n'y existe pas !

C’est donc le premier Noël depuis bien longtemps où il m’est permis d’échapper à la frénésie consumériste qui accompagne désormais l’événement, et d’une certaine manière, c’est un soulagement. Cela en est arrivé à un tel point, même en Thaïlande, que des fois je me demande si la naissance de Jésus n'est pas une pure invention de la grande distribution ...

Il n'y a donc pas de célébrations de Noël au Pakistan, mais le 25 Décembre est malgré tout une date importante, car c’est le jour anniversaire de la naissance de Mohammed Ali Jinnah (photo ci-contre), le fondateur de l’état Pakistanais au moment de la partition avec l’Inde (1947).

Jinnah, brillant et dévoué à son pays, mourût hélas 13 mois plus tard. Un événement tragique dont le Pakistan mettra beaucoup de temps à se remettre, s'il s'en remet un jour.


Vendredi 26
Décembreun policier en arme a passé toute la nuit devant ma porte … à force de précautions, ils vont finir par me faire peur !! La région et le proche Baloutchistan sont-ils à ce point dangereux !?

Je pars dans un épais brouillard ce matin, je n’y voit pas à cinq mètres … mais rapidement les choses s’arrangent avec les premiers rayons du soleil, et je découvre à nouveau le désert avec ses longues lignes droites sans fin. Je ne sais pas où ni comment, mais j’ai perdu mon escorte en route. J’en profite pour faire quelques photos et apprécier le silence de l’endroit, impressionnant.

Le desert de Kachhi

Au cours de l’après-midi, je réussis à me glisser dans l’aspiration d’un camion qui roule à environ 40 km/h … et j’établis ainsi un nouveau record de vitesse en arrivant à Sibi : 160 km en 6h20, soit un peu plus de 25 km/h de moyenne ! Mais cela n’arrivera pas tous les jours, et certainement pas demain, car demain il y a de la montagne au menu.

Ce soir la coïncidence veut que je dîne à la même table que deux étudiants en sciences politiques. Voilà qui est intéressant, et qui me permet d’en apprendre un peu plus sur les supposées turbulences qui agitent le Baloutchistan, la province où je viens d'arriver. L’histoire que j’entends, mais qui n’engage que leurs auteurs, me rappelle un peu la situation du Tibet. En obtenant son indépendance en 1947, le Pakistan en a profité pour faire main basse sur le Baloutchistan, un vaste territoire très peu peuplé … et depuis les Baloutches protestent –parfois violemment- contre le pouvoir central qui leur est imposé. A cela s’ajoute des tensions intertribales et l’immigration incontrôlée d’Afghans qui fuient la guerre menée par les Etats-Unis et l’OTAN chez eux, et tout cela rend la situation encore plus confuse. Les deux étudiants sont farouchement nationalistes, et revendiquent l’indépendance du Baloutchistan … en omettant toutefois de mentionner que les tribus Baloutches n’ont jusqu'à présent jamais réussi à s’entendre entre elles.


Samedi 27 Décembreje reprends du désert ce matin, sous l’œil vigilant d’une nouvelle escorte de policiers. Des fois ils me suivent, des fois ils me précèdent, c’est selon le chauffeur. Je ne sais trop quoi préférer. Quand le véhicule est derrière, j’ai souvent l’impression qu’il me pousse et quand le véhicule est devant, je me retrouve de temps à autre dans la ligne de feu des mitraillettes des soldats assis à l’arrière, et ça ne me met pas particulièrement à l’aise …

Après une quarantaine de kilomètres de plat désert, je découvre au loin quelques montagnes … et le désert s’incline doucement, je commence à monter. Les paysages sont à couper le souffle, les montagnes arides tranchent avec les oasis qui s’étendent juste à leur pied.

Magnifique Baloutchistan

Plus ça va et plus le désert s’incline, la pente augmente jusqu'à 5%, et la route reste toujours aussi droite. Visuellement c’est étonnant.

Ci-dessous, la dernière escorte du jour, celle qui me conduira jusqu'au poste de police de Mach où je passerai la nuit.


Police Escorte de police


Dimanche 28
Décembre : j’y suis presque, Quetta n’est plus qu’à 70 km … et comme hier j’ai déjà bien grimpé, il ne me reste plus que 900 mètres de dénivelé jusqu’au col de Bolan, la limite sud-est du plateau sur lequel repose Quetta. Les températures y sont fraîches, l’altitude se fait sentir (1 800 m) ... et je célèbre là-haut mon dix millième kilomètre. C'est une information importante, Bangkok est situé à 10 000 km de Quetta, qui l'eut cru !?

Quetta en vue ...


Lundi 29
Décembre 08 - jeudi 1er Janvier 09 : je prends quelques jours de repos à Quetta ... et je passe en mode hiver, les températures se sont bien rafraîchies ces derniers jours. Je range mes affaires d’été, et notamment mes sandales, au fond des sacoches et je ressors mes affaires d’hiver : gants, bonnet, chaussettes, etc. Les trois prochains mois en Iran et en Turquie seront froids, mais j’espère un franc radoucissement pour mes premiers tours de roue en Europe, normalement début avril en Grèce …

Quetta est la capitale du Baloutchistan, et c’est d’ailleurs la seule ville de taille significative dans la province. Sa situation unique entre le Moyen-Orient, le sous-continent Indien et l’Asie centrale lui ont fourni au fil des années une riche diversité ethnique, avec de nombreux Pashtouns, Baloutches et plus récemment Afghans.

Ci-dessous à gauche, dans les rues de Quetta avec les montagnes en arrière-plan ... et à droite, une publicité pour un des trop nombreux magasins d'armes à feu.

Mannan chowk ... Quetta Vendeur d'armes

Ci-dessous, dans le quartier du bazar Kandhari.

Stationnement interdit Quetta streets ...

En fin de journée les enfants grimpent sur le toit de leur maison et sortent leur cerf-volant. Il y en a trop pour les compter, il y en a partout …

Enfants jouant au cerf-volant

Ce soir le soleil se couche pour la dernière fois en 2008 … demain sera une nouvelle année !

Quetta sunset


Lu dans la presse Pakistanaise : les chauffeurs routiers Pakistanais qui traversent le Baloutchistan en direction de l’Iran viennent de décréter une grève illimitée pour exprimer leur ras-le-bol. D’après l’article, ils seraient la cible privilégiée des bandits qui agissent dans la région, ces derniers volant la marchandise et confisquant les véhicules jusqu’au paiement d’une rançon. La police serait impuissante ou complice, ce n’est pas sur …

De deux choses l’une, ou bien les bandits sus-évoqués profitent de la grève pour regarder la télé et siroter tranquillement leur tchaï (thé), ce qui serait une bonne nouvelle … ou bien ils se reconvertissent dans le détournement de vélos verts et alors j’ai du souci à me faire !!


Vendredi 2 Janvier :
j’attaque ce matin la traversée du désert, 650 km de pierres et de sable entre Quetta et l’Iran en longeant le sud de l’Afghanistan. J’ai prévu cinq jours, c’est ambitieux, mais compte-tenu du nombre limité de villages sur la route, je n’ai de toute façon pas le choix.

Je pars à la fraîche dès les premiers rayons du soleil, à peine retardé par le réceptionniste de l’hôtel qui avait rêvé de me faire payer six nuits pour quatre jours … ben voyons. La police ne semble pas s’être réveillée et je sors de Quetta sans escorte, ce qui ne m’inquiète pas, je sais qu’ils sauront bien me retrouver en chemin.

La route n’est pas très bonne et le vélo sautille beaucoup, mais avec un mou dans la démarche que je ne lui reconnais pas. C’est nouveau, et il y a clairement quelque chose de différent ! J’inspecte mon compagnon de long en large et qu’est ce que je m’aperçois-je !?  Eh bien je viens de crever, enfin il vient de crever, à l’arrière bien évidemment. C’est un véritable événement, c’est la première crevaison depuis Bangkok, c’est la première crevaison en plus de 10 000 km de voyage. Cela devait bien arriver un jour … et c’est à un bon vieux clou Baloutche tout rouillé que je dois l’honneur de sortir ma chambre à air de secours. Voilà, et 15 minutes plus tard je suis reparti …

Les paysages sont arides … mais les reflets du soleil sur les montagnes et les arabesques des nuages dans le ciel offrent un spectacle particulièrement divertissant. Je ne m’ennuie pas et j’avance tranquillement.

Montagnes Baloutches ...

Les constructions sont extrêmement rares et elles se fondent admirablement dans le paysage. A l’évidence les matériaux ne viennent pas de très loin … ci-dessous à gauche, une mosquée en terre.

Mosquee Policiers

Et puis un peu plus loin, la police retrouve ma trace (ci-dessus à droite). « On vous attendait » qu’ils me disent ! Et bien me voilà. La police m’escortera pendant une cinquantaine de kilomètres et disparaitra comme elle est venue. Ce sera la dernière escorte du jour et ce sera la dernière escorte de tout mon séjour Pakistanais. Je tiens à les remercier pour leur gentillesse et leur patience, car tous ont accepté de me laisser pédaler … même quand ça montait.

La voie ferrée fait partie du paysage du désert du Baloutchistan ; tantôt à gauche, tantôt à droite de la route, elle constitue un point de repère fort utile quand il n’y a rien d’autre autour (photo ci-dessous). Les trains par contre sont peu fréquents, il n’y aurait qu’un train de marchandise par semaine et deux trains de passagers par mois ... tous régulièrement attaqués par les bandits qui sévissent dans la région !!

Attention au train ... C'est tout droit ...

Ci-dessous, un troupeau de dromadaires occupés à brouter les quelques herbes sèches qui ont réussi à pousser entre les cailloux. La vie réapparait progressivement au fur et à mesure que je me rapproche du petit village de Nushki.

Dromadaires ...

Nushki, situé à 150 km de Quetta, constitue la fin de mon étape du jour. Il y a une « resthouse » du gouvernement, c’est une auberge généralement utilisée par les fonctionnaires de passage … et occasionnellement par les voyageurs. On me donne la « suite présidentielle », sans eau chaude, comme d’habitude, mais avec une pièce dédiée aux prières !


Samedi 3 Janvier : ce matin en partant de Nushki, je ne peux ne pas remarquer que les drapeaux flottent au vent, parfaitement horizontalement, et claquent régulièrement sous l’effet des plus fortes rafales. Le ton est donné, aujourd’hui il y a du vent, et malheureusement il vient d’ouest ! Le ciel est couvert, le soleil est loin derrière, tout est gris. Le sable vole et me pique le visage. La route, mauvaise, est en travaux. J’avance péniblement à 10 – 11 km/h. En route les Baloutches me demandent 10 fois, 20 fois, 100 fois des crayons … ce sont surtout les enfants, mais même des adultes mendient ainsi, certains allant jusqu’à faire demi-tour avec leur mobylette pour venir me demander un crayon !! Moi qui me bat dans le vent avec mon vélo, et eux sur leur mobylette, franchement la scène est cocasse … mais elle m’exaspère. Ce n’est pas de leur faute, je ne leur en veux pas … j’en veux au touriste qui est passé ici il y a quelques années et qui a distribué inconsidérément des crayons. Voilà le résultat, et pour combien d’années encore !? Quand j’arrive enfin à Padag, exténué de mon combat contre les éléments, j’apprends que la « resthouse » du village est fermée depuis 10 ans (mon guide n’est pas à jour !!) et l’on me redemande des crayons !!

Finalement je trouve refuge dans la remise à oignons d’un restaurant. La pièce est vaste et fera parfaitement l’affaire. Le restaurant possède même une salle de bain avec de l’eau non courante chauffée au feu de bois. La fumée pique les yeux, et mes vêtements sentiront la fumée pendant plusieurs jours, mais c’est ma première douche chaude depuis bien longtemps. J'apprécie. Par contre la porte de la remise ne ferme pas, je vais donc avoir pendant la nuit la visite de plusieurs curieux, vraiment honnêtement curieux, puisqu'ils n'hésiteront pas à allumer la lumière pour ne rien louper du spectacle … et d’autres plus intéressés qui me réveilleront pour que je leur tire le portrait avec mon appareil photo !! Mais à minuit, je suis déjà au milieu de ma nuit, et je suis d’une humeur particulièrement maussade quand on me réveille pour un motif aussi futile !! Je crois que le message est passé … ils n'ont pas insisté.


Dimanche 4 Janvier : le vent souffle toujours ce matin, mais il a changé de sens … et c’est un détail qui change tout ! Je ne sais par quel miracle, mais il souffle maintenant d’est, il est pile poil dans mon dos, et pour une distance similaire à celle d’hier (100 km), je passe 4h00 de moins sur le vélo !

Ci-dessous, un puits et une mosquée au milieu de nulle part ... et de quelques dunes de sable.

Puit et mosquee reunis

Ce soir je dors à Dalbandin, c’est presqu’une ville, et c’est la plus grande agglomération à 300 km à la ronde. Il y a même un hôtel ! Dalbandin, m’a t’on confié discrètement, serait une base arrière secrète des Talibans. Ceux-ci auraient pris pour habitude de déborder un peu au sud de l’Afghanistan quand les combats y sont trop intenses … rassurant !!


Lundi 5 Janvier : Ce matin j’embarque pour une étape marathon, il y a un peu plus de 170 km jusqu’à Nokkundi, le seul et unique village avant Taftan et la frontière Iranienne …

Ce genre d’étape, toujours un peu intimidante à première vue, s’appréhende en quatre phases distinctes : la première consiste à passer sous la barre des 100 km restant à parcourir (ici après 70 km), la seconde consiste à franchir la moitié de la distance (ici 85 km), la troisième consiste à dépasser les 100 km parcourus … et enfin la dernière phase, généralement la plus longue et la plus pénible, consiste à égrainer les derniers kilomètres restants. Tout est dans la tête, et il faut savoir se fixer des sous-objectifs raisonnables pour ultérieurement atteindre de plus grands objectifs, du moins c’est ma stratégie, et jusqu’ici j’en suis plutôt satisfait.

Pourtant aujourd’hui je n’aurai pas le temps de la mettre en pratique ; le vent, toujours très bien orienté, et redoublant de puissance par rapport à hier, me projette directement en phase 4. Je viens ainsi de couvrir les 100 premiers kilomètres en tout juste 3h00 … ma vitesse oscillant entre 30 et 40 km/h !!

C'est tout plat

Le vent baissera ensuite d’intensité … et les derniers 70 km seront plus longs.

Quand j’arrive à Nokkundi, j’apprends que là aussi la « resthouse » est fermée depuis plusieurs années … donc là encore, je finis par passer la nuit dans un restaurant, mais cette fois-ci la porte ferme –à peu près- et j’éviterai ainsi les visites inopportunes du milieu de la nuit !!


Dimanche 6 Janvier : la nuit fut bonne, calme et réparatrice. Ci-dessous ce sont mes deux hôtes en train de préparer le thé et quelques galettes de pain ! Il fait 2, et ils ont froid aux oreilles ... moi aussi d'ailleurs !

Petit dej en famille

Je suis fin prêt pour la dernière étape de la traversée du désert, il ne me reste plus que 130 km … et, signe que je suis bien sur la bonne route, un panneau rappelle tous les 20 km environ qu’il s’agit bien de la direction à suivre pour se rendre en Europe !!

EUROPE !!!  Via Taftan ...

Les paysages sont plats et arides, la circulation est nulle … il n’y a rien, rien, rien … que du rien, rien que du rien, plein de rien et rien d’autre. C’est le désert dans toute sa splendeur.

Ce n’est qu’en arrivant à proximité de Taftan que je croise enfin quelques véhicules, tous acrobatiquement chargés d’essence bon marché (venant d’Iran) et de bois servant de combustible (ci-dessous à gauche).

Pick-up de bois et de petrole dead cow ...

Taftan, 16h00 (photo ci-dessous) : ma traversée du désert Baloutche s'achève ici. Le pari est gagné : le vent m’a bien aidé, les Talibans m’ont laissé tranquille et les bandits de la région avaient mieux à faire, tant mieux. Mais tout le monde n’aura pas connu un sort aussi avantageux, comme en témoignent les quelques carcasses d’animaux que j’ai rencontré en bord de route … et qui font froid dans le dos !! (ci-dessus à droite).

Ugly taftan ...

Comme l'indique le panneau ci-dessus, l'Iran c'est tout droit, avec Zahedan dans un premier temps et Téhéran un peu plus loin !! L’aventure continue de l'autre côté de la frontière …



Le fait marquant au Pakistan

C’est incontestablement la curiosité naturelle des Pakistanais. Leur conversation sort largement de l’ordinaire et s’engage rapidement sur le terrain politico-religieux. En un mot comme en cent, on ne parle pas du temps qu’il fait avec les Pakistanais. Ils ont soif de comprendre le monde et que le monde les comprenne. Les Pakistanais se retrouvent bien malgré eux au cœur d’une guerre qu’ils n’ont pas souhaité et qui a été fabriquée de toutes pièces par les puissances occidentales (Cf. la création des extrémistes Talibans par les Etats-Unis pour contrer les Soviets en Afghanistan dans les années 80). Cette proximité avec le terrorisme nuit à leur image et ils en sont conscients, ils veulent s’en démarquer et aussi exprimer leur tolérance, parfois étonnante, sur les questions religieuses. Ce ne sont pas des fanatiques …

Actualité oblige, les bombardements perpétrés par Israël en Palestine sont aussi évoqués, et en temps que représentant des puissances de l’ouest (et oui, c’est ce que je suis à leurs yeux), ils attendent des justifications, des explications rationnelles sur pourquoi, alors que les roquettes du Hamas n’ont fait « que » 24 victimes en 4 ans du côté Israélien (mais 24 victimes de trop évidemment), cela peut justifier 400 victimes en 4 jours du côté Palestinien. Quel est la logique comptable derrière tout cela !?? Et pourquoi l'ONU laisse faire ? Des questions embarrassantes, vous en conviendrez …




J'ai aimé / je n'ai pas aimé au Pakistan


j'ai aimé je n'ai pas aimé
les gens la fumée blanche et âcre des autorickshaws de Lahore
la richesse culturelle de Lahore la poussière et la boue sur la route
les bazars manger avec les doigts de la main droite
(je suis gaucher !)
les petits ânes tirant courageusement leur charrette la semi-liberté des femmes
les dromadaires l’omniprésence des armes à feu
les montagnes désertiques du Baloutchistan la nécessité de se faire escorter par la police sur certaines routes 
les extravagantes décorations des camions les hôtels qui refusent les étrangers
le thé au lait .




Les informations pratiques à propos du Pakistan :

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  • niveau de pollution atmosphérique : très mauvais à Lahore (les autorickshaws sont terribles) mais plutôt bon ailleurs. Les camions en général fument peu.
  • météo en décembre 2008 : trois journées de pluie pour un mois complet de grand soleil et des températures clémentes pour la saison (pas de gelée).
  • état des routes : bon, moyen et parfois vraiment mauvais, surtout dans les villes.
  • densité du trafic : moyen à faible.
  • comportements sur la route : mauvais et agressifs à Lahore mais bons ailleurs. Mention spéciale aux routiers, véritablement exemplaires, et bonnet d'âne aux chauffeurs de bus, comme d'habitude ...
  • traits de caractère : généreux, curieux, anglophones, intéressés et intéressants.
  • hospitalité : très bonne et des fois très mauvaise (cf. les hôtels qui refusent d'accueillir les étrangers).
  • cuisine : de la viande, beaucoup de viande (compare au Népal et à l'Inde), du poulet, du mouton et de la chèvre accompagné de pain, de lentilles, de pommes de terre … et aussi parfois de riz. A noter également la petite salade de légumes crus (oignons, tomates, carottes, radis) qui est fournie en supplément avec une assiette de fromage frais.
  • quelques prix : le litre et demi d'eau potable = 30 Rps, un repas dans la rue = 50-100 Rps et une nuit en auberge standard = 250-500 Rps.
  • dépenses moyennes par jour : 10 Euros/jour.
  • la langue : assalam aleikoum (bonjour) et shoukriya (merci).
  • la phrase qui sauve : mai francici ou (je suis Français). C'est très utile, car la question de la nationalité se pose environ toutes les 10 minutes.
  • la question la plus souvent demandée (après la nationalité) : "que pensez vous du Pakistan ?". L’intérêt, voire l’angoisse, de savoir comment le pays est perçu par les étrangers est partagé par beaucoup de Pakistanais.
  • les prénoms : Shahid pour un homme et ?? pour une femme. En un mois et demi au Pakistan, une seule femme m'a adressé la parole ... et je n'ai pas eu le temps de lui demander son prénom !!
vers le carnet précédent : l'Inde *** vers le carnet suivant : l'Iran



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