Rose des Vents

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Le carnet de voyage au Népal ...                              (1 028 km / 02 Oct. - 06 Nov. 2008)
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Nouvelle embleme non royale du Nepal         Nepal 
.



Les informations générales (valides en Septembre 2008)

  • Capitale : Katmandu.
  • Superficie : ~ 147,180 km2 (= 0.2 x France).
  • Population : ~ 26.6 millions d'habitants (= 0.4 x France).
  • Densité : 181 habitants / km2.
  • Langues : Népalais et Anglais.
  • Principales religions : Hindouisme (81%), Boudhisme (10%) et Islam (4%).
  • Indice de Développement Humain (IDH) : 0.527, soit le 138ème pays sur 177. Qu'est-ce-que l'IDH ?
  • Système politique : République Démocratique Fédérale (depuis Mai 2008 seulement).
  • Ancien roi mis en retraite forcée : Gyanendra Bir Bikram Shah Dev (entre Juin 2001 et Mai 2008).
  • Président : Ram Baran Yadav (depuis Juillet 2008).
  • Premier Ministre : Pushpa Kamal Dahal dit Prachanda "le féroce" (depuis Août 2008). Il est également le président du Parti Communiste Maoïste Népalais ...
  • Taux de croissance 2006 : 1.9%.
  • Monnaie : Roupie Népalaise (NPR), 1 Euro = ~ 100 Roupies.
  • Principaux produits importés : produits pétroliers, machines outils, équipements de transport, appareillages électriques et de communication, produits chimiques et médicaments.
  • Principaux produits exportés : tapis, vêtements, herbes et huiles térapeutiques, pashmina et jute.



La carte du Népal avec l'itinéraire suivi (en vert)


Nepal



Le récit du voyage au
Népal avec les meilleures photos :

Jeudi 2 Octobre (suite du Tibet) : 14h15, je viens de traverser la frontière Chinoise et je pénètre dans la zone tampon qui sépare la Chine du Népal. Le poste frontière Népalais est situé 8 km plus bas … et au loin, des nuages d’orage s’accumulent doucement le long du versant ouest de la vallée …

J’arrive une demi-heure plus tard à Kodari, et j’y découvre le chaos dans toute sa splendeur : voyageurs et aventuriers de tous poils, venez donc ici testez vos nerfs et votre sang froid ! Il y a là une marée humaine composée de visages d’un type nouveau, plus fins, plus sombres et qui m’indiquent sans transition que dorénavant je vais évoluer sur le sous-continent Indien … la Chine, c’est fini !! Tous ces gens vont et viennent en transportant sur leur dos de volumineux paquets. Ils serpentent entre une multitude de camions garés au milieu de la route. J’essaie d’en faire de même, mais mon vélo est trop large, les camions sont trop serrés … et la route est bien trop étroite. Je finis par me retrouver bloqué entre deux camions, et du même coup je bloque tout le monde. Je démonte mes sacoches, et finalement je passe … je progresse ainsi sur plusieurs centaines de mètres pour finalement parvenir au poste frontière proprement dit. Enfin c’est ce que j’ai cru lorsque j’ai vu une grille en travers de la route qui était gardée par plusieurs soldats. Mais non, car sur la gauche il y a une petite porte ouverte où certains piétons s’engagent. Il y a une marche à franchir et le passage fait tout juste un mètre de large. Là encore je bloque tout le monde … et ceux qui souhaitaient passer en sens inverse doivent reculer, je m’en excuse …

De l’autre côté de la grille, le décor est identique, avec la même densité humaine … cela devient oppressant. Les soldats sont nombreux mais semblent impuissants devant ce flot ininterrompu. Les malheureux bâtiments qui bordent le côté gauche de la route donnent à l’ensemble une ambiance de bidonville … et dans ce capharnaüm, je cherche en vain qui voudra bien tamponner mon passeport ; à chaque fois on m’indique d’avancer … donc j’avance … tant et si bien que je passe devant le guichet de l’immigration sans le voir. On me court après, c’est une chance, et je reviens sur mes pas pour me présenter au guichet. Tout est en ordre, et j’ai gagné le droit de me replonger dans cette marée mi-humaine / mi-camionesque … lorsqu’il se met à pleuvoir. De mieux en mieux …

Certains camions tentent de s’extraire de la mêlée, et ça se met à klaxonner de tous les côtés. Les camions qui bougent finissent par complètement bloquer les piétons … et à chaque virage ils se frottent aux angles des maisons. Cela dure une bonne heure, le temps que l’averse se dissipe.

Je n’avais vraiment pas imaginé mon arrivée au Népal dans ces conditions … mais ma déception est fortement atténuée par cette nécessité impérieuse de faire face, et d’appréhender rapidement l’intégralité de ce nouvel environnement dans lequel j'évolue maintenant, quelqu'il soit.

Quand finalement je réussis à parvenir hors de cette folie furieuse, je m’arrête au bord de la route et je recouvre doucement mes esprits. Je regarde en arrière et je ne vois plus qu’un enchevêtrement de montagnes au pied desquelles serpente un torrent 
(photo ci-contre).

Je prévois dormir ce soir à Barahabise, la première ville Népalaise sur la route de Katmandu. Il ne me reste plus qu’une trentaine de kilomètres à parcourir aujourd’hui, mais la chaussée est en mauvais état et de nombreux glissements de terrain ont entrainé le bitume plusieurs dizaines de mètres en contrebas.

J’avance doucement … mon nouvel environnement me rappelle la Thaïlande : la chaleur, l’humidité, les rizières, le ciel blanc … et la conduite sur le côté gauche de la route.


Alors que je m’installe ce soir au dernier étage de ma guesthouse, j’entreprends de ressortir mes affaires d’été et d’enterrer mes affaires d’hiver tout au fond  de

Adieu Tibet ...
mes sacoches. Manifestement je vais avoir chaud au Népal … et puis ce soir je suis aussi de corvée de mise à l’heure des pendules : le Népal est 2h15 en retard sur la Chine, ce qui me met maintenant à seulement 3h45 de la France. Je me rapproche.


Vendredi 3 Octobre :
objectif Katmandu aujourd’hui. Je ne suis plus qu’à 88 km de la capitale du Népal, la route est sensée descendre gentiment, cela ne devrait donc être qu’une formalité …

Oui mais, cela ne s’est pas déroulé ainsi … et cette journée que j’ai commencé bien trop tard s’est finie dans des conditions dignes de mon arrivée hier à Kodari.

Je pars ce matin vers 10h00, confiant, mais après seulement 4 km le premier obstacle de la journée se présente : une coulée de boue obstrue le passage et un minibus un peu optimiste est embourbé au beau milieu. Je démonte mes sacoches et je traverse en portant le vélo sur mon épaule. J’ai de la boue jusqu’à mi mollet mais j'ai épargné le vélo.

Je continue … et 6 km plus loin, nouvel obstacle : des bus bloquent les deux voies de circulation. Les passagers sont descendus et rendent la situation visuellement encore plus confuse. Je me faufile et une demi-heure plus tard, j’arrive devant le nœud du problème, c’est « juste » un bus mal garé au bord de la route qui bloque tout le monde …

Mais je ne suis pas le seul ... Katmandu, j'arrive ...

Si ça continue comme ça, je ne vais jamais arriver aujourd’hui à Katmandu ! D’autant plus que la descente qui devait m’accompagner toute la journée s’est rapidement muée en une terrible ascension de plus de 1 000 m sous une chaleur écrasante, ce dont je n’ai plus trop l’habitude. J’ai les jambes molles, je manque de jus … la défaillance n’est pas loin.


Rizieres ...

A 16h30 je parviens à Dhulikhel, c’est la fin de l’ascension. Il n’est que 16h30 mais la lumière est déjà rasante … Katmandu est à 30 km, je vais y arriver à la tombée de la nuit. J’hésite à passer la nuit à Dhulikhel, ce serait raisonnable, mais l’envie de vraiment arriver et surtout de « me poser » enfin plusieurs jours au même endroit est plus forte. Je continue …


La route ne monte plus,
certes, mais le trafic, les pierres, les trous et surtout la poussière rendent cette dernière portion particulièrement pénible. Lorsque j’arrive à Katmandu, il fait déjà presque nuit et j’éprouve les pires difficultés pour m’orienter dans la ville. Je tourne en rond. Par endroits la foule a envahi les rues pour célébrer le festival de Dasain, le grand festival annuel Népalais qui a justement lieu en ce moment. La circulation est totalement anarchique, sans logique, sans respect des autres. Il fait nuit maintenant et les rues sont noires, l’éclairage public ne fonctionne pas.

Quand une heure plus tard je trouve un endroit où dormir dans le quartier touristique de la ville, j’apprends que la production d’électricité du Népal n’a pas réussi à suivre l’évolution exponentielle de sa consommation, et que par conséquent les coupures sont quotidiennes et durent généralement 3 heures, de la tombée de la nuit (c’est pratique !!) jusqu’à environ 20h30 ou 21h00.

Je prends ma douche à la lueur d'une bougie …
et je me dis que dorénavant, il va falloir que je me lève plus tôt le matin !!


Samedi 4 Octobre – Jeudi 16 Octobre : c’est ma première vraie escale depuis mon départ de Bangkok, je m’arrête pour la première fois au même endroit pendant un peu plus de dix jours. Je peux me le permettre, car avec 7 000 km en trois mois, je suis en avance sur mon plan de route.

Pendant ces dix jours, je vais alterner les visites à pied autour de Katmandu et la rédaction de mon carnet de voyage au Tibet. Je vais aussi profiter de ce temps de repos pour nettoyer à fond mes affaires et faire réviser mon vélo : il doit pouvoir rallier la Turquie, c'est-à-dire les prochains 7 000 km, sans nécessiter d’intervention majeure.


Katmandu
est une grande ville, et avec près d’un million d’habitants, c’est la seule véritable agglomération du pays.

Décrire Katmandu constitue un drôle d’exercice, et il est difficile de savoir par où commencer. Katmandu est une saturation des sens de tous les instants, c'est autant un plaisir qu’une épreuve …

Il y a d’abord la densité humaine, il y a des gens partout dans les rues … et puis il y a la densité des bâtiments, qui à l’image des constructions du moyen-âge, se rapprochent au fur et à mesure des étages pour presque se toucher en leur sommet. Cela suffit déjà à créer un beau fouillis, mais ce n’est pas tout, il faut rajouter les vélos, les rickshaws, les motos, les taxis … et leur klaxon assourdissant.

Katmandu Katmandu

Les ruelles sont étroites, il n’y a pas de trottoir, parfois pas de bitume … les ordures s’entassent à même le sol et quelques vaches sacrées y cherchent leur repas du jour. Il y a aussi de nombreuses chèvres, nettement moins sacrées les pauvres, et qui sont généralement saignées au milieu de la rue …

Les odeurs sont fortes, tout se mélange : la poussière, la pollution, les ordures, la viande, le sang, les excréments, les épices … le nez se met rapidement en grève, il n’en veut plus, il n’en peut plus …

Katmandu

Au milieu de tout cela, il y a aussi une multitude de statues honorant les Dieux Hindous, où il est d'usage d’amener des offrandes chaque matin.

Katmandu Ganesh

Ci-dessus à droite, c'est Ganesh, le Dieu Hindou de la prospérité et de la sagesse. L’association des deux termes peut surprendre, mais à l’heure où le système financier mondial s’écroule, il semble pourtant particulièrement judicieux ... où quand les financiers feront enfin preuve de sagesse, alors peut-être verrons nous un monde prospère … il est permis de rêver !!

Ci-dessous à gauche, devant un temple Hindou … et à droite, un des nombreux vélos transformés en échoppe de fruits et légumes.

Katmandu Katmandu

Ci-dessous à gauche, un réparateur de vélos … et à droite, un chauffeur de rickshaw pendant la sieste. Les deux roues non-motorisés sont encore très nombreux.

Reparateur velo Rickshaw


Situation politique au Népal : c’est LA grosse surprise que j’ai eu en arrivant au Népal. Après avoir eu tout loisir d’observer pendant des semaines les ravages de l’œuvre destructrice du Chairman Mao au Tibet –et en Chine- je ne m’attendais pas à trouver un premier ministre Maoïste démocratiquement élu au Népal !!

C’est récent, cela remonte au mois d’Août de cette année : Pushpa Kamal Dahal dit Prachanda "le féroce" est alors devenu le premier ministre du Népal.

Pour l’instant en tout cas, de l’avis général, il ne semble pas avoir fait pire que ses prédécesseurs et son élection a au moins permis de restaurer la paix dans un pays en situation de guerre civile depuis 12 ans.
Parti Maoiste ...

Le terme même de « Maoïste » pourrait être abandonné prochainement devant les trop nombreuses questions qu’il soulève chez les généreux donateurs étrangers, qui contribuent à 60% du budget de développement du pays.


Héritage culturel : Katmandu et sa proche vallée recèlent de nombreux trésors architecturaux datant du XVII et XVIII siècle. En effet, c’est à cette époque que les trois royaumes voisins de Katmandu, Patan et Bhaktapur se lancèrent dans une farouche compétition architecturale. L’histoire n’a pas tranché qui avait gagné ce concours de frime, mais il y a tout de même eu un vainqueur, c’est le roi de Gorkha, qui en envahissant les trois royaumes en 1769, réussit du même coup à unifier le Népal pour la première fois de son histoire.

Ci-dessous, la place du palais de Katmandu (Durbar square) avec au premier plan à droite le temple dédié à Shiva et Parvati (les parents de Ganesh).

Durbar Sq. Katmandu

Ci dessous, quelques détails du Durbar square de Katmandu ...

Durbar Sq. Sculptures


Ci-dessous, le Durbar square de Bhaktapur, second des trois royaumes en lice ...

Baktipur

Baktipur Baktipur

... avec ci-dessous à droite le temple Nyatapola, qui du haut de ses 30 m et 5 étages est le plus haut temple du Népal.

Baktipur
Baktipur


Enfin, voici ci-dessous le 
Durbar square de Patan, troisième des trois royaumes en lice ...

Patan

Ci-dessous, devant l'entrée du palais royal ...

Patan ...
\
patan patan

Ci-dessus à droite, le spectacle de la rue est tel qu’il est fréquent de voir les Népalais et Népalaises littéralement pendus à leur fenêtre !!


Ci-dessous, le monastère Bouddhiste de Bodhnath, principal site religieux de la communauté Tibétaine exilée au Népal.

Bodhnah Bodhnah


Et ci-dessous, voici le dernier temple que je visite à Katmandu, le temple Bouddhiste de Swayambhunath, perché tout en haut d'une colline à l’ouest de la ville …

Swayannat ... ?

… d’où l’on dispose d’une vue imprenable sur Katmandu ... et son nuage de pollution.

Katmandu ... vue de haut.

En quelques jours seulement, j’ai réussi à (re)développer les principaux symptômes liés à la pollution : toux sèche, éternuements à répétition, nez qui coule, yeux irrités, etc … il est temps pour moi de partir, et de fuir la ville après en avoir malgré tout bien profité.


Vendredi 17 Octobre : je pars de Katmandu dès 7h00 ce matin … c’est une journée de reprise après plus de 10 jours de repos, je vais donc y aller doucement ... doucement ... mais la route monte, monte, et monte encore ...

Forte cote ... Buisson mouvant ...

Ci-dessus à droite, une femme pliée en deux sous son lourd fardeau. Ces « buissons mouvants » comme j’ai fini par les nommer, sont un spectacle fréquent sur le bord des routes du Népal …

La route que j’emprunte aujourd’hui relie les deux principales villes du pays, et le trafic, sans être particulièrement chargé, nécessite toutefois une attention de tous les instants. Je ne me suis toujours pas habitué à l’inconscience flagrante qui semble dicter la conduite de la majorité des bus et des camions Népalais. Ils se comportent comme si la route était en sens unique …

DANGER Chaud devant

... et les accidents sont nombreux, il suffit de lire les journaux locaux ou de se pencher au bord des ravins pour s'en convaincre.

Au fil des heures, je réalise que cette journée de reprise est en train de se transformer en une véritable étape marathon. A 16h00, j’ai déjà parcouru 120 km et Bandipur, ma ville-étape du jour, est encore distante d’une vingtaine de kilomètres.

Rizieres ...

A 17h00, j’arrive au niveau de l’embranchement en direction de Bandipur : la ville n’est alors « plus qu’à » 8 km … mais, et c’est un détail important qui m'avait échappé, elle est aussi 600 m plus haut ! Et 600 m à monter en 8 km, ça nous donne un pourcentage moyen de 7.5% …

Je vais en avoir pour deux bonnes heures minimum, surtout en cette fin de journée et avec les kilomètres que j’ai déjà dans les jambes. Comme la nuit va tomber dans une heure, je vais devoir finir de nuit … j’hésite à me lancer ... mais la tentation est trop forte, je ne résiste pas à l’idée de me mesurer dès maintenant à la pente !!

Les locaux rigolent en me voyant bifurquer en direction de Bandipur, il y en a même un qui va jusqu’à me proposer de me conduire en jeep. Oui mais non, voila qui n’est pas possible, moi je pédale, et je pédalerai jusqu’au bout !! Incrédulité de mon interlocuteur … qui manifestement n’en comprend pas l’intérêt.

J’avais vu juste au niveau de la pente, j’attaque tout de suite avec du 7-8% … et puis cela grimpera même jusqu’à 12%. Ca tire sur les cuisses, je n’ai plus vu de telles pentes depuis le Viêt-Nam. Je suis contraint à de nombreux arrêts, mais qui s’en plaindrait ? Le soleil se couche lentement sur l’Himalaya, la route est déserte, le ciel est dégagé et il n’y a pas de vent … j’ai tout mon temps, il y a beaucoup de choses à apprécier, à quoi bon courir ?

Himalaya ... Dans le noir ...

Vers 18h00 il fait nuit. Il me reste encore 4 km pour parvenir jusqu’à Bandipur, 4 longs kilomètres dans la nuit étoilée et dans un silence uniquement troublé par les bruits de la forêt … cela fait partie des moments rares et privilégiés d’un voyage à vélo.


Samedi 18 Octobre : bienvenue à Bandipur !

Himalaya !!

Bandipur est un paisible petit village perché tout en haut d’une montagne, l’architecture du XVIII siècle y a été magnifiquement préservée … et tous les véhicules sont interdits dans le centre ville.

Bandipur Maison traditionnelle ...

Ci-dessus, quelques maisons traditionnelles en pierres ou en briques.

Ci-dessous, un temple perdu au milieu de la 
forêt.

Temple de Bandipur ...


Dimanche 19 Octobre : Je quitte Bandipur et je me dirige vers Pokhara.

En partant de Bandipur ...


Lundi 20 Octobre : je m’arrête quelques jours à Pokhara.

Pokhara est une petite ville qui jouit d’un environnement réellement exceptionnel : à l’ouest, le grand lac Phewal Tal s’étend sur plusieurs kilomètres et au nord, au nord … les Annapurnas semblent crever le ciel !! Admirez ...

Pokhara depuis world peace pagoda

Ci-dessus, tout à gauche l'Annapurna (8 091 m) et plus à droite, de forme pyramidale, le Machhapuchhare (6 997 m). Ce dernier, de par sa proximité, parait plus haut qu'il n'est en réalité.

Ci-dessous, un coucher de soleil pas comme les autres sur la vallée de Pokhara ...

Coucher de soleil ... ... dramatique


Comme j’ai eu un peu de temps libre à Pokhara, j’ai lu les nouvelles dans les journaux locaux … et voici quelques titres sélectionnés à la volée :
  • Le Premier Ministre Maoïste s’est rendu la semaine dernière à New York pour une réunion des Nations Unies. Il a admis que le terme « Maoïste » pourrait être prochainement abandonné.
  • Crise financière : Le Népal considère son extrême pauvreté comme une garantie qu’il ne sera pas directement affecté par la crise. Malgré tout, indirectement, le pays devrait souffrir via une baisse du tourisme et la réduction des budgets d’aide au développement des pays donateurs.
  • Le centre de traitement de déchets de Sindhuli sera plein dans trois semaines. Aucune solution n’est envisagée … à part recommencer à balancer dans la rivière, comme il était coutume de faire il y a 20 ans …
  • Est-ce-que le gouvernement doit continuer de sponsoriser le sacrifice d’animaux pendant le festival de Dasain ? La question est maintenant posée.
  • Un avion s’est écrasé près de la localité de Lukla, tuant 18 personnes dont 16 touristes étrangers. Il y a environ un crash de ce type par an au Népal …
  • Thai airways va augmenter le nombre de ses vols entre Bangkok et Katmandu, passant ainsi de 7 à 10 vols hebdomadaires.
  • Une équipe de scientifiques Japonais vient de conclure une expédition de 20 jours dans l’Himalaya, à la recherche du Yéti !! La mission a échoué, mais plusieurs caméras avec détecteurs de mouvements ont été installées. L’équipe revient dans deux mois ...

Samedi 25 Octobre :
je pars ce matin en direction de Tansen : cap au sud, je tourne le dos à l’Himalaya et je me dirige vers la longue plaine du Teraï … la journée, je le sens, va être facile …

Vers Tansen

Et bien je me suis rarement autant trompé sur le profil d’une journée, car cette journée fut tout sauf facile, avec 130 km au compteur et 2 100 m de dénivelé grimpé, c’est grosso-modo la seconde plus grosse journée de montagne depuis mon départ de Bangkok, Tibet compris.

Une fois de plus, il fait nuit noire quand j’arrive à destination … ça devient une habitude ...


Dimanche 26 Octobre : journée de récupération aujourd’hui. Je me balade dans Tansen, une charmante petite ville de province avec une architecture traditionnelle particulièrement bien préservée …

Tansen

... et datant d'une lointaine époque où les habitants ne dépassaient pas 1,20m (cf. la hauteur de l’encadrement des portes et des fenêtres).

C’est un fait commun au Népal, on se cogne la tête encore et encore jusqu’à apprendre ce qu'est la véritable humilité … celle qui pousse instinctivement à se plier en deux 
à chaque fois que l’on franchit un seuil.


Ci-dessous, la place Sitalpati où se déroule quotidiennement un marché haut en couleurs ...

Marche

Ci-dessous à gauche, des femmes revenant du marché … et à droite, un groupe d'enfants posant de façon plus ou moins décontractée pour la photo (qu’ils ont eux-mêmes sollicité).

Ruelle de Tansen Enfants de Tansen


Tansen vit en équilibre instable : plus que le rationnement de l’électricité qui est facilement surmontable, c’est le manque d’eau, l’absence de traitement des eaux usées et l’absence de traitement des déchets qui posent de gros problèmes. Ce manque criant de ressources et d’infrastructures devient de moins en moins soutenable devant une pression démographique, qui à l’image du pays dans son ensemble, s’accroit chaque jour un peu plus …

… d’où j’imagine l’origine de ce genre de communication (ci-contre) qui indique : « soyez responsable, ne vous comportez pas comme un coq » ou, dirait on en France : « ne vous comportez pas comme des lapins ».

Dont be a rooster

Ci-dessous, deux panneaux mettant en garde contre les chiens méchants ... pourtant pas vraiment agressifs au N
épal.

Dogs
Dogs


Enfin, je finis le tour de Tansen en passant par la station de bus, histoire de voir à quoi ressemblent ces terreurs de la route lorsqu’ils sont à l’arrêt !

Super Luxury Road King ...

Ci-dessus à gauche, une peinture sur le flanc du bus photographié à droite … et si j’avais pris des photos de toutes les peintures de ce bus, j’aurais pu ajouter Mickey, Dingo, le Dieu Ganesh et quelques logos de marques diverses

A noter le klaxon trois tons sur le sommet de la carrosserie et l’indication « SPEED CONTROL » (contrôle de vitesse) sur le pare-choc. D’autres variantes existent avec les très populaires « MY PRIDE MY NEPAL » (ma fierté, mon Népal), « LOW SPEED LONG LIFE » (faible vitesse, longue vie) … et « NO WIFE FREE LIFE » (pas de femme, vie en liberté). Sur le pare-choc arrière, « HORN PLEASE » (klaxonnez SVP) est un incontournable, et il est parfois associé avec « CATCH ME IF YOU CAN » (attrape moi si tu le peux) ou « ROAD KING » (roi de la route).


Lundi 27 Octobre : je pars de Tansen de bon matin avec le ferme espoir que j’en ai enfin fini des montées interminables à 10% … il y a un moment, il va falloir que cela cesse !

Après quelques virages seulement, je tombe sur ce panneau (ci-contre) qui indique « vérifiez vos freins et actionnez votre klaxon à chaque virage » … voilà, maintenant c’est sur, ça va descendre …
Road safety ...
Et  pour  descendre,  ça  descend,  pendant  40 km sans
interruption … et lorsque j’arrive à Butwal, je ne suis plus qu’à 200 m au dessus du niveau de la mer, les montagnes sont derrière, la plaine s’ouvre devant moi à l’infini … tout est plat.



Mardi 28 Octobre : du Parc Lumpini de Bangkok à la ville de Lumbini au Népal, il m’aura fallu quatre mois jour pour jour pour couvrir les 7 300 km qui séparent les deux endroits.

Lumpini ou Lumbini, selon la méthode de transcription utilisée, est le lieu de naissance de Gautama Siddhartha Bouddha. L’homme qui inspirera plus tard une philosophie basée sur la réflexion et la paix est né ici, sous un arbre, au mois de Mai de l'an 563 avant notre ère. Des vestiges de temples et de stupas datant de plus de 2 200 ans indiqueraient le lieu exact de sa naissance. Les ruines sont aujourd’hui protégées dans un pavillon de briques rouges portant le nom de sa mère : Maya Devi (photo ci-dessous, avec un groupe de pèlerins Thaïlandais lui faisant face !).

Maya Devi


Qui était Siddhartha Bouddha !? Siddhartha Bouddha était avant tout un homme, il est né et il est mort. Siddhartha était aussi le Prince du royaume de Kapilavastu, et en tant que tel il passa sa jeunesse confortablement installé à l’intérieur des murs de son palais, sans jamais en sortir. Il se maria et eu même un enfant.

Mais à l’âge de 29 ans, tout bascula ! Siddhartha s’échappa de son palais et fut confronté pour la première fois aux réalités de la vie : il rencontra un vieil homme, un homme malade et le corps d’un homme décédé. Choqué par cette soudaine découverte de la souffrance humaine, il décida alors d’abandonner sa vie de Prince et il se consacra à la recherche de la nature de l’existence humaine. Passant d’un extrême à l’autre, du luxe à l’ascétisme, il réalisa que cette seconde condition ne conduisait pas non plus à la sagesse … et ainsi était née la fameuse Voie du Milieu !!

Siddhartha devint alors Bouddha, et il passa le reste de sa vie à enseigner sa découverte. Il décéda en Inde à l’âge de 80 ans. Le Bouddhisme était né …


Il est à noter que malgré l'opposition de Bouddha à toute forme de déification, l'ensemble des sites associés à sa vie sont devenus au fil des ans d’importants centres de pèlerinage … et lui-même est aujourd’hui célébré comme un Dieu par de nombreux Bouddhistes. Diantre, qu’il est difficile de se faire comprendre par delà les millénaires doit-il se dire aujourd’hui !!

Le site de Lumbini ne fait pas exception : de nombreux temples et monastères ont été construits par les différentes communautés Bouddhistes du monde, ce qui donne un ensemble hétéroclite mais particulièrement intéressant de pagodes, de dragons, de moulins à prières, de stupas dorés et autres escaliers de marbre blanc …

Le Bouddhisme est divisé en deux grands courants de pensée : le Mahayana et le Theravada. Les temples des nations Mahayana sont situés à l’ouest et c’est par eux que nous allons commencer la visite.

Ci-dessous à gauche, le Manang Samaj Gompa, un stupa de style Tibétain construit par des Bouddhistes du nord du Népal … et à droite, un stupa de style Népalais (en construction) avec le temple Sud-Coréen en arrière-plan.

Manang Samaj Gompa Temple Nepalais

Ci-dessous à gauche, le temple Sud-Coréen, un massif ensemble de béton partiellement achevé … et à droite, juste en face, le monastère Chinois Zhong Hua.

Temple Sud Koreen Temple Chinois

Ci-dessous, le temple Viêt-Namien de Phat Quoc Tu, un des temples les plus réussis du parc … et aussi l'un des seuls à avoir l’air fini.

Temple Viet-Namien

Ci-dessous à gauche, le monastère Linh Son, répertorié comme Français (!?) … et à droite, un imposant monastère Tibétain en construction.

Temple de Linh Son, France ... Temple Tibetain en construction

Ci-dessous, le stupa Drigung Kagyud de la fondation Allemande Tara.

Temple de la fondation Tara, Allemagne

Il y a quelques autres monastères Mahayana qui ne sont pas représentés ici, dont de nombreux monastères Tibétains, ce qui n’est pas une surprise compte-tenu de l’importante communauté de réfugiés Tibétains maintenant installés au Népal et en Inde.


Voici maintenant les temples Theravada, situés quant à eux à l’est du parc.

On y trouve d'abord le temple du Sri Lanka, un ambitieux ensemble de bâtiments en cours de délabrement faute de ne jamais avoir été finis, ni entretenus.

Il y a aussi un temple Cambodgien en construction (active), un couvent de nonnes Népalaises, un austère temple Indo-Japonais (!?) et un très beau temple du Myanmar avec une réplique à échelle réduite de la
célèbre Paya Shwedagon de Yangon (ci-contre).

Enfin, il y a bien sûr un temple Thaïlandais (ci-dessous), tout blanc, magnifique, avec des escaliers en marbre … et avec une importante communauté de moines.

A noter ci-dessous à droite une représentation Thaïlandaise de la naissance de Siddhartha Bouddha …

Stupa du Myanmar ...

Temple Thai ... Naissance de Bouddha ...

Ci-dessous, le soleil se couche sur les stupas du « quartier » Theravada de Lumbini …

Coucher de soleil sur les temples de Lumbini ...

Demain je reprends la route en direction de la partie ouest de la plaine du Teraï, c’est une région très pauvre et très peu visitée … car jusqu’à très récemment, c’est dans cette région que se concentraient les attaques des rebelles Maoïstes. La trêve actuelle est une chance. Pourtant ce soir de nombreuses explosions secouent la ville de Lumbini, ce qui n’augure rien de bon. La trêve serait elle rompue ?

Renseignements pris, non, la trêve n’est pas rompue … OUF … par contre aujourd’hui n’est pas un jour ordinaire. Aujourd’hui c’est Deepawali, le troisième jour du festival Hindou de Tihar, le jour où la déesse de la prospérité (Lakshmi) vient visiter les maisons décorées et éclairées en son honneur, d’où les nombreuses guirlandes et bougies dans la rue ce soir. L’effet est saisissant, car il n’y a pas d’éclairage public et Deepawali coïncide justement avec la nouvelle lune …

Plus tard en soirée, et alors que les explosions de pétards redoublent d'intensité, je me dis qu’il y en a qui doivent avoir peur que la Déesse ait la vue qui baisse !!


Mercredi 29 Octobre : cap à l’ouest, soleil levant dans le dos, tout est en ordre de marche, dans la logique des choses … mais alors que je sors de Lumbini, j’avoue être plutôt surpris de passer devant une mosquée, puis une église. Voilà résumé en quelques centaines de mètres la complexité et la diversité de notre monde : un lieu de pèlerinage Bouddhiste, en terre Hindoue, et situé à proximité d’un lieu de culte Musulman et Chrétien. Décidément rien n’est simple, rien n’est uniforme …


Je m’attendais à ce que le Teraï soit une plaine aride, mais c’est en fait une plaine verdoyante, avec de nombreuses rizières et une quantité impressionnante de vaches particulièrement cornues.
 
Vaches encore Vaches

J’effectue un petit détour par Tilaurakot, un tout petit village où ont été identifiées les ruines du royaume de Kapilavastu. C’est l’occasion de voir –d’imaginer surtout- l’environnement dans lequel le Bouddha en devenir passa les 29 premières années de sa vie. Il n’y a en fait que peu de choses à voir, c’est l’intérêt historique qui prévaut ici.

Je repars mais je m’arrête aussitôt : il y a une rivière, avec de l’eau, mais point de pont. Flute, en plus ça a l’air profond. J’observe quelques Népalais à l’œuvre pour voir jusqu’où ils s’enfoncent et par où ils passent. Verdict : mi-cuisse ! 

Sans pont ...

Evidemment il est hors de question que je pousse le vélo dans cette sauce, il n’y a rien de tel pour endommager les roulements. Je décide donc de démonter les sacoches et je m’apprête à faire deux ou trois fois la traversée en portant … mais alors que je mets mon vélo sur mon épaule, quatre Népalais qui me regardaient depuis un moment attrapent mes bagages spontanément et m’accompagnent jusqu’à l’autre rive. Sympa, merci !

Un peu plus loin je prends mon déjeuner dans une échoppe typiquement locale (photo ci-dessous), construite exclusivement en terre et en bois. C'est une méthode de construction également largement utilisée pour les maisons individuelles et les bâtiments de ferme (voir plus loin).

La cuisine du restaurant ...

La route est particulièrement agréable, elle traverse maintenant une grande forêt qui fournit une ombre salutaire aux piétons et aux cyclistes. Le trafic motorisé est très faible et les échanges avec les curieux sont nombreux, il est maintenant possible de rouler à deux de front sans risquer de se faire aplatir par un bus toutes les cinq minutes, cela aide à se décontracter ...

En arrivant à Chanauta, le festival de Tihar prend une nouvelle dimension. Des groupes de danseurs et danseuses se produisent devant les maisons du village : 3 danses ici, 2 danses là-bas, dans une ambiance bon enfant.

Je m’arrête pour me rafraichir dans une échoppe et un groupe de danseurs ne tarde pas à arriver. J’apprécie tout particulièrement le système audio qui est intégré, batterie comprise, sur un simple vélo. Les danseurs tournent et virent dans la poussière avec un réel talent … puis la musique s’arrête, tout le monde me regarde, et l’on vient me demander de l’argent. Il y a trente spectateurs, mais c’est moi qui doit payer, bon, pourquoi pas … je donne ce que je veux, c’est un don, je donne donc 100 Roupies, ce qui est déjà conséquent au Népal, cela représente deux ou trois repas. Oui mais le don, c’est plutôt 200 ou 300 Roupies me répond-on … là je commence à sentir l’attrape-nigaud, je donne 200 Roupies. On me regarde alors de travers et on me dit franchement, c’est 300 Roupies !! Avec cet air de dire « donne ton argent, ne fais pas le difficile » … j’ai donc donné, et je suis remonté sur mon vélo, tout désabusé.

Danses Tihar

Dans ce pays, j’ai vraiment trop souvent l’impression d’être un portefeuille ambulant dans lequel tout le monde peut se servir sans même avoir à dire merci, comme si cela était . C’est désagréable, cela rend méfiant et suspicieux.

Pour revenir au festival de Tihar, c'est aussi le moment de l’année où l’on rend hommage à certains animaux. On offre ainsi du riz aux corbeaux (les messagers de Yama, le Dieu de la mort), on peint un troisième œil rouge -une tika- sur la tête des chiens (ils sont sensés guider les âmes dans le royaume des morts) et l’on peint également cette tika sur les vaches (photo ci-dessus à droite) … j’ai aussi vu des chèvres intégralement repeintes en rose, mais je n’ai pas trouvé d’explication, sinon peut-être la forte consommation d’alcool associée à l’événement.

La fin de la journée est longue et pénible, j’ai l’estomac un peu sans dessus dessous, la cuisine Népalaise ne me réussit pas vraiment … et je me fais bloquer plusieurs fois sur la route par des groupes d’enfants, qui évidemment veulent de l’argent. Ils sont surexcités, je plains les parents. Les Népalais cette fois-ci n’y coupent pas non plus, ils doivent payer aussi : 5 Roupies pour le droit de passage. Certains groupes d’enfants vont jusqu’à tendre des cordes en travers de la route pour être certains que personne ne passe sans payer … au secours …


Jeudi 30 Octobre : la route est toujours aussi calme, c’est un vrai régal. Les piétons vont et viennent en petits groupes, les femmes portent avec élégance de volumineuses charges sur leur tête (ci-dessous à gauche), des enfants jouent, des vaches passent, des hommes pédalent … il n’y a pas un seul bruit de moteur, si ce n’est la très occasionnelle Jeep-Bus (ci-dessous à droite), qui comme le nombre de personnes perchées dessus l’atteste, ne passe pas très souvent.

Sur la route Crazy ...

Petite devinette : comment sait-on si la Jeep-Bus est pleine ? vraiment pleine ...
reponse devinette


Ci-dessous, une ferme en terre au milieu d'un champ de colza, avec sa mini-porte décorée pour Tihar.

Champs de colza Micro porte ... aie la tete ...

Je finis la journée avec deux de tension : je n'ai encore rien mangé aujourd'hui, mon estomac n'est toujours pas très coopératif et ce soir je sens la fièvre monter ... c'est de mieux en mieux. En arrivant à Kusun, je constate rapidement que parmi les 20 maisons du village, il n’y a pas d’hôtel. La taille du point qui représente cette localité sur ma carte est de toute évidence largement exagérée. Tant pis et tant mieux, car une dame me propose de m’héberger chez elle dans une chambre inoccupée … et largement plus propre que la moyenne des auberges Népalaises où j’ai pu dormir jusqu’ici.

Je prends un diner léger avec quelques médicaments pour essayer de me remettre en ordre de marche ... et je pars me coucher à 19h30 …


Vendredi 31 Octobre : quelle nuit je viens de passer, quelle nuit ! Je me suis pourtant rapidement endormi hier soir, assommé de fatigue que j’étais … mais je me suis réveillé quelques heures plus tard seulement, en sueur, avec de la fièvre, au son des tambours, des pétards et des chants de Tihar !! Quand je décompose, ça a l’air simple, mais quand je me suis réveillé, tout était mélangé et j’avoue que je n’ai pas su par où commencer pour donner du sens à la situation. Les célébrations ont duré une bonne partie de la nuit, elles n’étaient d’ailleurs pas vraiment achevées ce matin quand je me suis levé.

Aujourd’hui je vais un peu mieux, la fièvre est tombée, mais du côté de l’estomac, c’est le statu quo : appétit nul et nausées dès que j’aperçois de la nourriture ! Cela va devenir un problème, car depuis trois jours que ça dure, je n’ai plus beaucoup de réserves pour continuer à avancer …

En attendant que cela aille mieux, je raccourcis encore la longueur de mon étape ... et la journée se passe tant bien que mal, les kilomètres défilent lentement mais défilent quand même. J'avance. La fin de l'après-midi est égayée par quelques singes jouant dans des arbres à proximité de la route, et puis en arrivant à Kohalpur, j'ai l’agréable surprise de constater que Mahendranagar (poste de frontière avec l’Inde) ne se situe pas à 280 km comme ma carte le suggère, mais à seulement 210 km !! Voilà 70 km qui sont bons à prendre compte-tenu des circonstances …


Samedi 1er Novembre : l'appétit revient doucement. Ce matin j’ai envie de pommes et d’oranges ! Ca tombe bien, il y en a sur le marché en face de mon auberge.

Je me dirige vers le Parc National de Bardia aujourd’hui. La route est plate et j’apprécie de n’avoir qu’à effleurer les pédales … ça fait du bien au moral. Et puis avant même de parvenir à Bardia, j’aperçois déjà quelques crocodiles qui jouent au sous-marin, c’est inattendu !! La route bifurque ensuite vers la gauche sur un petit chemin de terre : il y a une rivière à traverser, mais son niveau n’excède pas 20 cm … puis un petit canal de boue, et ça j’apprécie beaucoup moins. Le chemin alterne entre petits villages et rizières, et en cette fin de journée, les villageois reviennent des champs.

Revenant des champs ... Bardia ...

Roulez jeunesse ...

Les rizières cèdent ensuite leur place à la forêt, le Parc approche. Et puis je remarque sur ma droite un singe : c’est un langur blanc et gris. Il est magnifique. Lorsqu’il me voit, il se dirige prestement vers l’arbre le plus proche et y grimpe avec une déconcertante facilité … mais voilà, le tronc était piégé et il ne le savait pas. Arrivé à environ 10 m de hauteur, un pan d'écorce se décroche d’un coup sous les quatre pates du quadrupède grimpant : le voilà en chute libre avec son morceau d’écorce, et il arbore alors ce regard du « chat qui tombe », mélange de surprise et d’embarras. La chute semble inévitable, et pourtant le bougre, il a le temps d’apercevoir une mini-branchette, la seule, il s’y accroche au vol et remonte d’un même élan tout en haut de l’arbre. J’apprécie le spectacle, admiratif que je suis des qualités d’improvisation de notre lointain ancêtre. Bravo.

Quelques kilomètres plus loin, je parviens devant l’entrée du Parc et j’opte pour la guesthouse la plus proche, juste en face d’un camp militaire. Au fil de la soirée, le propriétaire des lieux m’explique que cette proximité avec l’armée lui a valu quelques soucis dans le passé, notamment lorsque des rebelles Maoïstes prirent position derrière chez lui pour attaquer le camp. Il s’est alors retrouvé au beau milieu de la ligne de feu avec des balles fusant dans les deux sens, et il a passé toute une nuit allongé sur le sol avec sa famille. Voilà une sympathique introduction sur l’historique de l'endroit, au moins je suis prévenu … bonne nuit et à demain !


Dimanche 2 et Lundi 3 Novembre : mes petits soucis de santé appartiennent désormais au passé, je me suis bien remis, je mange comme quatre et je ne tiens pas en place … j’entreprends donc d’aller visiter à pied le Parc National, et d’aller ainsi à la rencontre des éléphants, rhinocéros et autres tigres du Bengale !!

Elephant Shiba le Rhino ...

Ci-dessus à droite, Shiba, le rhinocéros semi-domestique du Parc … qui refuse obstinément de retourner vivre dans la forêt parce que les autres rhinocéros lui mènent la vie dure.

Bardia est un parc extrêmement riche, la faune y est très variée et facilement observable, notamment près des points d’eau. J’ai eu la chance de voir un rhinocéros sauvage, trois variétés de cerfs (il faut bien nourrir les tigres !!), des langurs (ci-contre), un aigle, des perroquets, un cobra (oups) et un sanglier … mais point de tigre, ce qui est peut-être aussi bien.
n
Empreinte de tigre ...
Langur ...

Pourtant les tigres ne sont pas loin, leurs empreintes sont observables en de nombreux endroits (ci-dessus à gauche).

Ci-dessous, le soleil se couche sur Bardia,
 

Bardia, c'est fini ...

Avec la tombée de la nuit, les sangsues font un retour remarqué … quelles drôles de petites bestioles !!

Elles sont sur le sol et sur les hautes herbes, et dès que quelqu’un passe, elles s’y accrochent et se déplacent jusqu’à trouver un accès vers du sang chaud. Elles sont douées d’un remarquable talent, j’en ai attrapé sur le torse, sous ma chemise et jusque dans mes chaussettes !!

Ce n’est pas particulièrement douloureux, mais c’est désagréable. Pour s’en séparer, rien ne sert de tirer, car la tête resterait alors sous la peau, avec les risques d’infection que cela comporte, il faut soit la chauffer au briquet, soit la recouvrir de sel. Dans les deux cas elle lâche prise aussitôt.
Les sangsues ...


Mardi 4 et Mercredi 5 Novembre : je me remets en route en direction de l’extrémité ouest du Népal et de la frontière Indienne. Je parcoure les derniers 155 km en deux jours, et demain je vais continuer mon voyage dans un nouveau pays, place à l'Inde ...




Le fait marquant au
Népal

Peut-être parce que je m’étais représenté le Népal comme un eldorado touristique, j’avais vraiment sous-estimé la pauvreté de ce pays. Ce fut un choc en arrivant. Et ce ne sont pas les millions de dollars qui sont déversés chaque année par l’ONU et les ONG qui semblent devoir y changer quoi que soit. Les infrastructures sont simplement inexistantes. Les gouvernements précédents ont été incapables de capitaliser sur cette aide financière et les problèmes n’ont fait que grossir avec le temps. Le Népal n’est pas un pays en voie de développement, c’est un pays sous développé en voie d’égarement. Les besoins se font sentir à tous les niveaux, bien plus que dans des pays objectivement aussi pauvres, mais où pourtant la population vit dans de bien meilleures conditions. Je pense notamment au Laos. Ce paradoxe s’explique à mon sens principalement par l’écart de densité entre chacun des deux pays : Laos, 25 habitants/km2, soit 4 fois moins que la France – Népal, 181 habitants/km2 … soit presque le double de la France. Le Népal semble avoir mis la charrue avant les bœufs, et avec une forte population sans aucune infrastructure pour l’accueillir … il y a de sérieux problèmes en vue. Le calme relatif que connait le pays en ce moment après 12 ans de guerre civile pourrait bien n'être qu'un court répit. J’espère me tromper …




J'ai aimé / je n'ai pas aimé au 
Népal

j'ai aimé je n'ai pas aimé
le soleil levant sur les Anapurnas la poussière, partout et tout le temps
la richesse culturelle de Katmandu et de ses environs le niveau de pollution et de saleté de Katmandu
les tenues éclatantes de couleurs et de grâce des femmes le pilonnage des pigeons défécateurs de Katmandu
les petits villages de montagne à l’architecture moyen-âgeuse le comportement suicidaire des chauffeurs de bus et de camion
le très bon niveau d’anglais de la population en général le ciel bruyant de Katmandu et Pokhara : il s’y trouve toujours un avion, un ULM ou un hélicoptère pour vroum-vroumer gaiement. C’est lassant …
l’omniprésence des rickshaws et des vélos sur les routes du Teraï les vendeurs de tout et n’importe quoi qui refusent que vous partiez sans ne rien acheter
les coupures électriques à la tombée de la nuit … pour pouvoir admirer le ciel étoilé, et faire taire les tés ! le gonflement exagéré des prix pour les étrangers
les arbres, immenses, magnifiques, préservés et protégés depuis toujours les enfants qui courent autour de mon vélo en exigeant de l’argent !! 10, 20, 30 fois par jour, ça finit par être usant
le récent cessez-le-feu entre le gouvernement et la rébellion Maoïste les rabatteurs en tout genre ... trop nombreux, trop insistants
le parc National de Bardia ... ses rhinocéros et ses tigres du Bengale la faible hauteur des encadrements de portes … bosses à répétition garanties !




Les informations pratiques à propos du Népal


  • niveau de pollution atmosphérique : très mauvais à Katmandu mais plutôt bon ailleurs ... 
  • météo en octobre 2008 : grand beau temps.
  • état des routes : mauvais en général mais bon dans l'ouest du Teraï.
  • densité du trafic : forte autour de Katmandu, moyenne jusqu'à Pokhara et quasi nulle dans l'ouest du Teraï.
  • comportements sur la route : suicidaires. Il y a 30 fois plus de morts sur les routes du Népal que sur celles de France (rapporté au nombre de passagers et de kilomètres parcourus).
  • traits de caractère : traditionnels, religieux, anglophones, intéressés (dans les deux sens du terme, intéressés pour savoir mais aussi pour gagner de l’argent), pressants et parfois franchement intrusifs.
  • hospitalité : bonne.
  • cuisine : principalement végétarienne, avec du riz, des lentilles, des pommes de terre et des épinards. Se mange généralement à la main !! Je n'ai pas vraiment su apprécier cette cuisine, j’ai été assez malade …
  • quelques prix : le litre d'eau potable = 20 Rps, un repas dans la rue = 50-100 Rps et une nuit en hôtel standard = 200-400 Rps.
  • dépenses moyennes par jour : 8 Euros/jour.
  • la langue : namaste (bonjour ... ou plus littéralement, je salue le Dieu qui est en toi) et danivat (merci). 
  • le langage du corps : un mouvement de la tête de gauche à droite en soulevant les épaules … ça veut dire « OUI, d’accord » !
  • la phrase la plus entendue : give me money ... give me pen ... give me biscuit ... give me sweet ... (donne moi de l'argent, un crayon, un biscuit, un bonbon). Depuis qu'une bande de touristes certainement bien intentionnés, mais bien mal inspirés, ont donné de l’argent et des crayons à des enfants Népalais, ces derniers n’ont de cesse de réclamer encore et toujours jusqu’à devenir franchement désagréables. C’est pourtant une règle d’or du tourisme responsable : il ne faut jamais rien donner directement aux enfants. Si le cœur vous en dit, donnez aux parents, donnez aux professeurs, donnez aux organisations spécialisées … mais ne donnez jamais aux enfants dans la rue.
  • les prénoms : Sittharam pour un homme et Srijanna pour une femme.


vers le carnet précédent : le Tibet *** vers le carnet suivant : l'Inde


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