Rose des Vents

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Le carnet de voyage en Iran ...                        (2 316 km /07 Janvier - 20 Février 2009)
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  Ir        Iran 
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Les informations générales (valides en Décembre 2008)

  • Capitale : Téhéran.
  • Superficie : ~ 1,648,000 km2 (= 2.4 x France).
  • Population : 68 millions d'habitants (= 1.1 x France).
  • Densité : 41 habitants / km2.
  • Langue : Persan (Farsi).
  • Principales religions : Islam à 99% dont Chiites (89%) et Sunnites (11%).
  • Indice de Développement Humain (IDH) : 0.736, soit le 99ème pays sur 177. Qu'est-ce-que l'IDH ?
  • Système politique : République Islamique.
  • Guide suprême de la Révolution Islamique : Ayatollah Ali Khamenei (depuis Juin 1989).
  • Président : Mahmoud Ahmadinejad (depuis Juin 2005).
  • Taux de croissance 2007 : 4.9%.
  • Monnaie : Rial (IRR), 1 Euro = ~ 13,500 Rials.
  • Principaux produits importés : machines, fer, acier, céréales, équipements électriques et électroniques.
  • Principaux produits exportés : pétrole, fruits, cacahuètes, tapis, textile et produits de chimie organique.



La carte de l'Iran avec l'itinéraire parcouru en vélo (vert) et la portion de route effectuée assis dans la benne de dix différents véhicules de la police Iranienne (rouge)


Iran


Le récit du voyage en Iran avec les meilleures photos :


Mercredi 7 Janvier : la frontière entre le Pakistan et l’Iran ouvre à 9h00 … je me présente donc à 9h00. Les formalités du côté Pakistanais sont rapides. En tant qu’étranger (non Pakistanais et non Iranien s'entend), j’ai droit à un traitement de faveur et je suis autorisé, encouragé même, à « sauter la queue ». 9h15, « Good bye Pakistan » comme l’indique un panonceau planté là, et je me dirige vers les grilles –encore fermées- du poste frontière Iranien.

Allons bon, les Iraniens dorment toujours ! J’apprends que les grilles n'ouvriront pas avant 11h00 … car aujourd’hui c’est l’Achoura, une fête religieuse Chiite qui célèbre le martyr Hussein (le 3ème Imam, sans aucun rapport avec Saddam !!). 11h30, les grilles s’ouvrent enfin et la trentaine de personnes qui attendaient depuis deux bonnes heures s’y engouffrent: bienvenue dans la République Islamique d'Iran (ci-dessous).

Frontiere ... Sitôt entré, sitôt mon passeport est confisqué. Là encore j’ai droit à un traitement spécial du fait de ma nationalité, mais je ne suis pas certain qu’il s’agisse d’un traitement de faveur. J’en doute. Ca ne sourit pas, et personne ne parle anglais. Pratique. J’attends, mais rien ne se passe, et puis on m’indique de m’asseoir, mais je ne veux pas m’asseoir, je veux récupérer mon passeport, dûment tamponné si possible, et filer à Zahedan avant de me faire rattraper par la nuit.

Devant mon évidente impatience, on finit par essayer de m’expliquer ce qui se passe … et moi de saisir à la volée quelques mots clés qui n’augurent rien de bon : « police, danger, police, police encore, garde du corps, attendre une heure, danger, danger, police ». 

Voilà, voilà … ils ne veulent pas me laisser partir tout seul, il faut que j’attende que l'escorte de police arrive.
30 minutes plus tard, l’escorte est là. C’est un policier, seul, sans arme et sans véhicule !! Drôle d’escorte. Notre homme ne sourit point, il me montre un pick-up que JE dois louer et dans lequel je dois monter avec mon vélo. Je proteste. J'explique que je veux pédaler, que je dois pédaler, qu'un pick-up ça pollue et que c'est contre ma religion de monter dans un véhicule à moteur (la carte de la religion était une dernière tentative désespérée) ... mais il est intraitable et s’agace rapidement, manifestement on ne négocie pas avec la police en Iran ...

... et zouuh, dans la benne du pick-up (ci-contre).

Je suis déçu, très déçu, et énervé aussi … mais à quoi bon ? La route entre la frontière et la ville de Zahedan longe l'ouest du Pakistan et se rapproche de très près du sud de l'Afghanistan. C’est un carrefour majeur du trafic de drogue international, 85% de l’héroïne consommée en Europe transiterait dans la région. L’armée Iranienne a déployé 30 000 hommes pour essayer de sécuriser la zone, en vain. En 2003, trois cyclistes furent kidnappés et une rançon d’un montant équivalent à la valeur d’une saisie effectuée par l’armée fut exigée … depuis, la route est fermée aux cyclistes et les escortes sont obligatoires pour tous les étrangers, même non cyclistes … et pendant ce temps là les combats contre les trafiquants de drogue continuent.
... la police ne veut pas me laisser pedaler ...

J’arrive à Zahedan une heure plus tard. Ce fut rapide … tellement rapide que j’en ai encore les oreilles qui bourdonnent. La ville est située au milieu du désert, les paysages n’ont pas vraiment évolué depuis le Baloutchistan … mais la ville, elle, n’a plus rien à voir avec les villes Baloutches. Cela sent l’Europe à plein nez. Les rues sont entretenues, il y a des trottoirs, des parcs, des poubelles (!!), des feux aux intersections, des panneaux, des voitures françaises (dont une pléthore de 405, 206 et Xantia !!) … et la circulation est à droite, c'est-à-dire enfin du « bon » côté de la route !!

Ce soir les familles Iraniennes bravent le froid (il fait tout juste au dessus de 0) et allument des bougies dans la rue en souvenir du martyr Hussein … moi je rentre bien au chaud dans mon hôtel et je mets mes pendules à l’heure. Je viens de gagner 1h30, et il ne reste plus que 2h30 d’écart avec la France ... je me rapproche encore un peu plus !


Jeudi 8 Janvier :
 j’ai fait le plein de provisions et je me lance pour trois jours et 300 km de désert, avec la ville de Bam comme objectif. Ce sont mes premiers tours de roue en Iran, et je me rends vite compte que la cohabitation avec les autres véhicules va être compliquée. Les Iraniens conduisent mal et vite, très mal et très vite même. Toujours à fond, sur l’accélérateur ou sur les freins, mais toujours à fond. C’est épuisant ...

Je parcours une cinquantaine de kilomètres au milieu de montagnes désertiques, cela monte gentiment, puis ça descend, puis c’est plat … et d’un coup d’un seul, sans prévenir, le vent se lève, terrible. Il est de 3/4 face et je lutte pour garder ma ligne au passage des camions. Les appels d’air sont semblables à de véritables ouragans, et je me fais balader de droite à gauche comme une vulgaire feuille morte …

Zahedan ... Mosquee dans 20 km

Je me bats, il n’y a pas d’autres mots, et je ne baisse pas pavillon. Je sais qu’il y aura des jours meilleurs et qu’en attendant, il faut faire face avec ceux qui sont moins faciles. Ca ne peut pas rigoler tous les jours … et puis j’avance quand même : 60 km, 70 km … je passe alors devant un poste de police où tout semble calme, je continue discrètement ma route, mais pas assez discrètement, c
ar je viens de me faire repérer. Un officier dans la cour me fait de grands signes, son intention ne fait pas de doute, il veut que je m’arrête … pourtant, comme je ne vois aucun véhicule lui permettant de me rattraper, je feins l’incompréhension, je lui retourne un grand bonjour et je file …

5 km plus loin, un camion me double et se gare juste devant moi, sur le bas-côté. Allons bon, c’est un policier qui en descend. Il me fait signe de m’arrêter … et là ça parait compliqué de lui échapper. Je m’arrête donc et il me tient alors à peu près ce langage : « danger, danger, Talibans, drogue, danger, danger, etc » … tout ça je l’ai déjà entendu, et la suite je la connais, direction la benne du camion ! Je résiste, pour la forme, mais je sens bien que je n’ai pas le choix. Pourtant hier la police de Zahedan m’avait indiqué qu’il n’y avait pas de problème pour pédaler jusqu’à Bam, mais j’avais bien senti qu’ils me disaient ça pour avoir la paix, et que de toute façon cela dépendrait de l’avis de chacun des postes de police que je rencontrerais en route. Le policier que j’ai en face de moi d’ailleurs me jure que je pourrais pédaler après Nosrat Abad, d’ici seulement 20 km, mais en fait il n’en sait rien, il va juste refiler la patate chaude (moi) à ses collègues du poste suivant … et ainsi de suite jusqu’à Bam, avec à chaque fois un véhicule différent, soit au total un camion, 7 pick-ups et une voiture (photos ci-dessous).

Re-la Police ... y en a marre !! Et encore ...

Dure journée … d’autant plus que ces escortes sont franchement peu aimables et manquent d’un savoir-vivre des plus élémentaires, sans même évoquer leur style de conduite, franchement tête brûlée, et qui m’a certainement fait courir de bien plus grands risques que les soi-disant Afghans cachés dans les montagnes. Une journée à oublier donc … et que j’oublie bien vite. Je suis maintenant à Bam et je vais m’y reposer quelques jours. J’espère bien ne plus rencontrer de policiers. Mon allergie naturelle envers ces représentants de l’ordre et du désordre n’a rarement été aussi aigüe !!


Vendredi 9 et Samedi 10 Janvier :
Bam, c’est avant tout le souvenir d’une catastrophe naturelle d’une rare ampleur. En 2003, un puissant tremblement de terre secoua toute la région. Il fit 40 000 victimes à Bam, et plus de 50 000 blessés … pour une ville d’un peu plus de 100 000 habitants, cela signifie que peu de personnes furent épargnées. Ce fut une véritable tragédie.

5 ans plus tard, je m’attendais à trouver une ville flambant neuve à l’image de ce que l’Iran peut construire de meilleur, un symbole du pouvoir et de l’efficacité de l’état. Et bien j’en fus pour mes frais. La ville offre un bien désolant spectacle: les rues sont recouvertes de terre et de sable, les égouts sont béants, les habitants vivent toujours dans des préfabriqués au pied de bâtiments pas finis dont on ne sait si ils sont ce qu’il reste du tremblement de terre ou bien si ils sont ce qui a été reconstruit depuis … et le marché n’est qu’un alignement approximatif de containers (ci-dessous). L'ensemble est triste à mourir.

Bam market

Monsieur Akbar, le gérant de l’auberge où je dors, me confiera que de nombreux Bamois et Bamoises ( !?) ont préféré s’acheter une nouvelle voiture avec l’argent qui était destiné à la reconstruction de leur logement … ce qui expliquerait en partie la situation actuelle. Ah la, la, que la nature humaine est étrange.

Avant le tremblement de terre, la véritable richesse de Bam, en plus de ses délicieuses dattes, était sa magnifique citadelle vieille de 2500 ans. Symbole de toute une région, Arg-é-Bam attirait des visiteurs du monde entier … mais le tremblement de terre l’a réduite à néant (voir ci-dessous). Ne subsiste plus aujourd’hui qu’un informe amoncellement de bauge, et il faut voir les photos « d’avant » pour imaginer ce à quoi elle a pu ressembler du temps de sa splendeur. Les travaux de reconstruction ont timidement commencé, et peut-être que dans 10 ou 20 ans l’Arg renaîtra … peut-être ...

Arg e Bam ... toujours en ruine

Ce soir je passe devant une mosquée où les célébrations de l’Achoura vont bon train (ci-dessous à gauche) … c’est à croire que toute la ville s’est donné rendez-vous ici, il y a un monde fou, et tout le monde est habillé en noir. Ca tombe bien, je suis aussi en noir ! Les femmes sont là, mais elles restent à l’écart … elles observent. Les hommes se donnent en spectacle en de longues processions et font mine de se flageller, en rythme, avec une sorte de mini fouet composé de petites chaines à son extrémité (ci-dessous à droite). Tout ça ne respire pas la franche gaieté, mais faut-il le rappeler, l’Achoura marque l’anniversaire de la mort de Hussein, le 3ème Imam.

Mosquee de Bam ... L'Ashourah continue ...


Islam, Sunnisme et
Chiisme : à la mort du prophète Mahomet en 632, une querelle de succession apparut entre ceux, majoritaires, qui privilégiaient Abu Bakr (beau-père et ami de Mahomet) et ceux qui privilégiaient Ali Bin Abi Taleb (beau-fils et cousin de Mahomet). Le premier devint Calife alors que le second dut passer son tour à deux reprises. Ali deviendra finalement le 4ème Calife en 656 mais sera assassiné peu après. La communauté Musulmane était alors divisée entre les Sunnites (respectant l’autorité du Califat) et les Chiites (partisans d’Ali). La mort de Hussein lors de la bataille de Karbala contre les troupes du Califat scella cette scission à tout jamais, c’est cet événement que commémorent les Chiites à l’occasion de l’Achoura. Il est à noter que l’Iran est une République Islamique Chiite, et que c’est la seule de ce type au monde.


Dimanche 11 Janvier : je pars de Bam avec le ferme espoir d’être enfin autorisé à pédaler, et pour l’occasion j’étrenne un nouveau style. Adieu la barbe folle (qui fait intégriste, dixit les quelques Iraniens avec qui j’ai discuté) et adieu le Shalwar Kemiz (qui fait narcotrafiquant Baloutche, dixit la police). Voilà, je suis donc presque normal, à l’exception des cheveux que j’ai décidé de garder en prévision du froid qui approche.

En route vers Rayen ... SUR le velo !!!

La route n’est pas très excitante, c’est encore du désert et rien que du désert … Bam n’était qu’une oasis !! Quant à la chaussée, elle est toujours aussi étroite et les camions me mènent la vie dure ; j’ai bien compris que, de leur point de vue, je gêne … alors que de mon point de vue, ce sont évidemment eux qui gênent. Il faut être honnête, la route est à tout le monde et ils sont largement plus encombrants que moi, même avec tous mes bagages !!

Le cher Monsieur Akbar qui m’avait promis une route plate s’est bien fourvoyé ; depuis Bam je ne fais que monter un long faux plat qui me pompe toute mon énergie. Je n’ai droit à aucun répit, et en milieu d’après-midi le vent se lève à nouveau, toujours aussi terrible, rendant la perspective de rallier Rayen aujourd’hui peu crédible. Avec le froid et la nuit qui arrivent (photo ci-dessous), je m’arrête au premier groupement de maisons que je rencontre, après avoir tout de même pédalé 110 km entre Bam (1 070 m) et donc Ney Bid (2 330 m). La chance est avec moi, car il se trouve que dans la maison jouxtant la mosquée, il y a une pièce chauffée (c’est un détail qui commence à devenir important) qui accueille les voyageurs de passage.

Ciel rouge du soir ... caillage assure le lendemain matin !!


Lundi 12 Janvier :
 la nuit fut bonne, chaude et confortable ; je pars ce matin avec une toute petite étape au programme (35 km) qui n’est autre que la fin de celle d’hier. Pourtant, la faible distance du jour reflète mal les difficultés de la première heure, où j’affronte tant bien que mal les fameux trois 2 : 2% à monter, 2 degrés à supporter et un vent 2 face à surmonter. 10 km en une heure, soit donc 10 km/h de moyenne, il ne me reste alors plus que 25 km pour parvenir à Rayen … et c’est enfin en descente. Mon enthousiasme est toutefois fortement relativisé par la perspective d’avoir à remonter tout ça dès demain, car Rayen constitue un détour sur la route de Kerman.

Ci-dessous, un quartier d'architecture traditionnelle à Rayen, tout en bauge, et avec un dôme au dessus de chaque maison en guise de toit.

Rayen


Ci-dessous, l’ancienne citadelle de Rayen : 1000 ans d’âge, au moins, et ses 15 tours sont toujours debout !!


Arg e Rayen ... Arg e Rayen

Ci-dessous on découvre l'intérieur de la citadelle : son bazar, ses habitations et le palais du gouverneur.

L'interieur de la citadelle ...

La citadelle est située juste au pied du Mont Hezar ... partiellement enneigé depuis peu ...

La citadelle toujours ...


Mardi 13 Janvier :
ce matin, surprise … tout est blanc dehors, il a neigé cette nuit. Oh, ce ne sont pas des mètres et des mètres de neige, mais tout de même, c’est un signe, j’ai maintenant officiellement les deux pieds en hiver.

Le desert sous la neige ...

Le vent est tombé, enfin, et je remonte aisément les kilomètres que j’avais descendus hier … et ensuite je continue à monter, pour finalement atteindre un col à 2 555 m. Je roule maintenant à l’abri de la circulation et des camions, j’ai opté pour les deux voies qui sont en construction 100 m plus à gauche et qui sont absolument parfaites, il ne leur manque plus que la peinture ! Je me régale. Un peu plus loin je rencontre un groupe de cantonniers occupés à se préparer un thé sur un feu de brindilles. C’est le désert, le combustible est rare. Ils m’invitent et se poussent pour me faire une place autour du feu afin que je me réchauffe les mains, ça ne se refuse pas, il fait vraiment froid. Le thé est maintenant prêt, on me tend une tasse et un morceau de sucre, mais attention, le sucre ne se dissout pas dans la tasse, il se coince sous la langue et l’astuce consiste à le faire durer suffisamment longtemps pour pouvoir sucrer tout le thé. Je manque de pratique, il me faudra plusieurs morceaux …

Dans la longue descente qui me conduit jusqu’à Mahan, je me fais accoster par un pick-up. Il y a deux personnes avec des mitraillettes dans la benne, le chauffeur gare son véhicule un peu plus loin et en descend. Il se présente comme faisant partie de la police. Ah bon lui fais-je, en ce cas où sont donc vos uniformes !? En guise de réponse, il sort son revolver de sa ceinture … et moi de lui faire remarquer qu’une arme à feu, ce n’est pas une carte de visite, c’est plutôt un point commun entre personnes peu fréquentables. Il ne comprend pas trop, mais il finit par me présenter son badge. La police donc, encore … il veut à tout pris m’escorter jusqu’en ville, mais il ne me demande pas de monter dans son véhicule, il me laisse pédaler et me suis de loin … puis il disparaitra comme il est venu …


Mercredi 14 Janvier : il a encore neigé cette nuit … et j'ai l'impression qu'il fait de plus en plus froid.

Je visite en matinée l’Aramgah-E Shah Ne’Matollah Vali … rien que ça, qui n’est autre que le mausolée d’un religieux Sufi très connu (ci-dessous) ...

Le mausolee Aramgah-e Shah Ne'Matollah Vali ...

... et dans l'après-midi, alors que la neige s'est remise à tomber, je visite les jardins de Shahzade, me rendant compte une fois sur place qu’il y a en fait peu d’intérêt à visiter un jardin au beau milieu de l’hiver !!


Jeudi 15 Janvier : c’est une nouvelle petite étape qui m’amène aujourd’hui à Kerman (50 km). Il fait toujours aussi froid, mais je m'habitue progressivement. Tant que le soleil est là, tout va !!

Ci-dessous, la façade est de la très belle place Tohid de Kerman ...

Tohid square ...

... avec une femme en tchador qui passait par là !

Le tchador en Iran, ce n'est pas un simple foulard comme on le comprendrait en Europe, il s’agit ici de ce long morceau de tissu, presque toujours noir, qui recouvre le plus amplement possible tout le corps des femmes, littéralement de la tête aux pieds.
Une seule autre alternative serait autorisée par la loi, ou l’interprétation qui en a été faite depuis, et ce serait un long foulard enveloppant, avec un large manteau et un pantalon. Toutes les femmes de plus de 9 ans ( !!) sont tenues de respecter ce code vestimentaire.


Vendredi 16 Janvier : il fait 2 dans ma chambre ce matin quand je me réveille. C’est frais. Avant de m’endormir hier soir j’avais réussi à chauffer jusqu’à 12 degrés avec ce drôle de chauffage portatif qui fonctionne à l’essence … mais je n’ai pas voulu le laisser allumé pendant la nuit de peur qu’il provoque un incendie. L’isolation précaire de l’ensemble (toit en taule, murs ultrafins et trous béants autour des fenêtres et de la porte) a fait le reste.

J'essaie de me réchauffer en allant me balader dans Kerman, mais je ne rencontre qu’une succession de magasins fermés et de rideaux de fer baissés. Etrange me dis-je. Et puis je réalise qu’aujourd’hui c’est vendredi, c’est à dire l’équivalent Iranien de notre dimanche … je finis tout de même par trouver un peu de vie autour du Bazar-e Vakil.

Kerman bazar

Ci-dessous, la Mosquée Imam de Kerman.

Imam mosque, detail ... Imam mosque


La Paykan : j’ai évoqué un peu plus tôt la forte représentation de l’industrie automobilo-pollueuse française en Iran, mais j’ai omis de préciser que le modèle le plus populaire était un modèle local, à savoir l’antédiluvienne Paykan, produite à plus de deux millions d’exemplaires depuis les années 60 et engloutissant environ 15 litres de super plombé au 100 km. Sa production vient de cesser ... OUF.

Magic Paykan Magic Paykan

A droite, la plaque minéralogique reprend les chiffres tels qu’ils sont écrits en Iran … donc le « T » un peu tordu, c’est un 2, l’autre « T » un peu tordu avec un 3 sur le dos à la place de la barre horizontale, c’est justement un 3, facile, le symbole suivant, ç'est la lettre D … les deux « Y » inversés, ce sont deux 8, suivis d'un autre 2 ... la clé à molette, c’est un 4, et enfin la paire de fesses, c’est un 5.


Samedi 17 et Dimanche 18 Janvier : je pars de Kerman et je me replonge dans le désert. Cela commence à devenir monotone, depuis maintenant deux semaines que cela dure. Les arbres sont tellement rares qu’ils en deviennent subitement photogéniques ... même penchés, même morts ... et je remarque au passage que le vent dominant dans la région souffle manifestement du nord-ouest !

Rien land ...

Ce soir je dors dans un hôtel qui dispose d’une télévision, c'est la première fois que je regarde la TV Iranienne. La chaîne de l’information s’appelle IRINN … et elle ne traite pour ainsi dire que d’un seul et unique sujet : GAZA !! La guerre que l’état d’Israël y mène en ce moment, et la façon dont elle est menée (avec notamment le bombardement de plusieurs écoles et du quartier général de l’ONU) constitue du véritable pain bénit pour ceux qui souhaitent aliéner les peuples Musulmans du monde contre le peuple Juif. Quelle folie !! Les images sont terribles et les titres ne font pas dans la demi-mesure … il y est question de barbarie, de crimes de guerre, d'holocauste, de la complicité des Etats-Unis, de la lâcheté des dirigeants Arabes, du lasser-faire de l’Europe et de l’impuissance de l’ONU à protéger les plus faibles ...

Pour clore -au moins pour l’instant- ce douloureux sujet d’actualité, je vous soumets la question de Farhad, étudiant Iranien de 23 ans, qui me demandait ceci, à propos du bombardement des écoles Palestiniennes qui abriteraient (une information toutefois non confirmée) des combattants du Hamas. Voici sa question : de ces deux hommes, du combattant qui se cache de son ennemi derrière un enfant, ou du soldat qui tire sur l’enfant qui cache son ennemi, lequel s’est le plus déshonoré ?

Lycéens en terminale, réfléchissez-y, cela pourrait très bien être votre sujet philo du bac au mois de juin prochain.


Lundi 19 Janvier : le désert continue … encore … mais aujourd'hui ma progression est rythmée –et égayée- par la présence d'anciens caravansérails tous les 30 km, soit l’équivalent, c’est bien connu, d’une bonne journée à dos de dromadaire.

Ci-dessous, le caravansérail d'Anar, partiellement démoli et copieusement taggé ...

Meme pas des dromadaires ... Et rien encore ... 

Caravanserail un peu en ruine ... ... et tagge !!

Les caravansérails sont d'anciennes auberges du temps où la Route de la Soie était la principale voie de communication entre l’Asie et l’Europe. Les marchands et leurs animaux s’y reposaient avant de reprendre la route le lendemain, d’où l’espacement régulier des caravansérails en fonction de la distance que pouvaient couvrir les animaux en une journée.

Ci-dessous, le caravansérail magnifiquement rénové de Zein-o-din ... avec de vrais dromadaires ...

Zeyd-o-din Zeyd-o-din

... et où j'ai passé une très bonne nuit au milieu des tapis et des tentures !!

Caravenserail de Zey-o-din ...

 
Mardi 20 Janvier : après une énième journée de désert, normalement la dernière, j’arrive à Yazd, ville moyenne de près de 500 000 habitants et première véritable agglomération depuis mon arrivée en Iran.

Il y a des villes comme ça où l’on se sent tout de suite bien, et Yazd fait partie de celles-là. Je ne sais pas si ce sont les montagnes autour, le ciel bleu, l’air pur, les rangées d’arbres le long des rues ou les maisons en terre, mais le fait est que Yazd est une ville particulièrement agréable … et je me réjouis à l’idée de m'installer ici pour quelques jours.


Mercredi 21 - Jeudi 22 Janvier : Yazd et sa vieille ville ... c’est tout d’abord une couleur, celle de la terre de la région … qui est utilisée pour construire murs, arches, maisons, mosquées et bazars.

Les ruelles de Yazd ... ... ses hauts murs en terre et ses portes !!

A noter que de nombreuses maisons disposent toujours d'une porte comportant deux marteaux (ci-dessus), chacun émettant un son différent, l’un pour annoncer un homme, l’autre pour annoncer une femme, afin que les personnes qui se trouvent dans la maison puissent décider en connaissance de cause QUI doit aller ouvrir !!

La vieille ville est un étroit labyrinthe qui a exclu les voitures, bien lui en a pris, les ruelles sont ainsi calmes et paisibles, les piétons vont et viennent en toute sécurité et les enfants peuvent y jouer sans risquer de se faire renverser.

De retour de la Boulangerie ! Yazderis !?

La vieille ville vue depuis les toits, cela donne ça (ci-dessous) : au fond les montagnes, le désert, en hauteur les bagdirs (voir plus bas), les dômes et les minarets ... et partout de toutes petites ruelles qui serpentent entre les bâtiments, parfois couvertes, souvent découvertes, le tout dans une grande harmonie de formes et de couleurs.

Yazd vu depuis les toits ...

Un bagdir (ci-dessous) signifie littéralement une « tour à vent ». Il permet de récupérer le moindre mouvement d’air en hauteur et de le rediriger vers les différentes pièces d’une maison, non sans l’avoir préalablement refroidi par un simple échangeur à eau. Le système du bagdir est vieux de plusieurs millénaires, pourtant, il constitue à n’en pas douter l’avenir de la climatisation soi-disant moderne puisqu’il fonctionne sans aucun apport extérieur d’énergie.

Un bagdir ...

Ci-dessous, la mosquée Jameh, son dôme et ses deux minarets de 48 mètres chacun.

La mosquee Jameh

Detail ... Detail ...


Ci-dessous, il s'agit du complexe Amir Chakhmaq, un bâtiment plutôt atypique qui est utilisé uniquement lors des célébrations de l'Achoura.

Amir Chaqmakh complex ...

Ce soir le soleil se couche sur la ville, demain il doit neiger sur presque tout le pays.

Coucher de soleil sur les mosquee de la ville ...



Vendredi 23 Janvier :
 il a effectivement neigé cette nuit, et ce matin Yazd a revêtu son joli manteau blanc ...

Yazd sous la neige !!

Le gros de la neige fond cependant durant la journée, et je décide donc de partir dès demain en direction d'Esfahan, où j'espère arriver d’ici quatre jours (330 km).


Samedi 24 - Dimanche 25 Janvier : ce sont deux drôles de journées que je viens de passer sur la route, pendant lesquelles j’ai passé mon temps à prendre de mauvaises décisions et à corriger leurs –fâcheuses- conséquences. Ca arrive, mais dans le cas présent c’est la répétition et l’accumulation qui rend ces deux jours particulièrement remarquables. Tout d’abord, je pars de Yazd trop tard … 10h30, c’est déjà presque la mi-journée … ensuite, plutôt que de m’arrêter dans un confortable hôtel bien chauffé, disponible dans la ville d’Ardekan, je pédale un peu plus loin et je décide de camper. Troisième erreur, en recherchant un endroit approprié pour installer ma tente, je m’embourbe et je plante le vélo au milieu de nulle part. Rien à faire, la terre fraichement dégelée est aussi collante et paralysante qu’il est possible de l’imaginer : les garde-boues gardent bien la boue, ils sont pleins et bloquent les deux roues. Je suis alors contraint de décrocher tous mes bagages et de les transporter deux à deux jusqu’à une route adjacente, pour ensuite pouvoir porter mon vélo et commencer à sommairement le nettoyer. Evidemment, dans la manœuvre, mes bagages et mes vêtements se retrouvent à leur tour abondamment recouverts de cette boue ultra-collante … du travail d'artiste. Devenu méfiant, je reprends ma recherche à tâtons, et lorsque je trouve enfin un endroit où camper, il est déjà bien tard. Je monte alors ma tente vitesse grand V, non sans lutter, trouer le toit et partiellement arracher la base d'un angle de fixation … formidable … et je me retrouve ainsi à préparer mon dîner de nuit, à la lumière de ma lampe frontale, par deux petits degrés seulement, avec ma tente en vrac et mon vélo plein de boue. Voilà ce qui s’appelle un malheureux enchaînement d’événements, ou un enchaînement d’événements malheureux ... 

Il y a des jours comme ça, on souhaiterait ne pas s’être levé !

Le lendemain, le temps d’enlever la gelée blanche sur le toit de la tente et de plier tout mon matériel, je pars encore tard, il est 10h00 … et je perds une heure supplémentaire à « débourber » mon vélo dans une station service. Quand enfin j’arrive dans la ville de Na’in, 100 km plus loin, il fait une nouvelle fois presque nuit, et j’apprends que la mosquée où j’avais prévu de dormir n’accueille plus les non musulmans depuis qu'un Mollah de passage en a d
écidé autrement … vraiment rien ne va plus ...


Lundi 26 Janvier : j’ai finalement trouvé une auberge hier soir, et j’y ai passé une excellente nuit. J’ai également rencontré un peu par hasard Mahmoud, un étudiant Iranien qui s’est pris de passion pour les voyageurs à vélo faisant escale dans sa ville. La discussion allant bon train, il m’a proposé de me servir de guide et j’improvise donc aujourd'hui une escale prolongée à Na’in. L’engrenage un peu pénible des petites galères a pris fin hier soir vers 19h00, et c’est très bien ainsi.

Ci-dessous, le portail d'une école primaire de la ville … et étrangement, le bâtiment derrière le canard bleu ressemble plus à une église qu’à une mosquée.

Ecole de Na'in

Ci-dessous, l'Imamzadeh Sultan Saïd Ali ... qui donc n'accueille plus les visiteurs étrangers.

Imamzadeh Sultan Said Ali ...

Ci-dessous, la mosquée Jameh, dont la particularité réside dans ses décorations uniquement réalisées en variant la disposition des briquettes ...

Jameh mosque Jame mosque

Ci-dessous, le vieux fort en ruine de la ville (à droite) et d'anciens Bagdirs (à gauche) ...

Coucher de soleil sur le Chateau ...


Mardi 27 Janvier : je quitte ce matin la très agréable petite ville de Na’in, presque à regrets, et je me dirige vers Tudeshg où un ami de Mahmoud s’est gentiment proposé de m’accueillir. C’est une petite étape (50 km), mais je découvre rapidement que cela ne va pas être sans mal, car entre Na’in (1 600 m) et Tudeshg (2 100 m), il y a un col à 2 440 m … et ça Mahmoud avait oublié de me le dire !!

La pente, régulière, oscille entre 4 et 6%. Les camions peinent à monter, et plusieurs panneaux rappellent que les chaînes sont indispensables lorsqu’il y a de la neige. D’ailleurs, en de nombreux endroits la route porte les stigmates du combat des camions contre la glace et la gravité, le bitume est creusé sur plusieurs centimètres de profondeur.

Mettre les chaines !

J’arrive à Tudeshg vers 16h00, et je n’ai pas le temps de me mettre à la recherche de la maison de mon hôte que je rencontre Mohammed et Mustafa. Ils m’attendaient (ils n’ont pas voulu me dire depuis combien de temps) au bord de la route pour me conduire jusqu’à la maison de Reza.

C'est une maison simple, spacieuse et fonctionnelle qui se situe au cœur de la vielle ville, et elle a vu défiler de nombreux voyageurs comme en attestent les clichés qui me sont présentés. Au détour d'une conversation avec un ancien professeur de Reza, on me demande pourquoi la France soutient Israël ? J’avoue que j’aimerais bien pouvoir répondre, mais je ne sais pas, et du coup à mon tour je lui demande pourquoi il pense que la France soutient Israël ? Ca m'intéresse, mais il ne sait pas, donc la discussion en reste là … mais prouve néanmoins une fois de plus que la guerre de Gaza est à l’esprit de tous, tout le temps, et ressurgit dans toutes les discussions.


Mercredi 28 Janvier : ce matin je prends mon petit-déjeuner en famille, avec Reza bien sûr, mais aussi avec sa femme Fatima, son fils Nima (6 ans) et sa fille Nassim (8 ans), juste avant que ces deux derniers ne se préparent pour aller à l’école.

Vers 8h00 je quitte à mon tour la maison, et je continue ma route en direction d’Esfahan, non sans effectuer un petit détour par les ruines d’une ancienne ferme fortifiée que j'ai aperçu au loin au pied des montagnes ...

Ancien ensemble de batiments ...

... et qui arbore maintenant quelques décorations d'un style plus contemporain.

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La circulation, beaucoup plus calme depuis Na’in, c'est-à-dire depuis que je n’emprunte plus l’axe qui relie Téhéran avec le sud du pays, s’intensifie à nouveau en approchant d’Esfahan. La route est bordée par des zones industrielles qui rivalisent de laideur, et les camions (ci-dessous) se succèdent sur un rythme effréné. Je n’ai jamais autant utilisé mon rétroviseur …

Autoroute !! Esfahan traffic ...

En arrivant dans Esfahan, les camions cèdent leur place à une multitude de voitures (ci-dessus) dont la dangerosité, surtout lorsqu’elles évoluent en meute, n’a jamais été aussi criante. Il faut revenir au Népal pour retrouver autant d’inconscience et d’agressivité dans la conduite d’une automobile : les clignotants ne sont jamais utilisés, les rétroviseurs sont systématiquement ignorés, les queues de poisson font partie des figures imposées … et plus perturbant, c’est cette persistante impression d’être une cible à atteindre, à renverser et à écraser. Les femmes ne sont pas en reste à ce petit jeu et rivalisent largement avec leurs homologues masculins. Elles peuvent vous regarder franchement dans les yeux et se diriger vers vous à toute allure, en faisant patiner les pneus –lisses depuis longtemps- et en bloquant les roues au dernier moment pour ensuite faire une embardée de côté au risque d’écraser un piéton qui passerait par là : sidérant.


Jeudi 29 Janvier - Lundi 2 Février : Esfahan est considérée comme le joyau de la Perse ancienne, et aussi comme l’une des plus belles villes de culture Musulmane : ses mosquées, ses palais, son bazar, ses ponts et ses jardins sont autant de témoins d’un raffinement architectural qui date du début du XVII ème siècle, une époque où Shah Abbas I avait décidé d’en faire sa nouvelle capitale.

Ci-dessous, la façade est de la mosquée du Shah ... ou comme elle a été renommée à la suite de la révolution Islamique de 1979, la mosquée des Imams.

Imam mosque

Ci-dessous, le dôme situé à l'arrière de la mosquée du Shah, et qui marqua la fin de l'édification de l'ensemble en 1629.

Imam mosque encore ...

La mosquée du Shah se situe au sud de l'immense place Naqsh-e Jahan, maintenant renommée ... la place des Imams, évidemment. Il s’agirait de la seconde plus grande place du monde après la place Tian'anmen de Pékin.

En plus de la mosquée du Shah, cette place comporte au nord (au fond sur la photo ci-dessous à gauche), l’entrée du Bazar-e Bozorgh, à l’ouest, le palais d’Ali Qapu (actuellement en cours de rénovation) et à l’est (photo ci-dessous à droite), la mosquée du Sheikh Lotfollah.


Imam square Sheikh Lotfollah mosque

Ci-dessous, la place vue depuis la terrasse de la maison de thé Qeysarieh, où l'on peut admirer l'ensemble à souhait, en sirotant un thé, en dégustant quelques petits gâteaux traditionnels, et en fumant un qalyan (narguilé) à la pomme ...

Imam square au couhant


J'ai passé la seconde moitié de l'après-midi avec un jeune couple d’Iraniens rencontrés par hasard, et dont je tairai les noms pour ne pas leur apporter d'ennuis, sait-on jamais ...

Mariés depuis quelques années mais sans enfant, Elle, affable, les cheveux teints en blond (c’est plutôt rare) et le foulard sans cesse sur le point de choir, Lui, plus réservé mais tout aussi sympathique, ce sont Eux qui m’invitent au salon de thé (où il faudra cependant négocier serré pour que Elle puisse s’asseoir avec nous, les hommes), ce sont aussi Eux qui m’emmènent visiter les ponts de la ville de nuit (ci-dessous le pont Khaju) et ce sont encore Eux qui insistent pour que je vienne dîner chez eux !


Pont ! Pont !

Le repas est succulent, accompagné qui plus est d’un vin rouge que Lui réalise en cachette (la consommation d’alcool, et encore plus sa production, sont évidemment interdits) et la discussion glisse assez naturellement sur la vie en Iran et l’actualité internationale. De cette discussion ô combien enrichissante, j’ai entendu –et retenu- ceci :
.
Elle => n’a pas supporté de passer 10 heures au poste de police pour un foulard qui avait glissé …
Lui => regrette déjà Bush, le seul espoir à ses yeux de provoquer une guerre et un changement de régime en Iran.
Elle => déplore le tour de vis islamique qui a suivi l’élection de l’actuel président Ahmadinejad.
Lui => se félicite d’avoir pu célébrer leur mariage en réalisant une fête mixte (hommes et femmes ensemble).
Elle => ajoute que l’agence qui a organisé leur mariage a été contrainte par la police de fermer peu après.
Lui => aime jouer au tennis « en vrai », sur un terrain, et au football « en faux », sur sa PlayStation.
Elle => regrette sa « jeunesse perdue » du fait des trop nombreuses restrictions des Mollahs.
Lui => acquiesce.
Elle => rêve d’aller au moins une fois dans sa vie dans une boite de nuit.
Lui => n’acquiesce pas du tout sur ce point là.
Elle => n’enseigne plus à l’université publique car elle ne supporte pas de porter le tchador, de ne pas pouvoir se maquiller … et de devoir (au moins faire semblant de) prier.
Lui => prie tous les jours, sous le regard amusé, presque moqueur, de sa femme.

Tous les deux, Elle et Lui, ont été charmants, et ils ont fait honneur à la longue tradition d’hospitalité de leur pays. Je n’ai pas pu partir sans accepter un kilogramme de dattes, des fruits, et de la nourriture pour quatre jours ... l’hospitalité en Iran est un art.


Je continue ma visite d'Esfahan –sous la pluie- avec le palais Chehel Sotun et ses magnifiques fresques. Plutôt étonné, je remarque que sur les représentations des banquets que tenaient la cour en ces temps là, au XVII ème siècle, les convives manifestement jouissaient des délices du vin (ci-dessous à gauche). Plus étonnant encore, dans une salle adjacente je découvre la représentation d'une femme relativement dénudée (ci-dessous à droite) qui se fait baiser le pied par un homme à genoux. Cette dernière fresque aurait survécu à la révolution Islamique de justesse !!

Chehel Sotun palace Chehel Sotun palace ... the half naked girl who survived the revolution


Coup de projecteur sur la Révolution Islamique Iranienne : pour comprendre l’origine de cette révolution, il est bon de remettre en perspective le contexte Irannien des années 50. C’est à cette époque que Mohammad Mossadegh devient le premier ministre du pays, et décide de nationaliser l’entreprise d’exploitation pétrolière Anglo-Iranian Oil Company. Cette entreprise, relent d’un colonialisme Britannique suranné, ne reversait que 15% de ses profits à l’Iran. De cette nationalisation somme toute anodine et plutôt justifiée, découle toute l’histoire politique Iranienne de la seconde moitié du vingtième siècle. Churchill, vexé, réussit à convaincre les Etats-Unis d’intervenir et Mossadegh (pourtant démocratiquement élu) est renversé par un coup d’état organisé par la CIA en 1953. L’Anglo-Iranian Oil Company est aussitôt dénationalisée (les Etats-Unis en possèdent maintenant 40%) et le Shah reprend les reines d'un pays dorénavant sous forte influence Américaine. Son programme, trop rapidement trop libéral, et faisant peu de cas de la base rurale conservative, mets le pays en ébullition et favorise l’émergence de leaders radicaux prônant un Islam tout puissant. L’Ayatollah Khomeini est le plus en vue de ceux-ci, et lorsqu’en 1979, devant la pression de la rue, le Shah s’enfuie en Egypte, c’est tout naturellement que Khomeini accède au pouvoir. Son programme est simple : libérer le pays des influences étrangères et redevenir fidèle à l’Islam. Le 1er avril 1979 la République Islamique d’Iran est créée, et Khomeini (ci-dessous à gauche) devient son premier leader suprême …

Supreme leaders ... or so they call themselves.

... à sa mort, en 1989, l'Ayatollah Ali Khameini prit sa suite (ci-dessus à droite). Les portraits des deux hommes sont visibles absolument partout en Iran …


Ci-dessous, le bazar à proximité du rond-point Qeyam ...

Sur le marche Sur le marche

... avec ses cyclistes Esfahanites, véritables funambules du chaos urbain que représente la ville !!

A velo ... A velo


Un peu plus au nord se trouve la très ancienne mosquée Jameh (XI et XII ème siècle), véritable musée de l'architecture Musulmane et toujours en très bon état. Elle est magnifique, mais j'avoue que je commence un peu à saturer de tous ces dômes et minarets ... je pense qu'il s'agit de la dernière mosquée que je visite à Esfahan !

Jameh mosque Jameh mosque


Dimanche pluvieux, la météo s'est mise en accord avec la triste visite du cimetière Golestan-e Shohada ... l'un des très nombreux cimetières dédiés aux victimes de la guerre Iran-Irak (1980-1988).

Golestan mausoleum ...

L’Iran réfère à cette guerre sous l’appellation de « la guerre imposée ». En 1980, l’Irak de Saddam Hussein fit une incursion opportuniste dans la région frontalière du Khuzestan, une région particulièrement riche en hydrocarbures. L’Irak espérait ainsi tirer profit du flottement qui suivit la Révolution Islamique chez son voisin. Ce fut une erreur. Car même avec le soutien des puissances occidentales (qui donc n’ont pas hésité à soutenir l’agresseur), l’Irak fut repoussé hors d’Iran dès 1982, date à laquelle la guerre s’enlisa pour six longues années supplémentaires, le bilan humain atteignant au final près de 500 000 victimes de part et d’autre …


Le beau temps revient sur Esfahan, et j'en profite pour me balader dans les quartiers sud (au sud de la rivière s'entend), réputés pour leur plus grande liberté de mœurs, ce qui se traduit dans la rue par la raréfaction des tchadors au profit de manteaux plus clairs et de petits foulards découvrant partiellement quelques mèches de cheveux. Ce n’est pas encore la mini-jupe, la route est encore longue, mais c’est un premier pas et celles qui le prennent le font en bravant la police Islamique.

Le pont ... ... des amoureux

L’équilibre précaire qui veut que ces femmes portent un foulard tout en montrant leurs cheveux est particulièrement périlleux. Elles n’ont d’ailleurs de cesse de réajuster leur foulard (ci-dessous à droite). Beaucoup confessent ne plus supporter ce morceau de tissu qu'on leur impose, moi je me demande ce qu’elles vont faire de leurs mains le jour où elles ne le porteront plus !

Armenian district Armenian district


Je finis le tour d’Esfahan en me promenant dans le quartier Arménien de la ville. C’est Shah Abbas I lui-même qui fit venir en masse les habitants du village Arménien de Jolfa (aujourd’hui situé en Iran au niveau de la frontière avec l’Azerbaïdjan) afin de mettre à contribution ses réputés artistes lors de l’édification des principaux monuments d’Esfahan. Ce quartier s’appelle d’ailleurs aussi Jolfa, les églises y ont remplacé les mosquées et les femmes en tchador se font rares.

Ci-dessous, il s’agit de la cathédrale Vank, dont le clocher est orné d’une horloge importée de Bangkok !

Vank Cathedral Vank Cathedral


Mardi 3 Février : je reprends la route avec une grosse forme ce matin. Motivé comme jamais, je m’extirpe du trafic d’Esfahan sans coup férir. Les quelques jours que je viens de passer en ville m’ont permis de réaliser que ma tactique, jusqu’ici pourtant efficace, qui consiste à regarder les automobilistes droit dans les yeux, est contre-productive en Iran. Il faut en fait éviter à tout prix le contact visuel, car sinon il est admis que le plus faible doit laisser le passage, et à ce petit jeu là, en vélo on perd toujours. Toute la subtilité consiste donc à voir sans regarder …

Je m’attendais à une petite route tranquille … mais j’effectue les premiers 50 km sur une autoroute, ma carte n’est pas à jour, puis ensuite je bifurque sur une route plus calme où des usines de poulets (franchement on ne peut pas appeler ça des fermes) font office de marqueurs kilométriques. Elles sont disposées exactement tous les 2 km, alignées à 100 m du bord de la route. Evidemment, ça sent très mauvais … passez ici une semaine, et je vous mets au défi de remanger un jour du poulet !!

Plus loin, la route devient plus escarpée, les usines ont disparu, les montagnes apparaissent, les petits villages aussi … et je réalise soudainement que depuis trois semaines que je suis en Iran, c’est la première fois que je prends vraiment du plaisir à rouler. Il était temps, mais mieux vaut tard que jamais …

OFF on the road again ...

Ci-dessus, le mont Karkas (3 899 m).


Mercredi 4 Février : le temps est couvert quand je quitte le village de Natanz, les nuages cotonneux annoncent de la neige, et celle-ci ne tarde pas à tomber. C’est beau, mais avec un vent de face, c’est tout de même assez désagréable ... les flocons piquent les yeux !

En arrivant au niveau de l’embranchement qui part vers le petit village d’Abyaneh, j’hésite … ce village pittoresque, haut perché, est un détour de 45 km sur la route de Kashan. A ce moment là la neige faiblit, je prends ça comme un signe et j’attaque l’ascension, je verrais bien. Un peu plus loin je rencontre un habitant du coin qui me promet bien du combat pour arriver jusqu’à Abyaneh : 6 à 7h00 pour monter les 18 km, c’est son pronostic. Voilà qui ne me rassure pas trop. La neige continue de tomber, mon vélo devient peu à peu tout blanc, et je monte tout doucement. La pente est effectivement bien raide, entre 6 et 12% ! Je fais de nombreuses pauses, dos au vent, pour apprécier le spectacle et le silence. Ce n’est pas facile, mais c’est véritablement magnifique. Au fur et à mesure que je monte, la température chute, il fait -1 degré à midi. Une heure plus tard, mon dérailleur est gelé, je suis maintenant bloqué sur le petit pignon, que je quitte peu souvent de toute façon ...

Abyaneh est proche, il ne reste plus que 1 ou 2 km selon mes estimations. C’est à ce moment là qu’une voiture me double et se gare quelques dizaines de mètres plus en avant. Sous la neige qui tombe toujours, son chauffeur sort et m’interpelle. Il s’appelle Nima, et il veut savoir d’où je viens, où je vais, ma nationalité, et il me pose toutes les autres questions que j’entends 10 fois par jour. Pendant ce temps là, sa femme attend patiemment et il lui traduit mes réponses au coup par coup. Satisfait de notre échange, il remonte en voiture, m’annonce qu’Abyaneh n’est plus qu’à 8 km et redémarre ... me plantant là au bord de la route avec la perspective non plus de pédaler encore 10 minutes, mais peut-être 2h00 supplémentaires. Je repars à mon tour, mais je lui en veux un peu … et puis il ne se passe pas 2 minutes que je le vois revenir en sens inverse, il s’arrête à mon niveau, il s’excuse, il ne reste pas 8 km jusqu’à Abyaneh, mais un seul petit kilomètre. Ah, je le savais bien !! Pour ce dernier kilomètre, il me propose de m’accrocher à sa portière arrière, il veut jouer le remonte-pente … mais comme je n’ai pas de skis, je refuse poliment, il n’insiste pas et repart en me lançant un « powerful Chirac » !! Comprendra qui pourra. 500 mètres plus loin il m’attend devant le panneau matérialisant l'entrée d'Abyaneh, il veut que l’on fasse une photo ensemble, il souhaite aussi m’inviter à déjeuner et me guider dans le village. Devant un tel enthousiasme, je me laisse faire … et je ne le regrette pas. Le déjeuner est somptueux et le tour du village instructif ...

Abyaneh Abyaneh

... et puis il s'excuse encore et encore, mais il doit repartir à Téhéran où il a une réunion ce soir (Abyaneh-Téhéran, 4h00 de route), il m'invite chez lui à Téhéran, je lui explique que je ne vais pas à Téhéran, alors il m'offre un pendentif porte-bonheur, ça n'en finit pas ... et je le répète une nouvelle fois, l'hospitalité en Iran est un art !!

Abyaneh est un village d'altitude (2 300 m) adossé au Mont Karkas (3 899 m), c'est le plus haut village de la région et c'est aussi le plus froid. Cette nuit la température devrait descendre autour de -5 / -7 degrés d'après les spécialistes du coin. Donc avec ce soir de la neige fondue sur la route et cette nuit du gel, demain c'est le verglas assuré … et descendre des pentes à 12% avec un vélo de 60 kg sur du verglas, je n'ai encore jamais tenté l'expérience, ça promet !

Inch Allah (Si Dieu le veut), on verra demain ...


Jeudi 5 Février : ... et Allah a bien voulu. Ce matin la route n'est pas gelée, il y a un grand ciel bleu et les températures sont nettement au dessus de zéro. Une intervention divine, c’est exactement ce dont j’avais besoin. Méfiance tout de même, car la descente est longue et les zones d’ombre, tout comme les ponts, sont particulièrement piégeux. Quand la route se met à scintiller, il s’agit de garder le vélo bien droit et de ne surtout pas toucher aux freins … rester sur le vélo et garder le vélo sur la route EST l’objectif de la journée !

OFF from Abyaneh ...

Je rejoins ensuite la route qui relie Natanz à Kashan … c’est une ancienne route qui est maintenant doublée par une autoroute (une autobahn comme disent les Iraniens) qui se trouve quelques kilomètres plus à l’est. Je ne suis donc pas gêné par la circulation, je suis pour ainsi dire tout seul et ça me convient très bien. Les paysages sont désertiques, toujours, et pourtant il se trouve en plein milieu de la plaine des pelleteuses et des tentes militaires, ils ont l’air de creuser … puis le panneau « no photo » apparaît, suivi du panneau « interdiction de s’arrêter », les deux se répétant tous les 500 mètres … hum, hum, il y a de toute évidence quelque chose de peu ordinaire dans les environs, puis des batteries anti-aériennes font leur apparition, sur la moindre butte, sur le moindre rocher, il y en a partout. Les canons semblent scruter le ciel … hum, hum bis, je m'approcherais d'une installation nucléaire que ce ne serait pas différent, et ça ne loupe pas, 10 km plus loin je passe devant le « centre de recherche nucléaire et d’enrichissement d’uranium de Natanz ». C’est le site le plus controversé du programme nucléaire Iranien, et c'est celui qu’Israël a promis de détruire avant qu’il ne devienne opérationnel … une menace que l'Iran n'a pas pris à la légère, puisqu'Israël a déjà par le passé réduit à néant –de manière préventive- les ambitions nucléaires de l'Irak (en 1981, un réacteur construit par la France !) et de la Syrie (en 2007, un entrepôt de matériel suspect venant de Corée du Nord).


L'Iran et le nucléaire :
la question de savoir si l’Iran a le droit de développer un programme nucléaire civil et militaire est une épineuse question. Si l’on peut évidemment souhaiter que la prolifération nucléaire ne continue pas, il est par contre difficile de cautionner que des pays qui possèdent cette arme et qui s’en sont déjà servis (Cf. le bombardement d’Hiroshima et de Nagazaki par l’armée Américaine en 1945) s’érigent en donneurs de leçon sur le sujet.

L'Iran vient de mettre en orbite son premier satellite, à lire les journaux et à écouter nos dirigeants, c'est la preuve que l'Iran va prochainement développer un missile nucléaire : cela vire à la paranoïa. Je me suis donc plongé un peu dans l'histoire récente de l'Iran pour rechercher d'où vient cette méfiance à l'égard du régime de Téhéran. Quel pays l'Iran a t-il envahi ? bombardé ? détruit ? ... le croirez-vous ? je n'ai rien trouvé ... ou plutôt si, je me suis rendu compte que l'Iran a subi tout au long du XX ème siècle les ambitions des autres : de la spoliation de ses ressources pétrolières par l’Angleterre, en passant par le coup d'état des Etats-Unis en 1953, suivi d’un régime à la botte des Américains pendant 25 ans ( !!), puis l'agression Irakienne sponsorisée par les puissances occidentales, et l'embargo économique depuis 30 ans, et même, peut-être le fait le plus incroyable de cette liste, la destruction en plein vol d'un avion de ligne Iran Air par une frégate Américaine en 1988 (290 morts civils). L’Occident en a tellement fait voir à l’Iran, qu’il peut à juste titre redouter une réaction, tôt ou tard, franchement agressive … mais la stratégie qui consiste à continuer de taper sur l’Iran pour retarder autant que possible cette réaction n’est pas indéfiniment tenable, il va falloir à un moment trouver autre chose, sinon il est à craindre que cela finisse vraiment mal. La mauvaise réputation de l'Iran n'est pas basée sur des faits, elle semble davantage relever du fantasme pour ceux « qui n'aiment pas que l'on suive une autre route qu'eux ».


Trêve de digressions politico-historiques, pendant ce temps j’ai continué à pédaler et le site de recherche nucléaire est maintenant loin, je peux donc enfin m’arrêter et faire une petite pause sans risquer de passer pour un dangereux espion à la solde du « grand Satan ». Ci-dessous, un village sur la route de Kashan ...

Natanz-Kashan ...


Vendredi 6 Février : je suis à Kashan, et j’ai trouvé une auberge DANS le bazar de la ville. C’est pittoresque à souhait, avec un toit vouté et une fenêtre donnant directement sous un dôme et son puits de lumière … j'adore.

Le bazar est immense, il s’étend sur près d’un kilomètre de long … et l’on y trouve de tout : des épices, des noix, des fleurs, de l’artisanat, des vêtements, et notamment ces robes hallucinantes (ci-dessous à droite) que je ne désespère pas de voir ailleurs que sur un mannequin dans un magasin !!

Le bazar de Kashan Le bazar de Kashan

Kashan est aussi célèbre pour ses maisons traditionnelles … d’immenses bâtisses, presque des palais, qui datent du début du XIX ème siècle et qui ont appartenu à de riches notables de l’époque. Ci-dessous, l’une d’elle, la maison Khan-e Borujerdi.

Maison ... non, palais !! Borujerdi


Samedi 7 Février : je continue ma route vers le nord ... et en pédalant en direction de Qom, je passe à proximité de Neauphle-le-Château (!!??). Ah oui, moi aussi ça m’a surpris en voyant le panneau. Renseignements pris, la petite ville des Yvelines de Neauphle-le-Château s’est rendu célèbre en Iran en accueillant Khomeini pendant quelques mois, entre le moment où il fut expulsé d’Irak, en octobre 1978, et le moment où il rentra victorieusement en Iran, le 1er Février 1979. En souvenir de cette époque où Khomeini préparait son accession au pouvoir depuis la France, une ville Iranienne fut donc ainsi rebaptisée ... et il y aurait aussi une rue Neauphle-le-Château à Téhéran.

La route étant désespérément droite et plate, j'arrive à Qom pour l’heure du déjeuner après avoir parcouru un peu plus de 100 km. Qom est un haut-lieu du Chiisme, la ville est considérée comme le second lieu saint du pays après Mashhad, et des étudiants du monde entier viennent y étudier l’Islam. Ci-dessous, le principal complexe Musulman de la ville, Hazrat-e Masumeh, le mausolée de la sœur de l’Imam Reza.

Qom


Dimanche 8 Février : je continue plein nord en direction de la ville de Saveh, et en regardant les quelques champs de verdure qui bordent la route, je réalise que ce sont les premiers champs cultivés que je rencontre en Iran … après un mois de voyage et 1 500 km parcourus !!

Un champs vert !


Lundi 9 Février : 
toujours plus au nord, cette fois en direction de Bua'in Zahra, cette journée est placée sous le signe de l’Hospitalité Iranienne avec un H majuscule, car des journées comme celle-ci, c’est tout simplement exceptionnel. A midi, alors que je fais une pause en retrait de la route et que je prépare mon habituel pain-fromage, les deux policiers que j’ai rencontrés un peu plus tôt s’arrêtent à mon niveau et me tendent un plateau repas : riz + poisson + soda … et ils repartent tout sourire, manifestement satisfaits de leur effet. Moi qui nourris une vilaine rancune à l’égard de la police Iranienne depuis mes déboires avec eux dans le sud du pays, j’avoue ne pas y croire. Le soir, en arrivant à Bua’in, c’est Mahmoud qui prend le relais et qui m’invite à diner chez lui, à discuter avec ses amis et enfin à dormir sur son tapis (qui fait office de canapé en Iran) … l’occasion une fois de plus d’échanger sur les questions de religion, sur la politique, sur Gaza et sur Israël.


Mardi 10 Février : à chaque « excès » suit un excès opposé, c’est la loi de l’équilibre. Aujourd’hui en arrivant dans la seule auberge de Abhar et alors qu’il se met à pleuvoir, le tenancier me propose une chambre sans fenêtre, sans chauffage, sans douche et avec WC en commun pour 15 Euros la nuit … soit au bas mot cinq fois le prix habituellement demandé pour ce genre de « prestations ». L’homme est fourbe, il ne regarde pas en face, il marmonne, et il ne baissera pas son prix d’un iota malgré le flot de honte qu’il ne peut manquer de ressentir. Je l’ai puni, j’ai payé ! La honte restera.


Mercredi 11 Février : si les températures extrêmement clémentes de ces derniers jours (jusqu'à 20 degrés) pouvaient presque suggérer l’arrivée du printemps, ce matin le rappel à l’ordre est brutal : il fait 2 ! et ce sera le maximum de la journée car ensuite le thermomètre se calera pile sur 0.

Il a plu toute la nuit et les premiers 50 km se font sous la menace des nuages, mais j’ai bon espoir de passer une nouvelle fois à travers les averses, car devant, les nuages sont plus clairs … il y a même de temps à autre une nette lueur qui indique que le soleil est bien derrière tout ce coton. Tant qu'il y a de la lueur, il y a de l'espoir ....

Temps chafouin ...

Tout allait donc bien jusqu'à ce que le vent se lève et redistribue les cartes. En l'espace de 10 minutes et alors que je ne suis plus qu'à quelques kilomètres du village de Soltaniyeh, je me retrouve au beau milieu d'une tempête de neige, le nez dans le guidon pour éviter l'impact des flocons rendus particulièrement agressifs par la force du vent ... on est bien peu de chose quand les éléments se déchaînent ! Diantre, ça ballotte sévère.

En arrivant à Soltaniyeh, je me refugie bien vite dans un magasin chauffé, en l'occurrence un vendeur de kebabs ... et j'en profite pour prendre mon déjeuner en attendant que le gros de la tempête passe. Et elle passe … ce qui me permet de visiter un peu ce petit village rendu célèbre par la présence du mausolée Oljeitu, remarquable par son énorme dôme, le plus haut dôme en brique du monde !

Mausolee Oljeitu de Soltaniey Mausolei Olteiju de Soltaniey

Ce mausolée fut construit au XIII ème siècle sur commande du Sultan Mongol Oljeitu. Celui-ci avait prévu de faire venir d’Iraq la tombe du premier Imam Ali, personnage saint parmi les saints pour les Musulmans Chiites … mais le Sultan se convertit au Sunnisme avant la fin des travaux, et il décida alors de faire de cet immense mausolée son propre tombeau.

La neige s’est remise à tomber, et j’hésite entre passer la nuit à Soltaniyeh ou bien continuer jusqu’à Zanjan (45 km). Ma première idée était de passer la nuit ici, et pourtant, voilà que je me remets en route sous la neige … au début tout va plutôt bien, j’esquive les flocons … mais la tempête bientôt redouble et la neige s’accumule sur la route. Les accotements deviennent impraticables, et les klaxons des camions n’y changent rien. La neige mi-fondue fait des flaques marronnasses au milieu de la chaussée, flaques que les camions, toujours eux, ne manquent pas de m’envoyer à la figure sans ménagement. Je suis marron à gauche et blanc à droite ! Je n’avais pas prévu que je me ferais ainsi asperger, et n’ayant pas revêtu les vêtements adéquats, je suis trempé jusqu’aux os … et j’ai les pieds gelés ! Du coup je m’arrête tous les 5 km pour marcher un peu et refaire circuler le sang. Zanjan est en vue, ça va aller, mais la prochaine fois qu’il neigera, j’y réfléchirai à deux fois avant de me lancer au milieu de la circulation ... 


Jeudi 12 et Vendredi 13 Février : Zanjan est une ville moyenne de 300 000 habitants. D’allure moderne, elle ressemblerait presque à une ville Européenne, si ce n’était ses deux magnifiques caravansérails du centre-ville ou encore son authentique bazar qui semble ne jamais devoir finir.

Bazar de Zanjan .... Marchand de tapis ...

Ci-dessus, le bazar de Zanjan, avec à droite, un des très nombreux vendeurs de tapis ... et ci-dessous, un chat Perse ... faute d'avoir vraiment l’air Persan, sur un tapis toutefois assurément Persan ! 

Chat Persan ...
Tapis Persan ...

Les tapis recouvrent généralement l'intégralité du sol dans les maisons d'Iran, c'est aussi l'un des principaux produits exportés par le pays.


Samedi 14 Février : je me dirige ce matin en direction de la frontière Turque, distante d'environ encore 500 km, et parce que j’espère enfin me défaire des camions, j’ai opté par une toute petite route récemment goudronnée qui se faufile au milieu des montagnes …

La route monte gentiment, la pente est assez modeste et je trouve exagéré la répétition des panneaux annonçant une pente de 10% au moindre faux-plat. M’élevant graduellement, les paysages commencent à être partiellement recouverts de neige, certainement cette même neige qui est tombée il y a trois jours alors que je luttais pour rejoindre Zanjan.

Et c'est parti

Je parcours ainsi une bonne vingtaine de kilomètres, tranquillement, et je me rapproche de plus en plus d’une chaîne de montagnes toutes blanches, réellement impressionnantes. Je cherche la brèche, le virage, le tournant, le dédoublement qui fera que je vais passer à travers l’obstacle, et non par-delà celui-ci … en vain. Les 10%, de moyenne qui plus est, c'est à dire avec des pics à 14 et 15%, c’est maintenant que ça commence, et c'est du sérieux !!

A ce rythme, j’avance horizontalement peu, de l’ordre de 5 ou 6 km/h, mais par contre j’avance verticalement à toute allure ; je gagne une bonne centaine de mètres d’altitude toutes les dix minutes et je me retrouve rapidement au milieu de la neige.

NEIGE

Le spectacle est magnifique et les arrêts nombreux ... mais je déplore toujours une pléthore de camions dont je ne m'explique pas ce qu'ils peuvent venir faire sur ces pentes vertigineuses. Il y a pourtant une autoroute qui fait le tour de ce massif montagneux, donc à quoi bon se donner la peine de le traverser !?

Lorsque je parviens en haut de cette première véritable ascension, c’est pour découvrir une profonde et étroite vallée dans laquelle la route se jette pour remonter seulement quelques kilomètres plus loin sur la montagne qui me fait face, et ainsi de suite, ce sera le même recommencement pendant toute la journée …

Lorsque j'arrive à Dandy, je ne suis pas surpris de constater que mes statistiques du jour révèlent une grosse étape de montagne : 100 km, 12 km/h de moyenne, 1 800 m de dénivelé positif et un plus haut col à une altitude de 2 400 m. C'est assurément une bonne journée. Dandy est un petit village minier, ce qui explique une bonne partie du trafic poids-lourd que j'ai eu à subir jusqu'ici. Il n'y a pas d'hôtel, mais le restaurant-kebab dépanne occasionnellement les voyageurs de passage. S'en suit une longue discussion entre ceux qui pensent que je peux dormir là et ceux, minoritaires toutefois et qui n'auront pas le dernier mot, qui veulent m'envoyer au poste de police.

La langue qui est utilisée dans la région n’est plus le Farsi, mais un étrange mélange de Turc, de Kurde et de Farsi. Je suis d’ailleurs officiellement dans la province du Kurdistan Iranien depuis aujourd’hui … et ce soir avant de me coucher, on me met en garde contre le danger que représentent les loups dans la région …


Dimanche 15 Février : aujourd’hui, c’est comme hier, mais en plus haut (2 650 m) et en plus pentu (jusqu’à 16%) ! Ce n’est plus une route que j’emprunte, c’est un manège de fête foraine, avec de longues et pénibles ascensions suivies de courtes et fulgurantes descentes entre 70 et 80 km/h. Arrivé au pied de certaines pentes, de véritables murs, j’avoue m’être posé pour la première fois la question de savoir si c’était tout simplement possible à vélo ? La réponse est oui, mais il ne faut pas avoir peur d’appuyer ...

En chemin je passe devant la dernière mine exploitée de la région, il n'y a maintenant plus de camion, je suis seul avec les montagnes, c'est blanc et c'est beau ...

Neige encore ...

Peu après midi, j’arrive sur le site de Takht-e Soleiman, où l’on peut observer ce qui reste d’un temple Zoroastrien vieux de plus de 1 500 ans. Ce ne sont que des ruines où de vieilles pierres se mélangent avec des échafaudages flambant neufs devant un cratère de volcan rempli d'eau. Le résultat n’est pas particulièrement heureux, mais ce site a une histoire intéressante.

Takt-e Soleiman ...

Le Zoroastrisme est la religion originelle de la Perse antique, bien avant que l’Islam n’arrive avec les invasions Arabes du VII ème siècle. A cette époque, les gardiens du temple craignirent que les Arabes ne détruisent leur lieu de culte, et connaissant le respect de l’Islam pour les personnages bibliques, ils inventèrent de toutes pièces une fable indiquant que le Roi Salomon avait un jour il y a bien longtemps séjourné ici, renommant au passage leur temple Takht-e Soleiman en référence au Roi Salomon. La ruse fonctionna, le temple fut sauvé et le nom resta.

La preuve par l’histoire qu’un petit mensonge vaut parfois mieux qu’une grande armée.


Lundi 16 Février : ça devait être tout plat aujourd’hui, mais cela monte toujours, encore et encore, avec des bas, sans neige ...

Takab out north ...

... et des hauts  tout devient blanc. 

Re NEIGE !!

Entre ces deux dernières photos, il n'y a que 10 km ... et 600 m de dénivelé. Sur cette portion je traverse de nombreux villages Kurdes, et je remarque au passage que les habitudes vestimentaires y sont différentes. Les hommes portent de grands pantalons bouffants (un peu comme les Baloutches), une veste courte et une large ceinture en étoffe. C’est élégant. Les femmes quant à elles ont enfin abandonné le noir et le gris foncé pour des tenues particulièrement colorées, et c’est nettement plus gai !


Un peu plus loin pendant que je monte un dernier col, j’observe un loup qui traverse la route, la silhouette ne trompe pas, donnant ainsi de la substance aux mises en garde que j’avais reçues, et me permettant enfin de mettre un nom sur toutes ces empreintes de pas que je vois depuis plusieurs jours dans la neige ! Ce loup est seul, il a perdu sa meute.

Ce dernier col, car il y a toujours un dernier col pour qui sait être patient, même lorsque cela semble ne jamais vouloir finir, ce dernier col donc, annonce le début d’une grosse descente où pendant près de 20 km je n’aurai même pas à effleurer les pédales : le rêve de tout cycliste, du pur bonheur. Les vues sont à couper le souffle, mais je fais mon maximum pour rester concentré, j'évite ainsi de peu deux chiens de berger au milieu de la route, suivis une épingle plus bas par le troupeau de moutons lui aussi au milieu de la route, et peu à peu je m’enfonce au fond d’une étroite vallée où coule une rivière. La rivière descend, c’est important, car ma route suit maintenant cette rivière jusqu’à Miyando’Ab, mon point de chute pour ce soir. Le plus dur semble donc fait et il n’y a plus qu’à dérouler sur les 80 km qu’il me reste à parcourir … eh oui, aujourd’hui est une étape de 140 km.

Dans la descente ...

Cette région du Kurdistan, frontalière de l’Iraq qui ne se trouve qu’à une petite centaine de kilomètres plus à l’ouest, fut le théâtre de combats acharnés lors de la guerre Iran-Iraq. Les cimetières sont nombreux et garnis, les rues des villes affichent les portraits de leurs victimes, certaines façades de bâtiments sont repeintes à l’effigie de tel ou tel soldat mort au combat … et partout des colombes blanches sont représentées sous forme de statues ou de fresques, comme autant de supplications pour une paix durable. Cette guerre que l’Occident a soutenu contre l’Iran, cette guerre inutile comme toutes les guerres, cette guerre qui s’est achevée il y a seulement vingt ans, est une profonde blessure qui ne s’est toujours pas refermée en Iran, et dans ces conditions il apparaît plus que douteux que le pays se lance dans une autre guerre, même contre Israël, n’en déplaisent à ceux qui préparent la troisième comme le disait si bien Pierre Desproges.


Mardi 17 Février : ce matin est un matin à problèmes. Ca arrive. La police est là et étudie minutieusement la photocopie de mon passeport que j’ai laissée hier soir à la réception de l’hôtel. Ils sont deux, en civil, et ils ne sont pas satisfaits, ils veulent voir l’original … mais l’original j'ai pris l'habitude de le garder bien précieusement pour éviter de m’en faire déposséder par des policiers malintentionnés ou des réceptionnistes négligents, j’invente donc généralement une histoire comme quoi mon passeport est à Téhéran dans une ambassade. Ca a toujours bien fonctionné jusqu’à ce matin, mais ce matin ça coince. Ils partent alors de l’hôtel avec ma photocopie sans même me dire un mot. Je dois attendre. Pendant ce temps-là le réceptionniste me montre la facture pour le diner d’hier soir, plus élevée de 50% par rapport à ce que j’escomptais. Tiens donc, un coup d’œil plus attentif sur le menu m’indique que les prix en Farsi et en Anglais sont différents … le vilain piège, et le réceptionniste ne se démonte pas, ce n’est pas de sa faute et je dois payer. Il y a des matins comme ça où tout va de travers …

Régler les problèmes un par un : d’abord contacter le responsable de l’hôtel et l’interpeller sur des pratiques qui flirtent avec la malhonnêteté. Il s’excuse. Ensuite aller au poste de police avec le réceptionniste (qui a lâchement laissé filer un document que je lui avais confié) et récupérer la photocopie de mon passeport. Cela prendra une heure après je ne sais qu’elle vérification faites auprès de Téhéran, mais je la récupérerai. Je bouillonne doucement, mais je bouillonne quand même et c’est avec un retard conséquent que je me lance à l’assaut des 150 km qui me séparent d’Orumiyeh. Triple zut, les étoiles devaient être mal alignées cette nuit … et puis je remets tout en perspective en passant devant un attroupement autour d’un motocycliste qui gît inanimé au milieu d’une mare de sang, manifestement renversé par une voiture.

Mes problèmes, au demeurant résolus, n'étaient que de tous petits problèmes ...

Je comptais sur une étape de plat pour rouler à bonne allure, et c’est à nouveau de la montagne qui se présente à moi, ou des collines plutôt, mais il faut tout de même les monter. Le vent est également de la partie aujourd’hui, mal orienté comme toujours depuis que je suis en Iran, il souffle d’ouest, c'est-à-dire de 3/4 face. Avec mes sacoches, j’ai une prise au vent latérale particulièrement élevée, et plusieurs bourrasques réussissent à m’éjecter purement et simplement hors de la route. Je ne fais pas le malin, c’est vraiment dangereux, les accotements sont mauvais, la route est un bon mètre au-dessus des champs et les camions ajoutent aux mouvements d’air des effets tourbillonnants difficiles à anticiper, ce qui fait qu’au final je zigzague plus que je n’avance. Je finis cependant par m’y faire, jusqu’à ce que je vois arriver deux camions de front, l’un doublant l’autre, suivis 50 mètres plus loin par deux autres camions effectuant la même manœuvre. Je n’existe pas, je ne compte plus … cramponné à mon guidon, j’essaye pourtant de me donner de la vitesse pour atténuer les effets du vent, en vain, le passage des deux premiers camions m’aspire jusqu’au milieu de la chaussée, je fais ainsi bien face aux deux autres mastodontes qui arrivent en klaxonnant, et lorsque le vent s’engouffre à nouveau dans mes voiles, je dégage la voie plus vite que prévu et je descends le talus pour me poser au milieu d’un champ. C’est un moindre mal, peut-être aurais-je du m’arrêter !? J’essaierai la prochaine fois … mais il n’y aura pas de prochaine fois, enfin pas aujourd’hui, peut-être un autre jour ... Quel VENT !!

En milieu d'après-midi, je parviens jusqu'au bord du lac Orumiyeh. C’est un immense lac salé avec très peu d'eau, mais qui attire une foule d'oiseaux dont notamment un grand nombre de flamands roses ...

Lac Orumiyeh

Le vent contrarie toujours ma progression mais il est devenu plus régulier, plus prévisible … et j’arrive à Orumiyeh juste après la tombée de la nuit, vers 19h00. Si la police de Miyando’Ab m’avait laissé tranquille ce matin, je serais arrivé de jour, mais qu’importe, je suis arrivé et c’est ce qui compte.

Je réalise ce soir que sept mois et quelques d'entrainement intensif me permettent maintenant d’enchaîner des étapes relevées sans trop de difficultés. Je viens ainsi de couvrir 500 km de montagne en quatre jours, avec des pentes allant jusqu’à 16%, un dénivelé cumulé de près de 6 000 m … et même du vent de face pour finir, soit un ensemble de conditions défavorables que je n’avais jamais rencontré réunies jusqu’ici ! C'est une leçon, l'entrainement paye toujours ...


Mercredi 18 et Jeudi 19 Février : Orumiyeh constitue ma dernière escale en Iran, la frontière Turque n’étant plus distante que d’une petite cinquantaine de kilomètres. Orumiyeh est une ville agréable, les trottoirs sont larges, les gens marchent et il existe même une rue piétonne du plus bel effet. Peut-être est-ce le vent de liberté qui souffle depuis la Turquie laïque, mais le fait est que de toutes les villes que j’ai visité en Iran, Orumiyeh est celle où le foulard se porte le plus en arrière, symbole d’une certaine émancipation des femmes d’ici.

Bonne chance à elles, et d'une manière plus générale, bonne chance à l’Iran sur la scène internationale, les défis et les obstructions qui les attendent sur la voie de la reconnaissance et du respect mutuel sont dans les deux cas nombreux.


Vendredi 20 Février : je me dirige ce matin vers le poste frontière de Sero. Il y a deux passages possibles entre l’Iran et la Turquie, et j’ai choisi le moins utilisé des deux pour être plus tranquille … Sero est perché en haut d’un col à 1 700 m d’altitude, ceci expliquant cela.

Une journée où l’on traverse une frontière n’est jamais une journée vraiment comme les autres, il y a ce formidable sentiment d’effectuer un pas de géant, cette exaltation de se retrouver en territoire inconnu … mais aussi la crainte que les formalités administratives coincent sur un détail : un tampon de travers, une date erronée, un document qui manque, que sais-je ? on m’en invente une nouvelle presqu'à chaque fois.

J’arrive à Sero vers midi, il neige depuis une bonne heure et les environs sont déjà tout blancs. Je me dirige vers le bureau de l’immigration, je montre mon passeport à plusieurs personnes qui l’inspectent en long, en large et en travers, mais manifestement tout est en ordre et j’obtiens mon bon de sortie ! Je suis alors accompagné jusqu’au large portail en fer destiné au passage des automobiles, verrouillé à cette heure, mais que l’on ouvre pour moi et mon vélo. Je franchis le seuil, j’effectue quelques mètres, puis le portail claque derrière moi. L’Iran, c’est fini … et devant au loin, j’entrevois le drapeau Turque qui flotte au vent juste à côté d’un portrait d’Atatürk ! L’aventure continue …




Le fait marquant en Iran


C’est l’incroyable hospitalité dont les Iraniens et les Iraniennes sont capables, bien loin des clichés véhiculés en Occident sur leur soi-disant hostilité. J’étais bien renseigné sur le sujet, donc je m’y attendais un peu, mais j’avais tout de même largement sous-estimé le phénomène. Les invitations à déjeuner, dîner et dormir furent légion, les cadeaux aussi, je ne compte plus la quantité de nourriture qui m’a été offerte, ni les talismans porte-bonheur pour que Allah veille sur moi. Cette faculté qu’ont les Iraniens de mettre les besoins d’un parfait inconnu au dessus de leurs propres besoins, de s’en occuper et de veiller à son bien-être est tout à fait remarquable, je n’avais jamais rien vu de tel, je n’en reviens toujours pas … et je ne peux m’empêcher d’être un peu inquiet en imaginant un cycliste Iranien voyageant en France. Comment sera-t-il reçu et qu’en retiendra t-il ? L’hospitalité à la Française, qui existe j’en suis persuadé, sera-t-elle malgré tout à la hauteur ? Et surtout saura t’elle se projeter au-delà de la mauvaise réputation, injustifiée mais tenace, qui colle à la peau d’un pays comme l’Iran ? Je l’espère, ce serait alors une magnifique preuve d’harmonie entre les peuples, et une leçon de savoir-vivre donnée à nos dirigeants respectifs.




J'ai aimé/ je n'ai pas aimé en Iran

j'ai aimé je n'ai pas aimé
l’hospitalité, à la ville comme à la campagne la police Iranienne, empêcheuse de pédaler en rond ...
l’esthétisme d’ensemble que l’on retrouve en toutes choses  les comportements des autres usagers de la route
les nombreuses peintures en trompe l’œil le nombre de voitures et de camions en circulation
les montagnes enneigées du Kurdistan (nord) la monotonie des paysages et les longues lignes droites avec vent de face
la ville en terre de Yazd les femmes en tchador noir, les ombres de la rue, éternelles veuves du défunt Ayatollah Khomeini 
les interminables bazars le gaspillage énergétique, notamment pour le chauffage : 30 degrés avec les fenêtres ouvertes, ce n'est pas rare.
les nombreux caravansérails la monoculture alimentaire du kebab, lassante à la longue
les dattes et les pistaches découvrir au moment du petit-déjeuner que le yaourt acheté la veille est à l’ail !!




Les informations pratiques à propos de l'Iran :
 
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  • niveau de pollution atmosphérique : moyen à bon (mais je ne suis pas allé à Téhéran).
  • météo en Janvier 2009 : soleil, vent d'ouest, froid relatif (entre -2 et +15 degrés) et quelques jours de neige.
  • météo en Février 2009 : similaire au mois de Janvier, mais avec plus de froid (-4), plus de neige et plus de vent.
  • état des routes : moyen à bon.
  • densité du trafic : élevée.
  • comportements sur la route : mauvais en général et extrêmement dangereux en ville.
  • traits de caractère : des Mollahs intégristes de Qom aux jeunes femmes libérées de Téhéran, il est difficile de trouver le moindre point commun entre ces deux catégories de la société Iranienne. Les uns contrôlent la société d’une main de fer, les autres aspirent à une liberté totale. Entre les deux, le nuancier des idéaux est riche et parfois surprenant. La société Iranienne est une adepte du grand écart ...
  • hospitalité : excellente en général, mais il y a eu plusieurs couacs retentissants avec des gérants d'auberges qui n'ont eu aucun scrupule à me facturer jusqu'à 5 fois le prix de la chambre en voyant que je n'avais pas d'autre option (typiquement un village avec une seule auberge alors qu'il vient de se mettre à pleuvoir ou neiger !!). 
  • cuisine : du kebab, du kebab, encore du kebab et presque toujours du kebab, en sandwich, avec du riz ou du pain ... mais -presque- toujours du kebab. C'est très bon, mais cela peut devenir rapidement lassant ... heureusement qu'il est parfois aussi possible de trouver du poulet grillé, mais végétariens, passez votre chemin, il n'y a rien pour vous en Iran !! 
  • quelques prix : le litre et demi d'eau minérale = 3 000 Rials, un sandwich kebab = 10 000 Rials, un plat riz + kebab = 40 000 Rials et une nuit en auberge standard = 60 000 - 150 000 Rials.
  • dépenses moyennes par jour : ~ 20 Euros/jour.
  • la langue : salam aleikoum (bonjour) et merci (si, si) ou motashakeram (merci).
  • le mot le plus entendu : balé, balé (oui, OK).
  • le mot le plus utilisé : gormah (dattes) ... si comme moi vous ne pouvez vous en passer.
  • les prénoms : Sharuz ou Mahmoud pour un homme et Nargess ou Sara pour une femme.

vers le carnet précédent : le Pakistan *** vers le carnet suivant : la Turquie



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