Rose des Vents

    Aventures Bicyclétales ...

Evolution
Voyager vers l'inconnu, rencontrer les Hommes, respecter la Terre !!
 Accueil
Le carnet de voyage au Tibet (Chine) ...                  (2 340 km / 04 Sept - 02 Oct 2008)
 Les carnets de voyage
 << Avant *** Après >>

 Tibet flag     China
   
Dalai Lama 14     Hu Jintao
.



Les informations générales sur le Tibet

  • Capitale : Lhassa.
  • Superficie du Tibet avant l'invasion Chinoise de 1950 : 2 500 000 km2 (= ~4 x France). Cela représente aussi 25% de la superficie totale de la Chine d'aujourd'hui.
  • Superficie après les coupes effectuées par le gouvernement Chinois : 1 221 600 km2 (= ~2 x France).
Great Tibet and its sub-divisions
  • Population du Tibet toutes sous-divisions réunies : ~ 6 millions d'habitants (= 0.1 x France).
  • Population de la région autonome du Tibet (en jaune) : ~ 2.5 millions d'habitants (= 0.05 x France).
  • Densité : 2 à 2.4 habitants / km2. 
  • Langue : Tibétain et Mandarin.
  • Principale religion : Bouddhisme Tibétain, une combinaison entre les anciennes croyances Bön et le Bouddhisme Mahayana.
  • Indice de Développement Humain (IDH) : il n'est pas disponible pour le Tibet, mais serait vraisemblablement parmi les plus faibles du monde. Qu'est-ce-que l'IDH ?
  • Gouvernement : en exil à Dharamsala (Inde) depuis 1959.
  • Leader spirituel : le 14ème Dalai Lama (depuis 1940). Il a fuit en Inde en 1959.
  • 2nd plus important Lama : le 11ème Panchen Lama (depuis 1995). Il y en a en fait deux. Gedhun Choekyi Nyima a été identifié en 1995 par le Dalai Lama et est depuis en résidence surveillée avec sa famille, ce qui fait de lui le plus jeune prisonnier politique de l'histoire (il n'avait que 6 ans à l'époque des faits). Le second 11ème Panchen Lama, qui est considéré comme une "faux" par de nombreux Tibétains, a été désigné par le gouvernement Chinois. Il réside à Pékin et non pas au Tibet.
  • 3ème plus important Lama : le 17ème Karmapa, Ogyen Trinley Dorje (depuis 1992). Il a fuit en Inde en 1999.
  • Taux de croissance 2006 : 13.4%.
  • Monnaie : Yuan Ren-Min-Bi (CNY), 1 Euro = ~ 10.7 Yuan.
  • Principaux produits importés : rien ou presque, à part les déchets radioactifs venant de Chine.
  • Principaux produits exportés : des minerais en direction de la Chine.



La carte de Chine avec l'itinéraire suivi au Tibet (en vert)


China




Profil altimétrique mesuré entre Dequin et Zhangmu

Profil altimetrique du Tibet

* les mesures ont une précision de +/- 100 m et sont généralement inférieures aux mesures officielles Chinoises.
** l'axe X indique la distance en km depuis Dequin.
*** l
e denivelé total atteint 26 000 m.
**** attention, ce graphe et la carte géographique juste au dessus se lisent dans un sens différent l'un de l'autre.




Avant-propos sur les petits tracas impos
és par l'administration Chinoise

Ce chapitre sur les tracas imposés par l’administration chinoise aurait du figurer dans mon journal du Yunnan, mais pour éviter tout souci superflu pendant mon voyage en Chine, et alors que j’étais toujours en attente de mon « permis pour le Tibet » (voir plus bas), j’avais alors décidé d’en différer la publication jusqu’à mon arrivée au Népal. L’administration Chinoise n’apprécie que peu la critique et elle a pris la mauvaise habitude d’enfermer ceux à qui ce « détail » aurait échappé.

La première difficulté de réelle ampleur fut de surmonter les restrictions imposées sur l’obtention du visa Chinois à l’approche des Jeux Olympiques, et suite aux émeutes de mars au Tibet. Les visas étaient alors délivrés au compte-goutte, uniquement dans le pays d’origine, pour des durées réduites non extensibles, d’une validité inférieure à 30 jours et avec obligation de présenter un billet d’avion (!!) et une réservation d’hôtel. Il m’a fallu manœuvrer avec habileté pour contourner ces critères … et surtout bénéficier d’un gros coup de chance.

La seconde difficulté fut de traverser la frontière en provenance du Viêt-Nam … les frontières terrestres avec la Chine n’étaient pas officiellement fermées, mais puisqu’il fallait fournir un billet d’avion pour obtenir un visa chinois, personne ne se présentait à pied ou à vélo aux frontières depuis près de six mois. Ce sont surtout les douaniers Viêt-Namiens à qui cela a posé problème. Du coté Chinois, tous mes bagages furent ouverts et inspectés. C’est vraiment désagréable de voir quatre douaniers chercher je ne sais quoi parmi vos chaussettes et vos caleçons … et puis les diables ils ont trouvé quelque chose, ah, ah, qu’ils étaient fiers de leur trouvaille : mon guide de voyage sur la Chine et mon guide sur le Tibet. Ce sont des ouvrages interdits en Chine me disent-ils, car ici Taiwan est représenté comme un pays indépendant, et là c’est le Tibet qui est représenté comme un pays indépendant. Diantre, quelle susceptibilité … je fus donc contraint de laisser mes deux guides sécessionnistes derrière moi, les imaginant déjà partir en fumée sur un bucher d’un autre âge.

Second jour de voyage en Chine, j’arrive dans le village de Xinjie (également dénommé Lianhuatan !!) et je me heurte à un point de contrôle de la police. L’heure semble grave, il y a du monde et personne ne rigole : passeport, visa, d’où je viens, où je vais, et surtout qu’est ce que je viens faire ici ? J’hésite à répondre que je rentre chez moi, en France, et qu’il se trouve que ce village en particulier se trouve sur ma route … mais j’opte pour une version simplifiée : « touriste » dis-je. Incroyable, ça décontracte tout le monde et zouu, bonne route et en avant. A croire qu’ils s’attendaient à ce que je réponde terroriste ou, pire, journaliste !!

Douzième jour de voyage en Chine, j’arrive à Xyangun après une longue journée passée à monter et descendre des collines ; je suis fatigué. Je trouve un hôtel sympathique, central, propre et peu cher. Je m’installe, je déballe mes affaires, je fais ma lessive, j’étends tout ça dans ma chambre aussi bien que possible avec des tendeurs et des bouts de ficelle, je prends ma douche et …. « baam, baam, baam », ça tambourine à la porte comme si la maison était en feu. J’attrape une serviette et j’ouvre la porte : quatre policiers s’engouffrent dans ma chambre sans en demander la permission, ils aboient en chinois à n’en plus finir et je comprends que je dois vider les lieux prestement, ce que je fais de mauvaise grâce car tout de même, en fin de journée et alors que je viens de m’installer, ça ne m’amuse vraiment pas de remballer mes vêtements mouillés et de refaire mes sacs. Les policiers m’escortent alors vers un « hôtel agréé » et autorisé à recevoir des étrangers : la belle affaire, je paye ainsi trois fois plus cher pour une chambre, certes spacieuse, mais aussi particulièrement crasseuse …

Quatorzième jour de voyage en Chine, j’arrive à Dali, ville touristique transformée en ville fantôme. Les nombreux résidents étrangers se sont tous vus refuser leur extension de visa et ont du partir alors que les touristes habituels ont été rapidement découragés et ne sont pas venus. De nombreux hôtels et restaurants sont fermés, ceux qui sont restés ouverts sont vides … les hôteliers se plaignent à demi-mot et à voix basse.

Ces quelques anecdotes, et celles qui vont suivre avec le Tibet, ne sont pas dirigées contre mes amis chinois, ni contre les Chinois et Chinoises en général, à qui je dois un excellent séjour dans leur magnifique pays, mais je pense qu’il est important de relater les choses comme elles sont, et de dénoncer le cas échéant les excès d’un système qui voudrait tout contrôler.




Explications sur le concept de "permis de voyage" au Tibet pour les 
étrangers

Le Tibet a été annexé de force à la République Populaire de Chine dans les années 50, non sans mal et non sans une certaine résistance … qui est d’ailleurs toujours particulièrement d’actualité aujourd’hui (cf. les émeutes du 14 mars de cette année à Lhassa). Cet état instable, la très forte présence militaro-policière Chinoise et la volonté du gouvernement Chinois de filtrer avantageusement l’information provenant de cette région ont abouti à créer un ensemble invraisemblable de règles visant à encadrer les touristes étrangers, lorsqu’ils ne sont pas tout simplement interdits. Cette année, en 2008, car les règles changent sans cesse, les touristes étrangers furent interdits entre mars et juin, et ensuite ils furent autorisés aux strictes conditions suivantes :

  • définir un programme de voyage détaillé jour par jour,
  • obtenir une triple autorisation de voyage émanant du ministère des Affaires Etrangères, du ministère du Tourisme et de l’Armée populaire au Tibet,
  • obtenir un permis de passage pour chaque district traversé (5 ou 6 en ce qui me concerne),
  • obtenir une autorisation spéciale pour chaque monastère « sensible »,
  • suivre à la lettre le programme de voyage validé par l'administration,
  • être accompagné d’un guide agrée … de son chauffeur et de son véhicule (à moteur et sans pédale) avec la fâcheuse conséquence en matière de pollution et d’émission de CO2 que cela comporte.
Cette dernière condition fut douloureuse à accepter, mais la seule alternative crédible dont je disposais à ce stade pour continuer ma route était l’avion (Kunming => Bangkok => Katmandu) et le bilan carbone était équivalent. Entre la peste et le choléra, j’ai choisi l’option qui me permettait de continuer mon voyage à vélo … tout en espérant que mon témoignage critique sur la situation du Tibet d’aujourd’hui puisse d’une certaine manière « compenser » la pollution qui y est malheureusement associée.




Le récit du voyage au Tibet avec les meilleures photos :



Jeudi 4 Septembre : ce matin la vue sur le Kawagebo (6740 m) est partiellement dégagée. Il s’agit de la plus haute montagne du Yunnan et c’est aussi une des 8 montagnes sacrées de la région Tibétaine.

Kawagebo

En cette première journée sur la route de Lhassa, j’ai rendez-vous avec le Mékong ! Eh oui, à l’instar de nombreux autres fleuves d’Asie, le Mékong prend sa source sur les hauteurs du plateau Tibétain !

A noter ce fait remarquable : près de la moitié de la population mondiale (soit 85% de la population d’Asie) vit de l’eau provenant des fleuves descendant du plateau Tibétain (Gange, Brahmapoutre, Indus, Karnali, Sutlej, Yangzi, Fleuve Jaune, Mékong, Salween et Irrawady).


Les gorges du Mekong

Depuis Felai Si, la route plonge littéralement jusqu’au fond de ces gorges pour ensuite serpenter aux côtés du fleuve. En regardant l’eau boueuse s’écouler lentement vers le sud, je ne peux m’empêcher de me demander combien de jours seront nécessaire à cette eau que je voie maintenant de mes propres yeux pour parvenir jusqu'en Thaïlande … alors qu’il m’a fallu un peu plus de deux mois pour faire le chemin contraire !
.
J’en suis à peu près là dans mes réflexions quand je parviens devant ce qui ressemble bigrement à une route obstruée par un pan entier de montagne qui a eu la drôle d’idée de glisser jusqu’en plein milieu de la chaussée : à gauche nous avons une cinquantaine de mètres de vide et le Mékong, ce n’est donc pas une option pour passer, et à droite nous avons la montagne abrupte avec d’énormes rochers en déséquilibre, cela ne semble donc pas non plus une option. Une pelle hydraulique s’affaire pour dégager la route mais les rochers sont tellement gros et lourds qu’à plusieurs reprises elle est à deux doigts de basculer dans le vide !! Rien à faire, ça ne fonctionne pas. Je suis bloqué.

S’en suit une longue attente de plusieurs heures avec de plus en plus de personnes, majoritairement des motards, qui s’agglutinent devant l’obstacle … et puis d’un coup d’un seul, comme un seul homme, tout le monde s’en va, la pelle se retire également et quelques minutes plus tard : « BOUM !! » Un véritable coup de tonnerre amplifié et répercuté par les montagnes alentours,  c’est une charge d’explosifs qui
Route bloquee
vient de sauter et de réduire les gros rochers en moyens rochers ! Lorsque l’on ne s’y attend pas, cela fait son petit effet … mais maintenant la pelle peut enfin travailler.

Au bout d’une petite demi-heure, il est possible de passer à pied en escaladant les débris. J’attrape donc mon vélo, je le place sur mon épaule et je passe de l’autre côté des rochers. La route est à moi, il n’y a personne, mais il est déjà tard et Yangjin, ville-étape du jour, est encore loin. Je ne ménage pas mes efforts pour rattraper une partie du retard, mais trois nouvelles explosions sur route ouverte (et plus ou moins signalées) doucheront quelque peu mon ardeur. Cette route est minée !! Il ne s’agit plus ici de dégager la route, mais plutôt de provoquer l’effondrement des rochers destinés à succomber tôt ou tard à la gravité. Je me rappelle au passage que les Chinois ont inventé la poudre il y a très, très longtemps ... et je peux ici certifier qu’ils n’ont pas perdu la main !! (nda : une importante proportion des ouvriers qui travaillent sur les routes du Tibet sont Chinois).

Je parviens à Yangjin à la tombée de la nuit, juste avant que le poste de police où je dois me faire enregistrer ne ferme. Cela sera une désagréable obligation tout au long de ce périple Tibétain, dès qu’il y a un poste de police, une ville, un village, il faut que je me fasse enregistrer. C’est lassant à la longue, cela donne la désagréable impression d’être un dangereux criminel en liberté surveillée …


Vendredi 5 Septembre : il est temps de prendre un peu de hauteur avec aujourd’hui le second col de plus de 4 000 m de mon voyage, le col Hong La. La journée va être longue et je pars tôt, croisant en sortant du village les enfants qui vont à l’école et les animaux qui vont vers leur lieu de pâture.

Au fil des kilomètres, le Mékong devient un insignifiant filet au pied des montagnes ...

Encore le Mekong

… mais rapidement mon attention se focalise sur l’état de la route qui ne fait qu’empirer au fur et à mesure que j’avance, et qui demande concentration et doigté pour ne pas rester planté au milieu d’une ornière remplie de boue.

Cela devient un véritable combat de tous les instants, la boue colle, me ralentit, puis elle glisse, ma roue arrière fait des tours dans le vide et je n’avance plus qu’à grand peine, la boue s’immisce partout, j’en ai partout, mon vélo est devenu intégralement marron, la chaine saute sans cesse tant il y a de boue dans les pignons et je dois désassembler les freins pour que les roues puissent continuer à tourner …

C’est assez apocalyptique, et c’en est presque à se demander si cela va vraiment être possible de parvenir au sommet.

La route est en construction, enfin ce sont surtout les bords de la route qui sont en construction, et comme on peut l’observer sur la photo de droite, ce sont de petits murets de 50 cm de haut. Le hic, c’est qu’il n’y a pas de trou pour évacuer l’eau, donc en fait de route, cela présente plutôt les caractéristiques d’un canal … et je le demande haut et fort : « remonter un canal en vélo sur 30 km jusqu’à une altitude de 4 200 m, est-ce bien raisonnable ? » Et bien oui, car comme pour tout canal, il ne faut pas pédaler dedans mais à côté ! Cela m’avait échappé au premier abord, mais c’est ainsi que j’ai fini l’ascension, et en partie descendu l’autre versant de la montagne …

Ne restait plus alors qu'à ne pas tomber du muret ... ce qui ne fut pas évident, car il était plutôt étroit le bougre !
L'enfer de boue du col Hong La (4160m)

Ci-dessous, une maison-ferme Tibétaine dans la vallée qui remonte jusqu’au village de Markham, et où la Yunnan-Tibet Highway (sud-nord) rejoint la Sichuan-Tibet Highway (est-ouest en provenance de Chengdu).

Maison tibetaine ...


Samedi 6 Septembre : petit-déjeuner à Markham avec les deux éléments de base de l’alimentation Tibétaine, le thé au beurre de Yak et la farine d’orge (tsampa). Les deux se mélangent à la main pour donner une sorte de pate qui semble indigeste mais qui ne l’est pas tant que cela. C’est particulièrement adapté à la pratique du vélo m’indique t’on !!

A Mangkang The au beurre de Yak et Tsampa !!

Après les épreuves d’hier, l’étape d’aujourd’hui ressemble à une petite balade de santé avec seulement une cinquantaine de kilomètres au programme. L’ascension vers le col de Wu La (4338 m) s’effectue tranquillement au milieu d’une prairie recouverte de toutes petites fleurs et où broutent de nombreux Yaks.

Yak Fleurs

Fleur Fleur encore

Le sommet du col, comme d’habitude, est couvert de drapeaux de prières qui flottent au vent. La croyance locale veut qu’à chaque fois que le vent souffle sur un tel drapeau, la personne qui a accroché ledit drapeau est cr
éditée de la prière inscrite dessus … d’où la recherche systématique des endroits les plus venteux, comme les sommets de col !!

Personnellement, je trouve cet arrangement avec les Dieux un peu facile, mais cela présente au moins pour moi le gros avantage de m’indiquer de loin le début de la descente …


Col de Wula (4360m)


Drapeau encore … mais d’un tout autre style puisqu’il s’agit ici du drapeau de la Chine. Durant la descente qui me mène une nouvelle fois vers le Mékong, je suis étonné de traverser des villages où l’intégralité des maisons Tibétaines arborent un drapeau Chinois. Quelques maisons, pourquoi pas, mais toutes, cela ne me semble pas pouvoir être l’expression de la volonté de chacun, et cela ressemble d’avantage à l’imposition d’une consigne de la part du chef de village ou de l’administration locale … ce qui me sera bien confirmé plus tard.


A noter que le drapeau Tibétain est interdit au Tibet par l’administration Chinoise depuis 1959 … et que quiconque enfreint cette règle s’expose à un séjour prolongé à l’ombre !!

C’est dommage parce qu’avec ses deux lions des neiges, son soleil et ses couleurs vives, il est particulièrement réussi !

Tibet flag
Maison tibetaine ... et drapeau chinois !


Dimanche 7 Septembre : après s’être croisés et recroisés, perdus de vue puis retrouvés, il est maintenant temps de dire définitivement au-revoir au Mékong … car si celui-ci continue vers le nord (photo ci-dessous), moi je mets résolument le cap à l'ouest !! ADIEU.

Le Mekong une nouvelle fois ... Yak

Ci-dessous : rencontres lors de l'ascension du col de Jueba (3 930 m). 
A gauche, la preuve que même une seule moitié de vélo peut avoir une utilité … et à droite, un Tibétain de l’ethnie Khampa, reconnaissable à ses longs cheveux, sa coiffe rouge caractéristique et sa moto ornée de nombreuses décorations. J’ai rencontré beaucoup de Khampas sur mon trajet et j’avoue qu’ils m’ont toujours fait une forte impression : droits sur leur monture, l’air sérieux et fier, souvent seuls, ils parcourent les montagnes de l’est du Tibet à faible allure … en écoutant un autoradio qui semble crachoter pour la énième fois la même cassette de folklore Tibétain !

Rencontres Khampa

Ci-dessous : vue sur les montagnes enneigées de la région depuis le col de Jueba.

Col de Jueba (3930m)

Montée, descente, remontée et redescente, c’est vraiment mon quotidien en ce début de voyage au Tibet. Pour preuve, après l’ascension du col de Jueba et sa descente … la route monte à nouveau en direction du col de Dongda La, passant ici et là par de charmants petits villages d'altitude !

Rongxi

Le col de Dongda La (5 008 m) sera toutefois pour demain, aujourd’hui je m’arrête bien avant, à une altitude d’environ 4 100 m … et pour la première fois de ce voyage, je vais camper !!

Ci-dessous, je profite des derniers rayons de soleil pour me réchauffer d'une douche à 1 degré (ou 2, mais pas plus) ... avant que le froid piquant de la nuit n'arrive !!

Au soleil couchant ... Ce soir, camping ...


Lundi 8 Septembre : il a fait froid pendant la nuit (gelée blanche sur le toit de la tente) mais le duvet m’a bien tenu au chaud. Il faut malgré tout en sortir à un moment ou à un autre et c’est à n’en pas douter le moment le plus difficile de la journée.

Dès que le soleil parvient à s’élever au dessus des montagnes, je me mets en selle et j’attaque sereinement l’ascension de mon premier 5 000. La route monte graduellement au milieu d’une magnifique prairie où quelques nomades ont établi leur campement et disposé leurs larges tentes en poil de Yak … auprès de ces mêmes Yaks, ou inversement. Les nomades représenteraient encore aujourd'hui 25% de la population Tibétaine d’après certaines estimations.

Nomades dans la prairie

Ci-dessous : le col du Dongda La est là-bas, tout droit, au loin, dans le petit creux entre les montagnes, au bout de la route qui longe le côté droit de la vallée ...

Vers le premier 5000 ... La col du Dongdala (5008m)

Ne vous fiez pas à la perspective et croyez-moi, ce n'est pas plat, même pas un peu !!

Alors que j’approche du sommet et que mon altimètre commence à indiquer des valeurs jamais entrevues jusqu’ici, le manque d’oxygène commence sérieusement à se faire sentir. Non pas que je développe quelques symptômes du mal de l’altitude, car en montant lentement et progressivement depuis plusieurs semaines j’ai largement eu le temps de m’acclimater, mais je sens nettement qu’il me manque du carburant pour bien faire tourner la machine. Le cœur pompe et les globules rouges s’agitent, mais les muscles crient toujours famine, sevrés qu’ils sont de leur aliment favori !

Patience, patience : ne pas vouloir arriver avant de partir, prendre son temps, respirer bien à fond et éviter les efforts inutiles. L’altimètre vient de passer les 4 807 m … le Mont Blanc, symbole de l’inaccessible, sommet de France et d'Europe, je te regarde maintenant d’en haut avec mon vélo, tu n’es plus qu’une simple colline vu d’ici …

4 900 m, j'y suis presque. 5 000 m, il ne me reste plus que quelques coups de pédales à donner. 5 008 m, j’y suis, ça y est, je suis en haut de mon premier 5 000 ... et en guise de célébration, il se met presque aussitôt à tomber un mélange de grêle et de neige qui recouvrent rapidement le sol et les montagnes alentours d’un joli manteau blanc.

!!
Et il neige !


Mardi 9 Septembre : c’est la saison de la moisson dans la région de Zuogong. Les femmes sont dans les champs et coupent l’orge à la faucille. Elles en font ensuite une botte à la main (ci-dessous à droite) et le tout est mis à sécher en l’air sur des poutres ou bien plus simplement dans des arbres …

Enfants ... recolte

Sur la route aujourd'hui se trouvent de nombreux monastères en plus ou moins bon état. Alors que je me dirige vers l’un deux, je me fais prestement rattraper par la police : les visites sont interdites, les photos également et pour être bien sur que j’obtempère, une voiture de police m’escorte pendant près de 3 km ...

Un peu plus loin surgit en haut d’une colline un monastère complètement en ruine, soit certainement un des très nombreux monastères qui furent saccagés par les gardes rouges durant la révolution culturelle …

Monastere

Bref rappel historique sur la révolution culturelle en Chine : la grande révolution culturelle prolétarienne voulue par Mao commença en 1966 et dura approximativement 10 ans. Son but fut de détruire les « Quatre vieilleries » : vieilles pensées, vieille culture, vieille habitudes et vieilles coutumes … tout devait disparaître pour laisser place à un idéal socialiste pur … ce qui était évidemment une pure folie. Les gardes rouges furent le bras armé de cette révolution, ces jeunes Tibétains et jeunes Chinois endoctrinés par le pouvoir se livrèrent à la destruction systématique de la quasi-intégralité des monuments religieux du Tibet. Le Bouddha lui-même fut accusé d’être un « réactionnaire » …

20 ans après avoir envahi le Tibet, la Chine venait de réussir à réduire en cendres l’héritage culturel millénaire de sa victime … ce que certains, dont le Dalai Lama, appelleront plus tard à juste titre un génocide culturel.

La révolution culturelle ne concerna hélas pas que le Tibet et fut également appliquée dans toute la Chine, créant là aussi chaos, destructions et morts. Le parti communiste Chinois –fait rare- a aujourd’hui reconnu certaines erreurs du passé et se garde bien de revendiquer ce lourd héritage. En de nombreux endroits du Tibet, temples et monastères ont été reconstruits ou sont en cours de reconstruction …


Mercredi 10 Septembre : je pars ce matin du paisible village de Bangda, niché au creux d’une vallée d’altitude (4 300 m) … au son des matraques qui heurtent des boucliers anti-émeute, le tout accompagné de cris qui me rappellent assez bien « nos » soldats mugissant dans les campagnes !! Il est 8h00 du matin et les militaires s’entrainent dans la prairie. C’est ainsi, Bangda est un de ces nombreux villages Tibétains où il y a trois soldats Chinois pour un civil Tibétain (voir la photo ci-dessous : les toits bleus sur la droite représentent la caserne militaire).

Bangda

C'est triste. Je suis triste ... la présence d'un militaire en un tel endroit, ne serait-ce qu'un seul, ressemble à un véritable sacrilège !!

Les marmottes qui d’habitude me distraient en route ne m’amusent pas ce matin. Je suis d’une humeur maussade et il me faudra changer de vallée pour enfin m’aérer un peu la tête et les idées … plus loin et en route vers le haut du col de Ye La (4 640 m), je passe à proximité d’un troupeau d’antilopes qui me regarde passer d’en haut, perchées qu’elles sont une cinquantaine de mètres au dessus de moi. Ca y est, j’ai retrouvé le sourire :-).

Une fois parvenu en haut du col … j’ai tout loisir d’admirer le début de la série des 72 épingles qui doivent me mener 1 500 mètres plus bas au fond des gorges du fleuve Salween. 72 épingles à flanc de montagnes, dans les gravillons et la poussière … peut-être devrais-je emprunter le moulin à prières de ce vieil homme (ci-dessous à droite) avant de me lancer !!

Les 72 epingles ... Priere

La route est vraiment mauvaise, il y a des saignées un peu partout qui m’obligent fréquemment à presque m’arrêter … trouver la bonne trajectoire est un exercice difficile, la lumière écrasante de midi aplatit le relief et ne me facilite pas la tache. Au fil des épingles j’affine toutefois ma technique, je viens de remarquer que la route est généralement meilleure à l’extérieur des virages, là où il y a plus de graviers et donc où c’est plus roulant … mais aussi plus glissant ! J’en viens à ne rouler plus qu’à l’extérieur, zigzagant de gauche à droite au fil des épingles, utilisant toute la largeur de la route, frôlant le bord de la montagne à plusieurs reprises et bloquant parfois la roue avant lors des freinages appuyés sur les graviers. Je suis concentré et tendu, cette descente n’est pas une descente pour débutant, la punition guette à chaque tournant …

... et cela ne semble jamais vouloir finir, je vire et vire encore à en attraper le tournis, mes mains sont engourdies et mes avant-bras douloureux, mes épaules et mon cou ne sont pas non plus à la fête … et la position « jockey » que j’ai adopté pour absorber plus facilement les chocs me brûle les cuisses …

Au détour d’une énième épingle, une ombre me passe juste au dessus de la tête et me plonge quelques secondes dans l’expectative … je lève les yeux un quart de seconde entre deux virages et je me rends compte qu’il y a là une dizaine d’aigles qui sont en train de décrire des cercles juste au dessus de moi, à quelques dizaines de mètres seulement. Je m’arrête, je reprends mon souffle et me soulage les bras tout en admirant ces magnifiques prédateurs …

La fin est proche et je commence à entrevoir le fond des gorges où s’écoule le fleuve Salween. Le décor, uniquement composé de roches nues et sans végétation, est lunaire. Le fleuve lui-même est couleur-roche …

Gorges de Salween

La route serpente le long de ce fleuve jusqu’à atteindre un pont magique top-secret où il est interdit de s’arrêter et de prendre des photos : militaires et caméras de surveillance guettent … mais qu’y a-t-il donc à cacher ici ? Je ne sais pas, je ne saurai pas mais une chose est sure, il y a quelque chose !!


Jeudi 11 Septembre : ce matin, c’est un réveil au son des haut-parleurs dans le village de Basu, avec des chants révolutionnaires diffusés de 7h00 à 8h00 … ambiance ...

En matinée je me rends dans le petit monastère Gelugpa de Neru (secte des chapeaux jaunes), un peu à l’extérieur de la ville et de l’autre côté de la rivière. Pour cela il m’aura fallu convaincre au préalable mon guide, peu enclin à dévier d’un iota du programme décrit sur mon permis de voyage, et qui ne mentionne pas ce monastère, ni d’ailleurs aucun autre monastère d'ici Lhassa. L’accès au moindre monastère Tibétain est soumis au bon vouloir des autorités locales et régionales (qui ne sont pas toujours d’accord entre elles) et les guides ne sachant pas toujours ce qu’il en est, choisissent généralement de suivre scrupuleusement le programme préétabli, vérifié et approuvé. Leur responsabilité est engagée en cas de problème et ils peuvent perdre leur licence ou tout simplement finir en prison. Certains touristes auraient distribué des tracts indépendantistes lors de leurs visites et l’administration Chinoise se réfugie derrière cet argument pour justifier ce strict contrôle.

Monastere de Neru Moulins a prieres

Quoiqu’il en soit, ce petit monastère entouré par de hautes montagnes est charmant. Ci-dessus à gauche se trouve le hall principal et à droite ce sont les moulins à prières … qui « récitent » une prière à chaque tour effectué, prière dont le contenu varie en fonction du texte qui est placé à l’intérieur.


Ci-dessous à gauche, des Yaks qui reviennent des champs avec la récolte d’orge … et à droite, un typique mouton Tibétain avec ses amusantes cornes vrillées à l'horizontale. Les moutons, comme les Yaks, comme les chèvres et comme tous les animaux qui survivent sur le plateau Tibétain, se caractérisent par un pelage fort abondant !!

Yaks en herbe ... mouton cornu ...


Ci-dessous, vers le col d'Anjiu La (4 470m) ... 

zx

... et ci-dessous, une fois parvenu en haut du col d'Anjiu La, sur la prairie qui le jouxte.

Wow


Dans la descente qui me conduit vers le village de Ranwu, je rencontre cette famille de pèlerins en route vers Lhassa !!

Pelerins en route vers Lhassa ...

Leur tenue un peu originale est caractéristique des pèlerins Tibétains, c’est une conséquence de leur méthode de déplacement qui est une combinaison de marche, de brasse coulée et de prosternation !

Tout d’abord il y a ces sortes de semelles en bois qu’ils se mettent autour des mains, ils les claquent bruyamment devant leur front, puis devant leur poitrine, et ils se jettent ensuite à terre avec une réelle souplesse. On sent tout de suite la pratique, car il y a une vraie technique. Avec l’élan ils glissent sur environ 30 à 40 cm, d’où la protection généralement en cuir sur le devant de leur corps et en pneu sur le bout de leurs chaussures. Ils restent ainsi à terre quelques secondes, puis se relèvent, puis font deux pas, puis recommencent … sur des centaines de kilomètres, pendant des mois, parfois pendant des années.

Pelerins Autres pelerins

C’est une des choses les plus incroyables que j’ai vu au Tibet, j’étais littéralement estomaqué par leur détermination. Destination Lhassa : 800 km à raison de 7 km par jour … ils ne sont pas arrivés.

Et j'allais oublier de mentionner cette sorte de charrette
qui les accompagne, où s’entassent en vrac nourriture et couvertures. Elle est poussée à tour de rôle par un membre du groupe. A regarder l’engin, croyez-moi, il vaut certainement mieux se jeter à terre tous les deux pas que d'avoir à pousser –ou tirer- un truc pareil sur des routes de montagnes ...

Braves pèlerins ... bonne route à vous et bon courage !!
Tous mes vœux vous accompagnent !


Continuant ma route en direction de Ranwu, je passe devant une intersection où il est inscrit en anglais « accès formellement interdit aux étrangers ». Un rapide coup d’œil sur ma carte m’indique que cette route est celle qui se dirige vers la frontière Birmane, située à seulement une centaine de kilomètres plus au sud. C’est une réalité assez surprenante, après deux mois et demi de route et quelques 5 000 km parcourus, je n’ai toujours pas réussi à mettre plus d’un pays entre la Thaïlande et moi …


Vendredi 12 Septembre : 
petit-déjeuner au bord du lac Laigu. Mon guide m’indique que le niveau du lac est anormalement bas pour la saison depuis déjà plusieurs années. Ce sont les glaciers de la région qui alimentent ce lac en eau, mais comme les glaciers tendent à se rétracter avec le réchauffement climatique … le lac s'assèche tout doucement années après années ... 

Ranwu


Ci-dessous le magnifique, vraiment très beau, glacier Midui !

Midui glacier

Ci-dessous un village Tibétain d’un autre genre, avec des chalets en bois et de hauts bâtis pour faire sécher la récolte d’orge. A droite, un moulin à prières qui tourne par la force de l’eau …

Village moulin a prieres aquatique


Dimanche 14 Septembre : ce matin en partant de Bomi, je fais un crochet par le monastère Dodung de la secte des chapeaux rouges. Perché sur la plus haute colline de la vallée, une visite ici se mérite !

Quelques fervents pèlerins qui ont fait le déplacement parcourent le kora du monastère (un circuit qui s’effectue à pied et qui passe par tous les endroits saints du site) et font tourner tous les moulins à prières qu’ils rencontrent en chemin.

Monastere de Bomi Monastere de Bomi

Personnellement, j’ai réussi à me faire enfermer à clé dans le hall principal (ci-dessus à droite) par un moine étourdit, et j’ai donc eu tout loisir d’apprécier –dans la pénombre toutefois- les magnifiques peintures murales qui ornent les quatre facades intérieures.

Une fois libéré, j'ai repris la route en direction de Tongmai, point le plus bas de tout mon séjour au Tibet, à seulement 2 000 mètres d’altitude. La route descend un peu plus qu’elle ne monte, mais il ne faut pas s’y tromper, une journée de plat ou de descente dans cette partie du Tibet n’existe pas !

Je m’arrête dans l’après-midi pour visiter un second monastère, le monastère Bakhar qui, si mes souvenirs sont bons mais je n’en suis plus sur, fait partie de la secte des chapeaux noirs. Ce monastère vieux de 800 ans a été totalement détruit lors de la révolution culturelle, et il est en cours de réhabilitation. Seulement 12 moines y résident aujourd’hui, contre une centaine avant l’invasion Chinoise. Le Lama de ce monastère s’est enfuit aux USA en 1959, à la même époque où le Dalai Lama lui prenait la fuite vers l’Inde. Il est toutefois revenu dans les années 80, mais il n’a pas été autorisé à rester.

Le nombre de moines au Tibet est sévèrement contrôlé par les autorités Chinoises qui y voient des foyers insurrectionnels potentiels. De près de 30% de la population masculine en 1950, soit environ 600 000 personnes, le nombre de moines aujourd’hui n’atteint guère 50 000 personnes et les monastères sont en général désespérément vides …


Lundi 15 Septembre : j’ai une bonne et une mauvaise nouvelle m’annonce mon guide ce matin : la bonne nouvelle est que dans 20 km et ce jusqu’à Lhassa, la route est bitumée … la mauvaise nouvelle, c’est que les 20 prochains km sont un véritable enfer de pierres et de boue, sur une route particulièrement étroite, à flanc de montagne, et où les véhicules ne peuvent pas se croiser.

Ci-dessous à gauche, sur le flanc droit de la montagne, cette fameuse route en terre (en boue !!) que n’aiment pas emprunter les camions … mais qu’ils empruntent tout de même ! Après tout, les Chinois appellent ça une autoroute !!


Tong mai Pont

Ci-dessous quelques fleurs ...

Fleurs Fleurs


Mardi 16 Septembre : 
après avoir grimpé le joli col de Selija (4 564 m) en compagnie de deux cyclistes Chinois rencontrés en route, j’arrive dans la ville de Bayi, l’une des plus grandes villes de l’est Tibétain et aussi la plus grande ville que je traverse depuis un mois !

Bayi signifie en Chinois « 1er Août », soit la date anniversaire de la création de l’armée Chinoise … et cela explique peut-être pourquoi on n’y rencontre absolument aucun Tibétain. La ville en soit ne présente aucun intérêt et pourrait se trouver n’ importe où en Chine, ce qui rend sa présence au Tibet d’autant plus irritante.

Bayi est un important centre militaire et policier, où bien entendu je dois aller pointer, mais où je dois aussi demander un nouveau permis de passage pour la prochaine préfecture. La procédure prend plus de temps que d’habitude car il se trouve que l’on vient de se rendre compte que, bien malgré moi et pourtant avec une autorisation d’une autre administration, j’ai traversé une zone IN-TER-DI-TE pour arriver jusqu’ici. La gendarmette fait les gros yeux … mais bon, elle ne va pas me demander de refaire le chemin à l’envers quand même !? Non, elle n’ose pas, et une heure plus tard je sors du poste avec mon nouveau permis en poche …


En discutant avec quelques immigrants Chinois installés à Bayi, je me rends compte qu'ils ne sont
pas heureux ici, que le climat ne leur convient pas, qu’il n’est pas fait pour eux. Ils ne rêvent que d’une chose : rentrer chez eux … et si le gouvernement ne poussait pas à la roue via des avantages fiscaux, ils ne seraient jamais venus s’installer au Tibet. Cela me fait réaliser qu’effectivement, pour endurer la rudesse d'un tel climat à longueur d’années, il faut être né ici, il faut avoir un cœur Tibétain … et un cœur Tibétain ne se construit pas à coups de réduction d’impôts et de prêts à taux zéro !!

Eclairage sur la sinisation du Tibet : il y a débat sur la question et les chiffres sont contradictoires, il est donc difficile d’élaborer avec certitude sur le sujet. La Chine dément toute volonté de sinisation du Tibet et clame innocemment, trop innocemment certainement, une simple volonté de développer le Tibet grâce à un afflux temporaire de travailleurs qualifiés. Les chiffres avancés par la Chine indiquent une proportion de 87% de Tibétains au Tibet, pour seulement 13% de Chinois d’ethnie Han (l’ethnie majoritaire du pays), un chiffre qui ne prend toutefois pas en compte les importants effectifs de l’armée populaire. Le gouvernement Tibétain en exil quant à lui annonce que les Chinois sont depuis quelques années l’ethnie majoritaire du Tibet … la vérité, à n’en pas douter, se situe entre ces deux visions !

Cependant une chose est sure, la Chine a incité dans le passé –avec succès- l’immigration massive de Chinois dans les provinces « à problème » du Xinjiang, de la Mongolie intérieure et du Quinhai, rendant ainsi les autochtones minoritaires dans leur propre province. Ceci est un fait de l’histoire, mais n’ayons pas la mémoire courte en pointant ainsi du doigt la Chine, car de similaires mouvements migratoires ont eu lieu dans le passé en Amérique du Sud, en Amérique du Nord et en Australie, pour ne citer que trois des plus édifiants exemples de l’histoire.

La récente ouverture d’une ligne de chemin de fer reliant le Tibet à la Chine pourrait contribuer à accélérer le mouvement, mais j’espère sincèrement que les Tibétains connaitront un meilleur sort que les Indiens d’Amérique ou que les Aborigènes d’Australie … et que la Chine saura faire preuve de plus de clémence que les conquistadors Espagnols ou que les colons Anglais et Français !


Mercredi 17 Septembre : je suis content et presque soulagé de quitter Bayi ce matin, cette ville m’est antipathique au possible … pourtant le spectacle en bord de route n’est guère plus réjouissant que la ville elle-même : une caserne militaire, deux casernes militaires, trois casernes militaires, un poste de police, une autre caserne militaire, un autre poste de police ... et ce qui devait arriver arriva, je suis arrêté à un poste de contrôle. J’avais pourtant senti le coup venir, donc je m’étais dissimulé derrière un camion pour franchir à l'abri des regards le point de contrôle en tant que tel, mais je n’avais pas fait 100 mètres qu’un véhicule de police me doublait toutes sirènes hurlantes et se mettait en travers de la route à la façon d’un Starsky des grands jours !

Je précise mon opinion : je n'aime pas Bayi et sa proche région.

Je retourne au poste de police sous bonne escorte et en arrivant, je lis sur les visages quelque chose du style : « on en tient un !! ». Et oui, bon nombre d’étrangers qui n’ont pas réussi à obtenir un permis de passage pour le Tibet tentent tout de même leur chance en espérant passer aux travers des mailles de la police. C’est risqué et cela peut mal se finir, surtout en cette année olympique et après les émeutes du 14 mars. Pour moi à priori cela va se décanter rapidement puisque j’ai un permis en bonne et due forme … oui mais, comment se fait-il que je sois tout seul : où est mon guide !? Ah oui, mon guide ... et bien il se trouve encore à Bayi et peut-être dort-il toujours !!

Il faudra que je contacte mon guide, effectivement toujours à Bayi, que l’on vérifie avec le poste de police où je me suis rendu hier et que l’on vérifie, encore et encore, tout et n'importe quoi. Une heure plus tard je suis enfin « remis en liberté » et je peux continuer ma route. Je n’aime vraiment pas Bayi et sa région, j'y aurai passé plus de temps dans des postes de police que dans des monastères !

Sur la route, mes « Tashi Delek » (bonjour en Tibétain) ne rencontrent toujours aucun écho, les Chinois ne parlent manifestement pas Tibétain. Mais où sont donc passés les Tibétains de la région !? Cela devient préoccupant … et je me dis que si cela continue ainsi jusqu’à Lhassa, et bien cela ne va vraiment pas être gai !!

Les paysages offrent toutefois une intéressante distraction, je longe une large vallée où s’écoule doucement la rivière Nyang Chu. Les berges inondées sont verdoyantes et de nombreux chevaux s’ébrouent paisiblement les jambes dans l’eau ...

Chevaux ...


Au fil des kilomètres la circulation se fait de plus en plus discrète et je retrouve avec plaisir des visages familiers qui enfin me répondent quand je leur dis bonjour. Je suis de retour au Tibet ! OUF. Mais qu’est-il arrivé aux si jolis petits villages typiquement Tibétains, où les maisons disséminées ici et là se fondent harmonieusement dans le paysage !? Et bien elles sont ici toutes serrées les unes contre les autres et arborent des toits roses, bleus ou violets.

Village tibeto-chinois Village tibeto-chinois

Quel est l’énergumène qui a eu l’idée saugrenue de faire des tôles d’une telle couleur et d’en inonder la région ? Ah le sacripant, il a du faire fortune car la mode a bien pris et dorénavant chaque village Tibétain semble suivre un code couleur, avec toutefois parfois son lot de récalcitrants : ici le village des bleus, là le village des roses avec une maison bleue, une seule, en plein milieu, là-bas le village des violets … tiens, il y a aussi, plus discret, le village des verts au loin, etc …

Renseignements pris, ces villages Tibétains sont construits avec l’aide de l’administration Chinoise, officiellement afin de regrouper les populations et pouvoir ainsi leur fournir des services publics comme l’éducation et la santé … c’est aussi, mais c’est une remarque personnelle, une organisation bien plus commode pour exercer un plus grand contrôle sur un plus grand nombre de personnes.


Jeudi 18 Septembre : surprise ce matin en partant de Gongbujiangda, je croise sur la route la bagatelle de 56 camions militaires de transport de troupes, soit tout de même un contingent d’au moins 2 000 soldats … et je commence à avoir l’impression que plus je m’approche de Lhassa, plus la région devient un vaste camp militaire.

Passé cette entrée en matière un peu brutale juste après le petit déjeuner, la route est franchement agréable et pour ainsi dire déserte. J’oscille autour de 4 000 m d’altitude et les nombreuses prairies alentours sont autant de terrains de jeu pour des Yaks très en forme en cette saison des amours.

Yak Yaks


Vendredi 19 Septembre : Lhassa se rapproche à grands pas et se situe maintenant à moins de 200 km. Il me reste toutefois encore un obstacle majeur sur la route de la ville sainte avec l’ascension aujourd’hui du col de Mila (5 013 m), soit le second col à plus de 5 000 m depuis le début de mon voyage.

Surprise à nouveau ce matin, mais d’un genre plus agréable qu'hier, il a neigé pendant la nuit et le sommet des montagnes est recouvert d’une fine pellicule blanche ...

En route vers Mila pass ...

Ci-dessous, à 4 600 m d'altitude ... le sommet du col approche, et les pauses photos sont une excellente excuse pour reprendre son souffle !!

En route vers mon second 5 000


Samedi 20 Septembre : ce matin je suis le cours du paisible fleuve Yarlung Tsangpo, la route est plate, Lhassa n'est plus qu'à 60 km ... je pourrais, même en roulant tranquillement, y arriver pour le déjeuner. Après 16 jours d’efforts continus, 1 400 km parcourus, deux cols de plus 5 000 m et une belle brochette de 4 000 à mon actif, cela aurait été raisonnable.

Le Yarlung Tsangpo

Oui mais, comprendra qui pourra, en faisant juste un petit détour, j’ai l’opportunité d’aller visiter le très ancien monastère de Ganden (1409), le premier et le plus influent monastère de la secte des chapeaux jaunes …

...
qui se trouve tout en haut d’une colline, au bout de 23 virages en épingles, 600 m au dessus de la vallée !!

Le monastere Ganden !

En apercevant le monastère pour la première fois, je réalise qu’il s’agit en fait plutôt d’une ville composée d’une multitude de pavillons. L’ensemble crée une très forte impression …

Ganden signifie « joyeux » en Tibétain, et c’est aussi le nom du paradis de l’ouest où habite le Bouddha du futur. C’est assez ironique, car de tous les grands monastères du Tibet, Ganden est celui qui a le plus souffert aux mains des gardes rouges pendant la révolution culturelle. Les reconstructions vont bon train mais elles ne parviennent toujours pas à masquer les nombreuses ruines autour des nouveaux bâtiments. En 1959 il y avait environ 2 000 moines résidents à Ganden et aujourd’hui ils sont tout juste 200 … ce monastère aussi est vide.

Ganden Ganden

En 1996, et alors que les moines de Ganden manifestaient contre la récente interdiction qui leur était faite de posséder ou d’afficher une représentation de l’actuel Dalai Lama, la répression qui s’ensuivit isola le monastère du reste du monde pendant plusieurs mois. Depuis, un poste de police totalement disproportionné a été installé à 100 m de l’entrée du monastère. Il y a là au moins une cinquantaine de policiers pour faire régner l’ordre de Pékin …

J’apprendrai plus tard –à voix basse- qu’à la suite des émeutes de Mars, Ganden est en fait toujours interdit d'accès aux touristes …


Dimanche 21 Septembre : alléluia, ce matin je n’ai pas à faire mes bagages ni à monter sur le vélo, aujourd’hui je ne pédale pas … aujourd’hui je suis un piéton et je vais visiter à pied les deux principaux monuments de Lhassa, en commençant par le célèbre palais du Potala.

Le Potala ... residence du Dalai Lama !!

Le Potala a été construit au XVII siècle sur commande du 5ème Dalai Lama. Il fut le siège du gouvernement Tibétain jusqu’à ce que le 14ème Dalai Lama soit forcé en exil avec son gouvernement en 1959. Le Potala abrite également les tombes des Dalai Lamas 5, 7, 8, 9, 10, 11, 12 et 13, chacun placé dans un stupa plus ou moins grand et plus ou moins élaboré, fonction du résultat de la collecte effectuée auprès des Tibétains et donc de la popularité de chacun d’entre eux. Le 6ème Dalai Lama a eu une histoire mouvementée et ne possède pas de tombe au Potala, son corps n’aurait jamais été retrouvé …

Ci-dessous, face au Potala, dans la célèbre grotte de Palha Lu-Puk où le roi Songtsen Gampo (VII siècle) se retirait pour méditer.

Un moine a l'ouvrage ...


Le second principal monument de Lhassa, encore plus sacré que le palais du Potala pour les nombreux enthousiastes pèlerins qui le visitent, est le monastère de Jockang.

Monastere Jockang

Niché au cœur de la vieille ville, sa construction remonte au VII siècle. C’est un monastère qui a beaucoup souffert pendant la révolution culturelle, mais une restauration impeccable lui a rendu dès le début des années 80 son éclat de toujours.

Jockang Jockang

De nombreux pèlerins vont et viennent dans et autour de ce monastère ... et les émeutes du mois de Mars de cette année seraient parties depuis la place faisant face au Jockang. Un pèlerin plus sanguin que la moyenne aurait sorti un sabre devant un véhicule de police en criant « Liberté au Tibet » … après deux jours de chaos et quelques centaines de morts plus tard, le Tibet fut une nouvelle fois coupé du reste du monde pendant plusieurs mois.


Lundi 22 Septembre : ceci est mon second et dernier jour en tant que piéton au Tibet, et je le savoure en allant visiter … le monastère de Drepung.

Monastere Drepung

Petite parenthèse écologique, remarquez le chauffe-bouilloire solaire en bas à droite de la photo ci-dessus. Le réflecteur concentre la lumière du soleil sur un morceau de verre en contact avec une bouilloire et le tour est joué. Simple et pratique, cet outil est très populaire au Tibet. Par contre pour les jours de pluie, il faut évidemment savoir apprécier le thé froid …

Le monastère de Drepung donc, construit en 1416, fut tout simplement le plus grand monastère du monde du temps de sa gloire avec plus de 10 000 moines résidents (ils ne sont aujourd’hui plus que 600).

Drepung Drepung

Ce monastère fut également la résidence du Dalai Lama jusqu'à la construction du palais du Potala et les tombes des Dalai Lamas 2, 3 et 4 sont toutes trois regroupées ici.

Ci-dessous à gauche, le hall principal du monastère … et à droite, une représentation du 5ème Dalai Lama, le plus vénéré de tous en raison notamment de l’incroyable nombre de monastères qui furent construits durant son règne.

Drepung 5eme Dalai Lama

Ci-dessous, des pèlerins parcourant le Kora du monastère et faisant tourner chaque moulin à prières qu'ils rencontrent en chemin ...

Drepung


Je m’étais promis de ne visiter qu’un seul monastère aujourd’hui, mais je ne résiste pas à l’envie de faire un petit crochet par un monastère d’un autre genre, le monastère Nechung … qui fut la résidence officielle de l’Oracle d’Etat jusqu’en 1959. A chaque nouvelle année, le Dalai Lama venait consulter l’Oracle à propos des importantes décisions à prendre. L’oracle, après une longue préparation, entrait alors en transe et discernait l’avenir dans un miroir de fer …

Ci-dessous à gauche, un exemple de peinture murale ... et à droite, la statue d'un Dieu protecteur.

Monastere Nechung Nechung


De retour de mes excursions monastiques un peu à l’écart de la ville, je traverse les quartiers ouest de Lhassa, ceux que l’on appelle ici les quartiers Chinois … 100% Chinois. Et force est de reconnaître que ces quartiers représentent grosso-modo 3/4 de la ville ! Alors quand l’administration Chinoise avance une répartition démographique de 80% de Tibétains et 20% de Chinois à Lhassa, il s’agit de toute évidence d’un très gros mensonge.

Ci-dessous à gauche, une rue du quartier Chinois … et à droite, le monument de la « libération » du Tibet, admirez le choix des mots. Il est à noter que pour prévenir les dégradations du monument, il a fallu y assigner un garde 24h/24.

Rue ... Monument de la "liberation" du Tibet


Ci-dessous, une rue du vieux quartier Tibétain de Lhassa. A gauche, une motte de beurre de Yak et à droite … les dernières tendances de la mode monacale.

Beurre de Yak Chapeau monastique

Le vieux quartier Tibétain de Lhassa est un quartier sous très haute surveillance, 4 ou 5 soldats avec fusils d’assaut et boucliers anti-émeute gardent l’accès de chaque route et ruelle …

Cyclo Tibetain ... Quartier Tibetain sous controle

… des patrouilles d’une dizaine de soldats font d’incessantes rondes (ci-dessous à gauche, face au Jockang), des caméras de sécurité sont installées un peu partout … et il paraitrait même qu’il y a des snipers sur les toits, mais je ne les ai pas vus, et c’est peut-être mieux ainsi.

Patrouille dans le quartier tibetain Camera de surveillance

Le seul jour où les soldats Chinois ont été vus en ville sans leurs armes, c’est le jour où les journalistes étrangers furent invités à venir voir par eux-mêmes la situation sécuritaire de la ville … une variation sur le thème de Tintin chez les soviets en quelque sorte !! Dieu que les ficelles sont grosses ...

Pauvre Lhassa, ville sainte sous occupation ... et en cours d'assimilation.



Mardi 23 Septembre :
ces deux jours de repos à Lhassa m’ont fait du bien, mais, et c’est paradoxal, ce matin en remontant sur le vélo, j’ai mal aux jambes !! Rien de bien méchant toutefois et après une petite trentaine de kilomètres, les muscles se détendent et retrouvent leurs bonnes habitudes. C’est une chance, car cette journée de reprise s’annonce longue, avec 140 km au programme et un col à 4 700 m en fin de journée …

Cap a l'ouest ...

Ci-dessous, au cours de l’ascension du col Kamba La …

En route vers le Kamba la (4 700m)

… et une fois en haut, la récompense est à la hauteur des efforts fournis en route : voici le lac Yamdrok Tso avec au loin le massif enneigé du Mt Nojin Kangtsang (7 191 m).

Lac sacre Yamdrok Tso ...

Le lac Yamdrok Tso est un lac sacré et en tant que tel, les Tibétains l’ont préservé de tout usage qui aurait pu en perturber l’intégrité : personne ne pêche, il n’y a aucun bateau, pas de baigneur, pas d’hôtel, rien … ce lac est tel que la nature l’a créé, et c’est un choc de voir une telle beauté totalement épargnée par la main de l’homme.

Namdrok Tso

Oui mais, oui mais, oui mais … l’administration Chinoise ne pouvait laisser un tel trésor inviolé, il a fallu qu’elle y voit une source hydro-électrique pour alimenter ses bases militaires. Des ingénieurs Chinois ont eu l'id
ée saugrenue d'installer un siphon au fond du lac et les eaux s’écoulent depuis 1997 via un tunnel long de 6 km jusqu’à des turbines situées près de 1 000 m plus bas. Le 10ème Panchen Lama (second plus important Lama après le Dalai Lama mais premier des Lamas n'ayant pas fuit hors de Chine) s’était opposé au projet et il avait même réussi à le stopper un temps, jusqu’à ce qu’il meurt mystérieusement en 1989. Au rythme actuel et compte-tenu du fait que le lac ne possède aucun apport régulier en eau, il pourrait s’assécher lors les prochaines décennies …

Tout de même, siphonner un lac sacré pour alimenter en électricité des bases militaires, cela relève d’un manque de respect envers la culture Tibétaine absolument sidérant. Et ce n’est pas un exemple isolé, car en de nombreux autres endroits du Tibet, des barrages, des mines et des constructions diverses commandées par l’administration Chinoise ont été édifiés sur des sites sacrés au mépris des croyances locales. Ce genre de comportement aboutit généralement à des protestations Tibétaines, des protestations qui sont alors violemment réprimées par la police …

Namdrok Tso au levant ...

Ci-dessus, le lac Yamdrok Tso lors du lever du soleil … à 4 400 m et 7h30, il fait 2 degrés ce matin !


Mercredi 24 Septembre :
c’est une deuxième grosse journée de suite qui se dessine avec à nouveau 140 km au programme aujourd’hui … et encore un col de toute première catégorie puisqu’il s’agit ni plus ni moins du troisième 5 000 de mon voyage, le col de Karo La (5 100 m).

Col de Karo La (4 960m)

La descente du col sur l’autre versant de la montagne me voit rester sans voix devant ce lac si incroyablement turquoise … et je me sens obligé de préciser que cette photo a bien été prise sur Terre …

Bleu TURQUOISE !

J’arrive à Gyantse en fin d’après-midi après avoir tenu un gros rythme toute la journée. Mes jambes sont devenues d’infatigables pistons capables d’endurer la répétition des efforts comme jamais, j’en suis le premier étonné : 280 km en deux petits jours, à 4 000m d’altitude, avec deux bons cols et près de 2 500 m de dénivelé cumulé … et bien non, je ne suis même pas fatigué !! C'est fou comme le corps s’adapte à ce qu’on lui demande, pour peu qu’on lui demande gentiment …

Gyantse donc, est une ville historique à plus d'un titre ! Elle se situe à un carrefour stratégique entre Lhassa à l’est, Shigatse à l’ouest et le Bhoutan au sud (distant d’une petite centaine de kilomètres seulement à vol d’oiseau !!) ce qui lui permit de se développer jusqu’à devenir la 3ème ville du Tibet. Gyantse fut un centre d’influence religieux important au XIV et XV siècle, époque à laquelle furent édifiés le Kumbum (stupa aux 100 000 bouddhas) et le monastère fortifié de Pelkor Chöde (photos ci-dessous).

Stupa aux 100 000 Bouddhas a Gyantse Monastere Pelkor Chode a Gyantse

Une rapide visite à l’intérieur du stupa aux 100 000 bouddhas accrédite la thèse qu’il pourrait bien y avoir effectivement 100 000 bouddhas … et il se dit qu’une prière prononcée en ce lieu vaut 100 000 prières faites ailleurs, ce qui en fait une sorte de méga amplificateur céleste !


Jeudi 25 Septembre :
c’est une journée de détente aujourd’hui, c’est tout plat et ça avance tout seul …

… et comme cela fait plusieurs jours que je boue intérieurement sous mon chapeau à la vue des nombreuses cannettes de Red Bull qui jonchent les bords de route, aujourd’hui je me suis lancé dans le ramassage, jusqu’à ce que mon vélo ne puisse plus en contenir (photo ci-dessous à gauche). C’est une goutte dans l’océan, mais c’est une goutte quand même et comme le disait Th. Monod : « le peu, le tout petit peu que l’on peut faire, il faut le faire quand même !». Et bien voila, je l’ai fait, ce fut une franche satisfaction et je vais renouveler l’opération aussi souvent que possible.

Red Bull : medaille d'or de la pollution des bords de route au Tibet Maison traditionnelle

Ci-dessus à droite, des bouses de Yaks préalablement malaxées à la main (on voit nettement la forme des doigts) et qui sèchent sur des murs. Les bouses de Yaks sont un excellent combustible parait-il …


Shigatse, la ville étape de ce soir, est la seconde ville sainte du pays. C’est ici que se trouve le monastère de Tashilhunpo, celui qui fut la résidence officielle du Panchen Lama jusqu’à l’invasion Chinoise (lire les informations générales sur le Tibet pour plus d'informations sur le Panchen Lama).

Monastere Tashilhunpo a Shigatse Monastere Tashilhunpo a Shigatse

Ci-dessus, c’est la reprise des cours pour les jeunes moines …

Ci-dessous, les magnifiques peintures de la cour intérieure face au hall principal.

Monastere Tashilhunpo a Shigatse


Vendredi 26 Septembre : plus je vais vers l’ouest, plus les paysages deviennent aride … c’est à se demander ce que les Yaks et les moutons parviennent à trouver pour survivre. Il n’y a que du sable et des pierres à perte de vue.

Yaks ...

Evidemment dans un tel décor, quand le vent se lève et qu’il souffle fort … la tempête de sable est inévitable (photo ci-dessous), ce qui est extrêmement désagréable.

Tempete de sable ...

Très désagréable aussi, c’est cette manie de plus en plus fréquente qu’ont certains enfants Tibétains de me souhaiter bonne route en me lançant des pierres dans le dos. C’est du moins l’excuse que je leur avais trouvé au début … attentif que j’étais à ne pas juger trop vite sans savoir ni sans en avoir discuté avec des Tibétains. Il est par exemple assez courant au Tibet de montrer sa langue en signe de bienvenue, ce qui pourrait être perçu comme grossier dans nos contrées. Mais pour les pierres, non, rien du tout, ce ne sont que des enfants mal élevés me répond-on. Un triste constat dans un pays où les adultes sont pourtant si charmants et accueillants, car ces enfants mal élevés, ils sont sacrément nombreux au bord des routes ... et je ne suis pas le seul à m'en plaindre !!


Samedi 27 Septembre : j’arrive à Lhatse, ville poussière et sans charme … le Népal se rapproche, il ne me reste plus que 300 km à parcourir jusqu’à la frontière.

Lhatse est la ville natale de mon guide, donc nous passons rendre visite à la famille et buvons ensemble quelques bonnes bolées de thé au beurre de Yak. En soirée, nous allons dans « le » pub de la ville et j’apprends à boire la bière à la mode Tibétaine : tout d’abord, il faut tremper deux doigts dans le verre et les faire claquer au dessus de son épaule, c’est à répéter trois fois, puis il faut boire une gorgée et se faire resservir, trois fois également, et enfin il faut boire tout le contenu du verre … ce qui n’est pas bien difficile puisque la bière est servie dans un verre à goutte au Tibet.

Sur la télévision passe en boucle le VideoCD du chanteur populaire Kangu. Ses chansons qui reprennent trop d’images de moines et de monastères ont été interdites de diffusion à Lhassa par l’administration Chinoise …


Dimanche 28 Septembre : matin froid, il fait 2.

Après avoir vécu 10 ans dans la chaleur tropicale Thaïlandaise, je crois que la plus grosse satisfaction personnelle de mon étape Tibétaine aura été d’avoir réussi à m’adapter au froid !!

L’ascension de la journée commence dès la sortie du village où j’ai passé la nuit, donc je me réchauffe rapidement … ce matin ca va monter un bon moment, le sommet du col de Gyatso La se situe à 5 248 m, soit le point le plus haut de tout mon voyage !

Col de Gyatso La (5 116m) Au plus haut point de mon voyage (5 116m ou 5 248m selon les Chinois)

Et il y a un vent là-haut, mais un vent ... assurément « un vent à décorner les Yaks ». Pauvres bêtes ...


Ce col marque aussi l'entrée officielle dans le parc du Qomolangma. Un parc du nom de sa plus haute montagne, le Qomolangma, qui culmine à 8 848 m. Vous l’aurez donc compris, il s’agit de ce que nous appelons par chez nous l’Everest. Alors pourquoi deux noms différents ? Et bien parce qu’un obscur cartographe Anglais détaché en Inde, et alors en charge de répertorier les grandes montagnes Himalayennes, n’a pas été suffisamment perspicace lors de ses recherches et conclût un peu hâtivement qu’il n’existait pas de nom « local » pour la plus haute d’entre elles. Il proposa alors de reprendre le nom du cartographe en poste avant lui, un certain George Everest, un nom qui sera ensuite repris un peu partout dans le monde avec le succès que l’on connaît (sauf en Chine et au Tibet). C’est certainement dommage, car contrairement à « Everest », le mot « Qomolangma » possède un sens, et peut se traduire comme la « déesse mère de l’univers ».


Ci-dessous, dans la vallée en fin de journée, quelques fermiers remplissent des bidons d’eau qu'ils ramènent chez eux. L’eau courante est rare au Tibet, même dans les grandes villes ; alors à la campagne … il vaut mieux ne pas être trop frileux et habiter près d’un cours d’eau !!

Plaine du cote de Shegar ...

Ombres chinoises ... Et petit-dejeuner de fromage de Yak

Ci-dessus à droite, j’essaie en vain depuis une bonne heure de dissoudre ce bonbon au fromage de Yak qui m’a été offert hier … mais rien à faire, j’ai l’impression de sucer un caillou.


Lundi 29 Septembre : cette nuit j’ai campé au milieu de la vallée … et ce matin je me réveille tout doucement au son des petites clochettes que portent les chevaux allant et venant entre le village voisin et les champs d’orge (ci-dessous à gauche).

Petits chevaux ... Yak au boulot ...

Tout le processus de la récolte de l’orge est manuel et pour tout dire assez primitif. Après avoir coupé l’orge à la faucille et l’avoir ramenée au village sur une calèche à cheval, l’orge est étalée à même le sol et des groupes de Yaks (ci-dessus à droite) piétinent inlassablement les épis pour en libérer les grains. C’est un spectacle très étonnant que d’arriver dans un village et de voir pour la première fois ces attelages de 4 ou 5 Yaks tourner en rond au cri et à la cravache d’un fermier qui est derrière et qui veille à ce que le rythme ne baisse pas. Une fois cette étape finie, les femmes du village font le tri entre la paille et le grain, c’est un long et fastidieux travail qui s’effectue de préférence les jours de grand vent, il n’y a alors qu’à jeter le tout en l’air : la paille s’envole et le grain retombe. Enfin, quand le grain est séparé, il faut le tamiser pour ôter toute la terre et le sable qui s’y est mélangé …

A y réfléchir un peu plus, je crois en fait que cette méthode a de l’avenir, car les fermiers Tibétains sont d’ores et déjà prêts pour l’ère sans pétrole ... quand les derniers deviennent les premiers, les anciens premiers ont du souci à se faire.


La fin de cette courte journée (60 km) m'amène jusqu'aux sources chaudes de Tsamda. C’est ma première douche chaude en 6 jours …


Mardi 30 Septembre : depuis hier la route n’est plus bitumée et ce sera ainsi jusqu’à la frontière Népalaise. La route est en travaux … et elle le sera manifestement encore pendant longtemps vu son état et le faible nombre de personnes qui travaillent dessus.

Cette nuit encore il a neigé, ce matin les montagnes sont blanches …

La vallee ...

La route en terre n’est pas terrible mais j’ai vu tellement pire que je m’en accommode tant bien que mal sans trop y penser. J’avance tranquillement en direction du col de Lalung La (~ 5 000 m) et alors que le début de l’après-midi se profile, le vent se lève.

C’est un vent d’une violence rare, je ne me souviens pas avoir rencontré pareil phénomène dans le passé. Comme il arrive de trois-quarts face, je suis même obligé de faire prendre un angle au vélo pour résister à sa pression latérale et ne pas tomber. Ce vent est réellement déchainé, je n’avance plus qu’à 8 ou 9 km/h alors que la route ne monte pas encore !! Evidemment un tel vent sur une route en terre, ça présente aussi le gros désavantage de lever un maximum de poussière …

Le vent est vraiment le pire ennemi du cycliste, il demande des efforts invraisemblables, vous ballotte de gauche à droite et vous siffle dans les oreilles, mais il n’a rien à offrir en échange, pas la moindre récompense, pas la moindre satisfaction. Les efforts déployés face au vent s’envolent avec lui … en vain …

Je décide donc de boycotter ce vent fou et je m’arrête dans une auberge, juste au pied du col de Lalung La.

Il y fait chaud, ca sent bon le thé et la viande de Yak séchée … et il y a une bonne dizaine d’ouvriers et d’ouvrières travaillant sur la route qui ont également décidé de boycotter le vent. Ils jouent aux cartes en attendant un temps plus clément, voilà une sage décision que je m’empresse d’imiter dès que j’apprends qu’il est possible de passer la nuit dans la pièce adjacente, un peu abusivement qualifiée de guesthouse. Comme d’habitude : il n'y a ni douche, ni eau, ni toilettes … mais quand même un matelas et une vague couverture !

En raccourcissant l’étape d’aujourd’hui, je me prépare tout de même une rude journée demain avec maintenant deux cols au dessus de 5 000 m à enchainer avant 13h00, puisque apparemment c’est l’heure où le vent commence à souffler. C’est tendu mais c’est jouable, il va falloir partir tôt …


Partie de poker ...
Mercredi 1er Octobre : 8h00 du matin, 0 degré.

La vue sur le Shishapangma (8 012 m), sur ma droite, est totalement dégagée pendant la première partie de l’ascension qui me mène au sommet du premier col. 

A 9h30 j’y suis. Et d’ 1 me dis-je … et puis ensuite je ne dis plus rien, parce qu’en face de moi il y a ça … tout ça …

Et il fit une apparition magique ...

L’Everest (le plus à gauche) et la chaine Himalayenne sont là, devant moi …

La proximité est intimidante … ... ...

Le silence est étourdissant …

Les mots manquent ... 

... ... ...

....


Avec une telle vue face à moi, l’ascension du second col n’est qu’une formalité et j’y parviens bien avant midi. L’Everest y est encore plus imposant mais il ne possède plus ce charme unique de la première fois …

A 13h00, comme prévu, le vent se déchaine à nouveau et balaye le sommet … c’est le signal du départ, j’enfourche mon vélo vert et je me lance dans une descente infernale qui d’ici demain va me conduire 4 000 m plus bas !!!

Le vent, la poussière, la mauvaise route, les enfants qui lancent des pierres, l’hôtel sans eau, tout aura été tenté cet après-midi pour m’enlever ce sourire béat que j’ai depuis 9h30 ce matin, rien n’y a fait, et ce soir en m’endormant, je souris toujours …


Jeudi 2 Octobre : direction la frontière Népalaise, et la descente entamée hier continue de plus belle aujourd'hui : après le toit, voici maintenant le rez-de-chaussée du monde …

La route de terre qui part de Nyalam se tortille et s’enfonce rapidement au fond de somptueuses gorges, plus verdoyantes que jamais en cette saison. Un nombre invraisemblable de chutes d’eau dévalent les pentes un peu partout, c’est un festival de bruits et de vie qui tranche singulièrement avec les paysages calmes et arides du plateau Tibétain. La chaleur et l’humidité caractéristique du climat tropical refont aussi doucement surface …

Plus bas encore se trouve Zhangmu (photos ci-dessous), la ville du côté Chinois de la frontière.

Zhangmu est une ville à oublier très vite. En équilibre précaire sur un flanc de montagne, la ville est étagée sur une dizaine d’épingles à cheveux. La route, particulièrement étroite, est rendue encore plus étroite par une rangée continue de camions en stationnement (!!??) et de piles d’ordures …
La descente infernale

Zangmu l'hideuse ...  Embouteillages ...

Quand je me présente à la douane avec mon guide et toute la batterie de documents relatifs à mon voyage … le guichet dédié aux étrangers vient juste de fermer, c’est la pause déjeuner, et il va falloir repasser cet après-midi. Attendre, il n’y a rien d’autre à faire qu’attendre, en espérant que l’on ne me refasse pas le même coup du côté Népalais, ce qui compte-tenu du décalage horaire avec la Chine (2h15 de moins …) n’est pas du tout impossible.

14h00, le guichet rouvre … mais les ordinateurs sont en berne. Qu’à cela ne tienne, cela ne semble pas vraiment poser de problème : « Tchac », nouveau tampon sur mon passeport et direction l’inspection des bagages. Comme lors de l’entrée sur le territoire Chinois à Hekou, je dois démonter tous mes sacs du vélo et les passer aux rayons X. Cette fois ci par contre, je suis autorisé à garder mes guides de voyages antirévolutionnaires (que j’avais réussi à racheter en cours de route).

14h15, la frontière du Népal est située 8 km plus bas … et au loin, des nuages d’orage s’accumulent doucement le long du versant ouest de la vallée …




Le fait marquant au Tibet

Les croyances Böns originelles -antérieures au Bouddhisme- célébraient la nature dans son ensemble et élevaient les montagnes et les lacs sacrés au rang de réelles divinités. Cela a conduit les Tibétains sur la voie de la modération et de la raison, ils n’ont jamais considéré leur environnement comme étant à leur service et pouvant être exploité sans retenue.

Ce respect pour l’environnement que l’Occident redécouvre en ce moment à grand peine, contraint et forcé plus que par choix spirituel, les Tibétains l’ont toujours placé au centre de leurs préoccupations. Sur bien des aspects, ils semblent bien plus en avance que nos sociétés « développées » …




J'ai aimé / je n'ai pas aimé au Tibet 


j'ai aimé je n'ai pas aimé
les Tibétains et notamment leur capacité à vivre en réelle harmonie avec une nature rude et hostile l’omniprésence étouffante et pénible de la police Chinoise, avec obligation de pointage à chaque poste pour les étrangers
les pèlerins qui marchent, se prosternent et se couchent sur la route de Lhassa pendant des centaines de km les villes de garnisons où il semble qu’il y ait plus de soldats Chinois que de civils Tibétains
les paysages, grandioses et majestueux les enfants qui lancent des pierres sur les cyclistes
les lacs d’altitude couleur turquoise les monastères sans moine
les montagnes enneigées les nouveaux villages Tibéto-chinois avec des toits en tôle bleue, rose ou fushia
les drapeaux de prières en haut des cols les lignes électriques qui défigurent à longueur de kilomètres des paysages en tout point sublimes
l’architecture massive des monastères le vent ... 
les Yaks, les aigles et les marmottes … .
le thé au beurre de Yak .




Les informations pratiques à propos du Tibet

  • niveau de pollution atmosphérique :  faible à moyen. La pollution provient autant de la poussière et du vent que de la circulation automobile.
  • météo en Septembre 2008 : il y a eu deux périodes et deux zones distinctes. Avant Lhassa et donc à l’est du Tibet, les matins étaient couverts et parfois pluvieux, avec toutefois de belles éclaircies vers midi et généralement du soleil l'après-midi. Après Lhassa le soleil s’est franchement installé et les ciels intégralement bleus furent la norme, tout comme les nuits étoilées. Vers la fin du mois, le vent fut une véritable épreuve après 13h00. Enfin du côté des températures, l’altitude provoque de fortes amplitudes, de 0 ou -1 degré la nuit jusqu’à près de 30 degrés au plus fort de l’après-midi, ce qui fait qu’il faut sans cesse s’arrêter pour enlever ou remettre une couche de vêtement.
  • état des routes :  mauvais, terrible, terrifiant et à la limite de l’impraticable entre Dequin (Yunnan) et Ranwu (Est Tibet). Par contre sur ~ 500 km autour de Lhassa dans les deux sens, la route est bitumée et en bon état.
  • densité du trafic : quasi-inexistant à l’est de Lhassa et faible à l’ouest.
  • comportements sur la route : bons.
  • traits de caractère : simples, joyeux, curieux, agréables et respectueux de leur environnement, il leur faut une sacrée dose de courage et de spiritualité pour supporter la rudesse du climat et de la nature.
  • hospitalité : très bonne.
  • cuisine : tout est à base de Yak et d'orge, avec une déclinaison de combinaisons et de préparations invraisemblable => thé au beurre de Yak, fromage de Yak, viande de Yak, beignet de Yak, soupe de Yak, tsampa (farine d’orge mélangée avec du thé au beurre de Yak), vin d’orge, etc … et il n’y a pour ainsi dire ni légume, ni fruit, ni poisson ! Depuis l’arrivée massive des immigrants Chinois, et l’installation de serres dans certaines régions Tibétaines, il est maintenant aussi possible de manger Chinois au Tibet.

  • la langue : tashi delek (bonjour) et to tche tche (merci).
  • le mot le plus entendu : tashi delek (les Tibétains, en effet, disent bonjour !!).
  • les prénoms : Nyma ou Lhaba pour un homme et Puti ou Juma pour une femme.

vers le carnet précédent : le Yunnan (Chine) *** vers le carnet suivant : le Népal


.
Tous droits réservés : Copyrights © 2007-2008  Frédéric LINGET